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Marina Tsvetaïeva

Vendredi 8 août 2008 5 08 /08 /2008 11:10

De Marina Tsvétaïéva, je savais peu de choses. Comme de la poésie russe. Mes centres d’intérêt, mes choix idéologiques n’avaient ramassé dans leurs filets que la figure solaire de Maïakowski et de sa belle-sœur Elsa, compagne d’Aragon. Sans compter qu’Elsa Triolet est plutôt considérée comme un écrivain français, d’origine russe.

 

Et pourtant, régulièrement, je croisais un mot, un article, la couverture d’un livre, une citation. Instinctivement, je fuyais, je retardais toujours le moment de faire plus ample connaissance, entretenant ainsi un désir et un mystère, alors que sans doute, je n’étais que trop certain de ce que j’allais découvrir.

 

Les livres sont un vrai danger pour la jeunesse. La poésie a cette immédiateté (pas d’intermédiaires, pas de code) qui n’autorise pas le recul. Et peut-être pas de marche arrière.
Sachant cela, j’étais prudent. Et puis c’est amusant d’attendre, de noter tous les efforts  que le « grand corps malade « culturel et social effectue pour adresser signes sur signes.

 

Mais je n’étais pas un « russe blanc » à l’époque où j’essayais de comprendre l’itinéraire des artistes russes et de la révolution. Aussi Marina avait beau me fixer de son regard rebelle à tout, je n’avais pas souhaité poursuivre plus loin l’aventure.

 

Et puis soudain les choses s’accélèrent. Quelque chose fait qu’à un moment donné, il devient urgent et indispensable de s’y attacher. D’accepter le feu de sa parole, de la regarder s’immoler vive au bûcher de ses contradictions dans la tourmente de son époque.

 

Les signes se firent plus forts, plus répétés, plus évidents. Sans doute ceux du moment.

 

Marina Tsvétaïéva, qui était-elle ? Une analyse subjective, à travers diverses sources, et la lecture de ses poèmes.

(À suivre)

  

 

Par Bernard Gueit - Publié dans : Marina Tsvetaïeva
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Dimanche 17 août 2008 7 17 /08 /2008 20:20

Commençons par la fin : ce  dimanche 31 août 1941, Marina Tsvetaeva met fin à ses jours dans la petite ville d’Elabouga. A nous occidentaux, ce lieu ne dit pas grand-chose. C’est une ville tatare.

Le Tatarstan (capitale : Kazan) est situé au centre de la Fédération de Russie sur une plaine. Sa superficie fait 68 000 km2 pour une population de moins de 4 millions d’habitants.

Aujourd’hui Elabouga est une zone franche dédiée à la production automobile.

 

Marina est arrivée à Elabouga avec son fils Mour de 16 ans, il y a une dizaine de jours.  Evacués. En juin 1941, la Wehrmacht qui a encerclé Léningrad, pris Kiev, menace Moscou.

 

Depuis 1939, son mari Serguei Efron et sa fille Alia (29 ans quand Marina se suicide) ont été arrêtés par la police soviétique pour espionnage. Sa sœur Anastassia, qu’elle ne reverra jamais, a elle aussi été arrêtée, avant que Marina ne rentre de France en Russie.

 

Elle écrit dans ses carnets vers 1940 : « Personne ne voit-ne sait- que depuis un an déjà (environ) je cherche des yeux un crochet, mais qu’il n’y en a pas, parce qu’il y a l’électricité partout. Pas un seul lustre… »  et plus loin : « Sottises. Pour l’instant, on a besoin de moi. »

 

Convaincue d’être dans une impasse, d’être indispensable à personne, voire d’être un obstacle à l’épanouissement de Mour, elle choisit d’en finir. Son fils la retrouvera pendue dans l’isba paysanne de cette ville tatare. Ella avait 49 ans.

Personne ne sait où elle est enterrée dans le cimetière municipal.

 

« Si j'avais des armes parlantes, j'y aurais inscrit Ne daigne.
La vie est une gare, je vais bientôt partir, je ne dirai pas où. »

 

Commentaire de Marina à la fin d’un questionnaire élaboré par le « Cabinet de littérature révolutionnaire » en vue de l'établissement d'un dictionnaire bibliographique des écrivains du XXe siècle. (questionnaire auquel l’écrivain avait répondu sur la sollicitation de Boris Pasternak en 1926).

 

A suivre….



