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Streets of London

Mercredi 3 décembre 2008 3 03 /12 /2008 22:12

Les premiers jours de mai  m’avaient surpris dans cette petite ville du Loiret, surnommée la Venise du Gâtinais. Nous étions à la fin des années 70, à l’époque de Eagles, du disco, de Fred Mercury. Le programme commun venait d’exploser. J’occupais un emploi de chef de bureau administratif à l’agence d’exploitation de la SNCF.  Vue la taille de l’agence, je faisais partie de  ce qu’on appelait l’état-major. Je vivais seul, je  m’ennuyais. La vie duraille, la vie du rail. Je cherchais à donner un sens à ma vie. Improbables rencontres, les bars, moments  instantanés. Je n’aimais déjà plus mon travail. J’étais loin de la mer. Le samedi, on allait au resto, puis danser. Parmi les copains, il y avait une équipe de cascadeurs. Des vrais qui font des films et qui savent avec de vieilles Fiat tourner sur la glace avec le frein à main. Partir. « Quand tu aimes, il faut partir. Quitte ta femme, quitte ton enfant... ». Je ne pouvais que suivre la poésie de Blaise Cendrars. Je lisais Herman Hesse « Le jeu des perles de verre » et j’avais acheté une guitare deux ans auparavant à Paris, rue des Francs Bourgeois. Et je l’aimais. Pas la guitare. Cette fille que j’avais revue, pur  hasard, au sortir d’un ascenseur. Je lisais aussi Jens-August Schade « Des êtres se rencontrent. Et une douce musique s’élève dans leurs cœurs ». Ce qu’on lit dans les livres finit toujours par arriver.

She moved to London. J’écoutais Bob Dylan (Baby, can i come home with you ?). J’avais vu un film “L’an 01” où il suffit un matin de faire un pas de côté pour changer sa vision du monde et passer de l’autre côté. Je fis ce pas dans un tourbillon d’images et une certaine confusion des sentiments. Je laissai toute ma vie désenchantée dans une vilaine maison en contrebas de la voie ferrée et  pris l’ascenseur jusqu’à Victoria Station. L’employé modèle, le cadre prédit à un grand avenir était devenu un dropahout. Pour un poème, pour un prénom, pour des yeux bleus et pour une voix. Retour sur une année off en musique dans les « streets of London ». (Biographie romancée)

(à suivre...)

Par Bernard Gueit - Publié dans : Streets of London - Communauté : mémoire et écritures
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Samedi 17 janvier 2009 6 17 /01 /2009 22:18

Après ma première nuit à Londres, toujours à la recherche de “her”, je partis à Stratford-Upon-Avon où elle avait laissé quelques traces. Même pas le temps, entre deux trains, de faire un petit coucou à Shakespeare, mon anglais revenant un peu chez cette famille simple et gentille qui me donna son adresse à Londres. Bethnal Green, quelque part du côté d’Old Ford Road.

Le soir tombait.  Le printemps de mai était aux anges.
I was going down to the station with a suitcase in my hand. Le Choo-Choo train me ramenait à Londres. Shakespeare restait mon ami. J’étais libre. J’étais sans boulot, seul, sans avenir, presque totalement fauché, libre, amoureux et libre, sans doute en danger, et très heureux. Je pensais à la fois à Dylan :

 

« How does it feel?

To be on your own,

Like a complete unknown,
Like a rolling stone?

 

Et à Queen, dont pas si longtemps auparavant, j’écoutais dans un milieu social totalement préservé : 
   
« Time after time
I’ve done my sentence
But
committed no crime
And bad mistakes
I’ve made a few
I’ve had my share of sand kicked in my face
But I’ve come through

We are the champions - my friends
And well keep on fighting - till the end -
We are the champions -
We are the champions
No time for losers
cause we are the champions - of the world -

I’ve taken my bows
And my curtain calls-
You brought me fame and fortune and everything that goes with it -
I thank you all -

But it’s been no bed of roses
No pleasure cruise -
I consider it a challenge before the whole human race -
And I aint gonna lose -

We are the champions - my friends
And well keep on fighting - till the end -
We are the champions -
We are the champions
No time for losers
cause we are the champions - of the world .”