 

 

Par Bernard Gueit - Publié dans : Marina Tsvetaïeva
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Lundi 25 août 2008 1 25 /08 /2008 12:26

Cette fin funeste de Marina Tsvetaeva était-elle prévisible ? Etait-elle écrite sur les lignes de sa main, (MT consulta parfois les tireuses de cartes), portait-elle, lucidement en elle, ce sombre présage, la voie étroite qu’elle s’était choisie l’y emmenait-elle derechef ? 

 

Si dans bon nombre de ses écrits, Marina Tsvetaeva a fait explicitement référence à la mort, (à 18 ans, « je ne crains qu’une seule chose au monde - ces moments où en moi la vie se fige ») et même à la façon dont elle disparaîtrait probablement, les causes en sont multiples et ont un fondement extérieur.

 

D’abord, elle n’a pas été reconnue à la hauteur de son talent et de son total engagement poétique. Et ce fut bien son problème : se donnant totalement à la quête de l’absolu, haïssant ce qui est morcelé, séparé, la surface futile de l’existence, proche en cela de l’attitude mystique (non la pensée), elle rejoignait ce « royaume des cieux » imaginaire depuis l’enfer terrestre par l’échelle de corde de la poésie. Plus proche des anges (« avec eux, je saurai m’y prendre ») que des hommes, elle traversa en héroïne sa vie marquée par les catastrophes historiques du 20ème  siècle,  guerre mondiale-paix séparée-révolution d’octobre, 2ème guerre mondiale.

Or, pendant cette période, alors qu’elle avait commencé à publier très jeune (elle est née en 1892), elle ne fut reconnue ni par la Russie soviétique, ni par l’émigration russe. Et pourtant, elle se savait poète. Elle en avait l’exigence, la fulgurance, l’immédiateté. Sa capacité à tout ressentir en même temps et le don à aller chercher, mais de l’autre côté, les pépites.

Mais ni ses poèmes qui pourtant étaient appréciés, ni ses différents travaux (traduction, études), n’intéressèrent le milieu littéraire qui compte, celui qui ouvre les portes des maisons d’éditions, fait paraître les bonnes critiques, installe l’écrivain parmi ses pairs.

MT n’était pas du genre à s’abaisser « - Ne daigne - » tout simplement parce qu’elle en était incapable. Elle qui, en 1926, alors qu’elle séjournait à Saint-Gilles-Croix-de-Vie participa à cette conversation épistolaire, littéraire et amoureuse avec Boris Pasternak et Rainer Maria Rilke, avait l’impression d’être considérée comme une débutante au cours de ses années galères à Paris. (Mais quand, à part petite, sa vie ne fut pas une longue galère ?)

 

Ensuite, et ce n’est pas le moindre des paradoxes de cette femme étonnante, c’est que tout préoccupée qu’elle était de l’absolu, elle se dévoua corps et âme (et âme pour elle, cela voulait dire quelque chose en terme de sacrifice et de renoncement), à sa famille qui ne se rendit pas réellement compte de son abnégation personnelle. La difficulté d’être une femme de lettres (Poète !) et de tenir un foyer avec si peu d’argent (à Paris, pendant les 15 ans de 1925 à 1939 qu’elle y passa, il n’y avait guère qu’elle qui en ramenait-le reste c’était des aides), garder sa dignité dans un taudis, elle dont le père fonda le premier musée des beaux-arts de Moscou (actuel musée Pouchkine) requiert beaucoup de courage et d’énergie. Et cela, Marina en avait à revendre à cause de son éducation et parce qu’elle plaçait au dessus de tout sa famille. Mais cela vous use.

 

Au bout de cette vie qui n’en était plus une, ne ressentant plus le désir d’aimer et d’écrire, alors il n’y avait plus rien. « Puisque j’ai pu cesser d’écrire des poèmes,  je pourrai un beau jour cesser d’aimer. Alors je mourrai…..Je finirai, bien sûr, par un suicide »

 

Et pourtant, cela avait-il si mal commencé ?

 

 

A suivre ...  

 

Par Bernard Gueit - Publié dans : Marina Tsvetaïeva
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Samedi 30 août 2008 6 30 /08 /2008 15:01

Marina Tsvetaeva (Zwetajewa, Cvetaeva, Cvetajevová, Svetajeva, Tsvétaeva, Tsvetaïeva, Tsvetayeva, Zvetaieva, Zwetajewa, Zwetajewa, Tzsvetayeva)  en russe Марина Ивановна Цветаева est née à Moscou en 1892, c'est-à-dire, il y a seulement 116 ans, mais à deux siècles de distance. Et quels siècles ! Et quel pays ! Quelle image pouvons-nous avoir de cette Russie de la fin du 19ème siècle ? A quoi ressemblait Moscou ? Quelle fut l’enfance de Marina, enfance dont on dit parfois qu’elle contient en germe toutes les moissons, les explosions de la vie ? Mon grand-père est né en 1896, en France, dans le Var. Marina aurait pu être ma grand-mère. Au fond, que savons-nous d’eux, comment se sont-ils habitués à traverser les deux immenses cicatrices du siècle, comment ont-ils vécu avec tous les morts sur le cœur, une fois, puis deux, comment peut-on vivre deux fois (2 guerres mondiales) après la mort, comment mourir deux fois, si jamais l’une était pour rire ?

 

1892, c’est l’année de l’accord franco-russe. Pour mémoire, cet accord secret avait été signé par les deux pays (France et Russie) qui s’étaient sentis isolés à la suite de la « triplice » (accord Allemagne/Autriche-Hongrie/Italie). Cet accord fut rythmé par la visite respective des flottes française et russe, à Cronstadt, puis à Toulon.

Pour la petite histoire personnelle, que d’allées et venues nous fîmes, à Toulon, sur ce quai Cronstadt, à l’époque de la mansarde ! (voir les premiers articles du blog)

Tout ça pour dire, que finalement, on n’échappe pas à son époque. Marina, jamais ne se déroba. Elle voulut simplement ne pas participer à des combats dont la motivation lui semblait sans intérêt. A Paris, elle n’aimait pas que sa maison soit envahie par le journal, la politique. Elle estimait « être elle-même le peuple », et surtout toujours « seule contre tous ». Cela ne l’empêcha pas de se sentir très concernée par l’occupation de la Tchécoslovaquie en octobre 1938.

 

Sa famille était noble et elle conserva toute sa vie de son milieu d’origine et de son éducation une attitude et une éthique de courage et d’honneur. Elle ne se départit jamais d’un goût pour le travail acharné et le travail bien fait, encore moins de la conscience de l’engagement que porte «c’est moi qui signe ».

Marina est née dans un milieu cultivé. Tout d’abord son père, Ivan Tsvetaev, titulaire de la chaire de Théorie et d’Histoire de l’art de l’université de Moscou, fut le fondateur et le directeur, de 1911 à 1918, du premier musée des beaux-arts de Moscou, l’actuel Musée Pouchkine. Si ce projet l’occupa beaucoup, le rendant peu disponible pour sa famille, Marina exprima toujours sa gratitude vis-à-vis de lui, tout comme vis à vis de sa mère, pianiste, qui aurait voulu qu’elle devienne musicienne.

 

Après un séjour en Italie, où sa mère, Maria Mein, soignait sa tuberculose, Marina et sa sœur Anastassia (Assia) sont inscrites comme internes dans une école Française de Lausanne. L’année suivante, Marine est inscrite dans un collège de Fribourg, elle écrit des vers en allemand. Elle est âgée alors de 12 ans. Le russe, le Français, l’allemand, les trois langues de Marina, plus une : la poésie !

 

A suivre..

 

 

 

 

 

  

 

 

Par Bernard Gueit - Publié dans : Marina Tsvetaïeva
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Mercredi 3 septembre 2008 3 03 /09 /2008 23:12

Ainsi dans sa jeunesse, et parce qu’elle était née dans un milieu qu’on appellerait aujourd’hui favorisé, Marina Tsvetaeva apprit en sus de sa langue maternelle, l’allemand et le français.

Elle adora l’allemand comme étant naturellement la langue de la poésie, celle de Rilke, elle traduisit certaines de ses propres œuvres en français, au cours d’une décennie de misère en banlieue parisienne (sans jamais pouvoir les publier, quelle honte !).

Et elle secoua l’art poétique de sa langue maternelle en y apportant la vitesse de l’époque moderne, la tension haletante, une mise en danger permanente, apte à soutenir un grand vertige, toujours sous contrôle mais à l’extrême limite, proche d’une Janis Joplin (Freedom is just another word for nothing left to lose, Nothing don't mean nothing honey if it ain't free, now now. And feeling good was easy, Lord, when he sang the blues, You know feeling good was good enough for me, Good enough for me and my Bobby McGee.)

ou du mouvement punk (no future- )

moins les excès de la vie quotidienne et avec tous les excès de la vie de l’âme.