 

Un soir de demi-brume à Londres, un voyou qui ressemblait à mon amour….

 

La suite au prochain numéro (Biographie romancée)

Par Bernard Gueit - Publié dans : Streets of London - Communauté : mémoire et écritures
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Lundi 2 février 2009 1 02 /02 /2009 22:54

Vivre c’est bien, c’est mieux, mais alors comment survivre ? Cette misère de l’homme me poursuivait malgré moi, et pas plus qu’en France, je ne pus lui échapper. L’hebdo  Time Out publiait une annonce où on recrutait des distributeurs de prospectus pour pas moins de six pounds/day. Sans formalités. Du côté de West End Lane. Il suffit de se présenter. Le casting est fait devant le camion. You, You and…You. The regulars first, comme il se doit. « Jump in the car » me fit John, le chauffeur un peu rougeaud…and so we go. John s’arrêtait toujours selon le chemin dans un café pour que nous puissions prendre des forces avant l’harassante journée qui nous attendait. Curieusement le dimanche- oui, c’était formidable, on pouvait même travailler le dimanche- il nous déposait à 9h30 dans un café qui bizarrement vendait également de la bière, alors que les lois anglaises auxquelles je n’ai jamais rien compris l’interdisaient dans les établissements de la semaine. Et il nous lançait joyeusement :
« Cup of tea anybody ? » en ajoutant, malicieux, … « or a bottle of beer ? »  

  

Cette officine distribuait dans tout Londres des petites cartes de publicité pour une entreprise de plomberie-chauffagerie. Je compris très vite le but du jeu. Il y avait d’un côté cette entreprise de plomberie assez défaillante en termes de rigueur professionnelle, l’officine associée qui en vantait les mérites et la bande de résistants «borderline » qui considérait que ne rien faire relevait du service public. Aussi mes collègues m’affranchirent rapidement qu’en aucun cas il ne fallait distribuer « these fuckin’ leaflets », mais s’en débarrasser au plus vite afin d’être à la fois en règle avec sa conscience et libre de profiter de la journée jusqu’au moment où John après sa sieste solitaire et complice viendrait nous rechercher au lieu convenu.

Ces résistants à l’escroquerie publicitaire pouvaient se partager en deux grandes catégories : ceux qui passaient la journée exclusivement au pub et ceux qui en passaient une grande partie à la bibliothèque. Dans tous les quartiers de Londres, il y en a, des gratuites, en « open-shelves ». Ce n’était pas si courant en France de pouvoir librement prendre un livre sur une étagère pour le feuilleter. J’appartenais évidemment à cette dernière catégorie et je m’arrangeais autant que faire se pouvait à faire équipe (on était deux par deux) avec quelqu’un qui partageait le même penchant. Hélas, John, peut-être par souci d’équilibre me mariait parfois pour la journée avec quelqu’un qui buvait de la bière « quite seriously ». Cela compliquait un peu les choses et nécessitait une organisation spécifique à côté de l‘organisation clandestine déjà en dessous de l’organisation officielle. Quand John garait son Ford pour reprendre l’équipe, tous les sacs de prospectus étaient vides. Quelques uns revenaient sagement avec un reliquat  qu’ils étaient désolés de ne pas avoir pu distribuer quand tout le monde savait qu’ils s’étaient fort consciencieusement débarrassés de tous les autres dans une décharge appropriée mus par un total dévouement au service public.

On nous payait le soir en liquide sans que jamais quelqu’un m’ait demandé mon nom.J’aimais beaucoup cet anonymat.

Voilà, six pounds/per day. Mais ce n’était pas assez. Je rentrais à pied jusqu’à Lancaster Gate. Dans ma tête je resassais la chanson des Eagles « Peaceful easy feelin » et je savais que je n’étais pas venu à Londres avec une guitare pour rien.

 

I like the way your sparkling earrings lay,
Against your skin, its so brown
And I wanna sleep with you
In the desert tonight
With a billion stars all around
cause I gotta peaceful easy feeling
And I know you wont let me down
cause Im already standing

on the Ground


And I found out a long time ago
What a woman can do to your soul
Ah, but she cant take you anyway
You dont already know how to go
And I gotta peaceful, easy feeling
And I know you wont let me down
cause Im already standing

on the ground


I get this feeling I may know you
As a lover and a friend
But this voice keeps whispering
In my other ear, tells me
I may never see you again
cause I get a peaceful, easy feeling
And I know you wont let me down
cause Im already standing on the ground
cause Im already standing...
On the ground


La suite au prochain numéro... (Biographie romancée

 

Par Bernard Gueit - Publié dans : Streets of London - Communauté : mémoire et écritures
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Lundi 23 mars 2009 1 23 /03 /2009 22:23

Ainsi, en ces beaux jours de 1979, logeant près d’Hyde Park, avec « absolutely no future », but vivre hic et nunc, la guitare en bandoulière, voulant échapper à ce qui pèse dans la vie, je débutai une carrière de musicien de rue dans les allées du métro de Paddington Station.

Le plus dur c’est de commencer. Dans le fond je ne jouais pas si mal et chantais d’acca. Et puis c’était le printemps, c’était Londres, il fallait manger et rêver et Paddington Station est une gare charmante bien plus agréable que Victoria Station ou Charing Cross. Et Londres est une ville magnifique pour rêver.

La vie était très simple : il y avait parfois les leaflets à West End Lane, les bibliothèques, The Guardian à lire, manger un peu, la manche à Paddington, le pub le Swan et d’autres pubs le soir pour voir « The Blues Band » de Paul Jones, ou "The Inmates", quelque part du côté de Dingwalls ou elsewhere. Et le 30 Old Ford Road à Bethnal Green.

 

Selon les jours, la guitare rapportait autant, voire plus que les leaflets. Comme la législation libérale du travail n’empêchait pas l’honnête ouvrier de travailler autant qu’il le souhaitait, y compris les samedis dimanches et fêtes, il y avait de quoi vivre et si mes maigres économies fondirent comme glace in summer, je n’eus que peu à souffrir de la faim et jamais de la soif.
N’ayant jamais possédé au cours de cette année plus que 10 livres dans ma poche (environ 100 francs de l’époque) je compris ce qu’était la véritable liberté. "Désabusons éternellement des biens que la mort enlève" voilà le sage précepte de Bossuet qu'assez involontairement cependant je suivis, pour le pire et pour le meilleur. 

 

A Londres, j’allais la voir de l’autre côté de Bethnal Green dans l’East End
Cette ville n’était faite que pour toi
Chaque rue
Chaque pub
Chaque orchestre
Chaque bus
Chaque station de métro
Chaque jardin
Chaque place
Chaque aspect changeant de la lumière
Je nageais déjà depuis si longtemps vers elle
Ensemble nous descendions le courant
Ca ne m’arrivera pas à moi, disait-elle

J’aime trop la vie.

Nous adorions Dire Straits « Sultans of Swing »

 

You get a shiver in the dark
Its been raining in the park but meantime
South of the river you stop and you hold everything
A band is blowing dixie double four time
You feel all right when you hear that music ring

You step inside but you dont see too many faces
Coming in out of the rain to hear the jazz go down
Too much competition too many other places
But not too many horns can make that sound
Way on downsouth way on downsouth london town

You check out guitar george he knows all the chords
Mind hes strictly rhythm he doesnt want to make it cry or sing
And an old guitar is all he can afford
When he gets up under the lights to play his thing

And harry doesn’t mind if he doesn’t make the scene
He’s got a daytime job he’s doing alright
He can play honky tonk just like anything
Saving it up for Friday night
With the sultans with the sultans of swing

And a crowd of young boys they’re fooling around in the corner
Drunk and dressed in their best brown baggies and their platform soles
They don’t give a damn about any trumpet playing band
It aint what they call rock and roll
And the sultans played creole

And then the man he steps right up to the microphone
And says at last just as the time bell rings
thank you goodnight now its time to go home
And he makes it fast with one more thing
we are the sultans of swing.

La suite au prochain numéro (Biographie romancée) 





   

Par Bernard Gueit - Publié dans : Streets of London - Communauté : mémoire et écritures
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Mercredi 18 novembre 2009 3 18 /11 /2009 00:17

Led Zeppelin ne s’était plus produit en public depuis deux ans et n’était pas venu en Angleterre depuis plus de 4 ans quand ils furent invités au festival de Knebworth en 1979.

Knebworth, à 30 miles au nord de Londres, le plus grand événement de pop and rock music en plein air, first issue en 1974. Knebworth qui avait accueilli avant le groupe de Robert Plant et Jimmy page, Allman Brothers, les Stones, Genesis, Pink Floyd, Frank Zappa.

La nouvelle de ce concert de Led Zep fit le tour du monde. Beaucoup d’américains traversèrent l'océan pour voir ces anglais qui étaient au top du hit chez eux et lorsque je voulus acheter un billet dans une boutique spécialisée du côté d’Oxford Circus le concert était sold out.

 

Mais vu l’engouement, Freddie Bannister l’organisateur décida de programmer un deuxième concert le 11 août 79 de 11 heures de matin à 11 heures du soir avec une affiche incluant New Barbarians (Keith Richards et Ron Wood), Todd Rundgren's Utopia , Southside Johnny and The Asbury Jukes,The New Commander Cody Band, Chas and Dave. Et là, je fus assez prompt pour m’acheter un ticket.

Il y eut plus de 200 00 personnes à assister à ces représentations, mais ces chiffres ont été contestés peut-être pour des histoires de gros sous !
Le concert s’acheva plus tard que prévu, de paisibles citoyens habitant à plus de 7 miles de distance durent déposer plainte en raison du bruit, Freddie Bannister fit fallite et le digne Lord Cobbolt, baron des lieux, qui ouvrait à la jeunesse les prairies que sa famille conservait depuis 5 siècles finit en justice. That' s just Rock 'n Roll !

Si je me souviens assez précisément de ce moment, c’est outre le fait que c’était bien organisé, plus cool que pour les Who à Wembley, que c’était une des dernières fois qu’on allait voir les quatre musiciens de Led Zeppelin (Jimmy Page, Robert Plant, John Paul Jones, John Bonham) jouer ensemble puisque Bonham devait disparaître en 1980, c’est aussi parce que juste après, j’ai recommencé à écrire (cf. les premiers articles du blog : comment on devient poète ?).

Ces moments de musique étaient magiques. Ils nous soulevaient. Il y avait une communion du public et un son qui nous envahissait tandis que le show laser nous enveloppait dans une ambiance irréelle. Et avant Led ZEP, les riffs très lourds de Keith Richards et Ron Wood avec leurs New Barbarians, nous avait préparés au grand voyage en ballon.
Pour ce concert, on fabriqua la plus grande scène jamais réalisée à Knebworth et tout était dans la démesure. 

On peut visionner sur youtube des images de la foule à Knebworth, immense et amicale. On voit un peu ce que nous étions à cette époque, beaucoup de cheveux longs malgré l’époque punk. Un reste de Woodstock, un souvenir des Yardbirds avec le sourire juvénile de Jimmy Page dans le No Future des années punk de Thatcher. On était encore hopeful.

 

Quand nous sommes revenus à Londres par le train spécial avec Mila et Terry, nous étions comme tous les autres encore dans le rêve. En arrivant à King's Cross, très tard dans la nuit, bien après le dernier métro, le chauffeur du train n’eut que ces mots : « Jeunes gens, vous êtes arrivés. And now, walk ! »

La nuit de Londres était fraîche et déserte et moi, j'étais redevenu poète !

 

I had a dream. Crazy dream.
Anything I wanted to know, any place I needed to go

Hear my song. People won't you listen now? Sing along.
You don't know what you're missing now.
Any little song that you know
Everything that's small has to grow.
And it has to grow!

California sunlight, sweet Calcutta rain
Honolulu starbright - the song remains the same.

Sing out Hare Hare, dance the Hoochie Koo.
City lights are oh so bright, as we go sliding... sliding... sliding through

 

Par Bernard Gueit - Publié dans : Streets of London
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