Et le poète ne connaît que la langue de l’exil (un clin d’œil à Mahmoud Darwich, au passage, qui en connaît un rayon sur le sujet-Mahmoud est toujours là-à défaut d’un pays de terre, d’amandiers, de soleil-il a définitivement planté sa tente dans notre cœur nomade de combattant sans haine et sans frontière-) Marine fut l’exilée par excellence, exilée, refusée, niée, de par sa nature (les « tièdes » disent par sa faute) et par toutes les circonstances (éléments exogènes) de sa vie, dont elle voulut-ne voulut pas- qu’elle aurait acceptées-si on lui avait, un peu plus permis de respirer l’air des cimes-c'est-à-dire écrire-écrire-écrire.

Oui, le poète n’a pas besoin de grand-chose. Il est par la force des choses égoïste (essayez de diviser « l’éternité en jours (Marina) »- vous m‘en direz des nouvelles). Il n’a pas d’excuses, aucune justification. Il ne sert à rien.

Marina fut l’exilée de la vie (on pense au poème de Baudelaire « L’albatros », ses ailes de géant l’empêchent de marcher, mais elle n’était pas prof de lettres comme bon nombre de nos écrivains reconnus d’aujourd’hui -pas de polémique, en cette période de rentrée scolaire, je suis trop viscéralement attaché à notre école publique), c’était une femme d’origine noble qui faisait la vaisselle et les corvées de bois, qui aimait passionnément et librement hommes et femmes, et qui souffrait de  ce mal qu’aime la vie-l’amour-et qui conservait en même temps les valeurs de la famille-respect des parents-engagement viager du mariage-éducation des enfants.

Oui, elle n’était pas simple, parce qu’elle ressentait tout à la fois (syncrétisme) à cause de la vitesse des émotions car le sentiment, la poésie va beaucoup plus vite que la pensée. La poésie est le haut-débit de la pensée, les vers, l’adsl sur le fil de cuivre du langage.

Marina, à la recherche de l’absolu, se noyait dans la vie quotidienne. Mais même sous l’eau, en suffocant dans cette si triste banlieue parisienne (bannie), elle faisait l’aller-retour entre sa vie intérieure (son « royaume des cieux ») et le roc si dur de cette vie matérielle (« non transfigurée ») avec son malheureux cahier.

Et c’est ce malheureux/merveilleux cahier écrit avec son sang et ses larmes, son exaltation, ses contradictions et sa fureur intérieure, qui fait d’elle un des plus extraordinaires poètes de ce vingtième siècle qui en connut tant. 

à suivre...    

Par Bernard Gueit - Publié dans : Marina Tsvetaïeva
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Lundi 8 septembre 2008 1 08 /09 /2008 21:42

Concernant ses lectures, ses écrivains préférés, voici ce que Marina Tsvetaeva répondit au questionnaire élaboré par le « Cabinet de littérature révolutionnaire » en vue de l'établissement d'un dictionnaire bibliographique des écrivains du XXe siècle.

« ….

Succession des lectures préférées : (chacune correspond à une époque) Ondine (petite enfance), Hauff-Lichtenstein (adolescence). L'Aiglon de Rostand (prime jeunesse). Plus tard et jusqu'à ce jour : Heine, Goethe, Hölderlin. Les prosateurs russes (je parle de mon moi actuel) Leskov et Aksakov. Les poètes russes Derjavine et Nékrassov. Des contemporains : Pasternak.

Vers préférés dans l'enfance : À la mer de Pouchkine et la Source brûlante de Lermontov. Deux fois le Roi des Aulnes et Erlkönig. Les Tsiganes de Pouchkine de 7 ans à ce jour à la folie. Je n'ai jamais aimé Eugène Onéguine.

Les livres que j'aime le plus au monde : ceux avec lesquels on me brûlera : les Nibelungen, l'Iliade, le Dit de l'Ost d'Igor.

 

Mes écrivains préférés contemporains : Rilke, R. Rolland, Pasternak. »

 

(Adieu donc, ô mer. Mais je n'oublierai
Jamais ta majesté ni tes splendeurs,
Et longtemps, longtemps en moi j'entendrai
Ton lourd bruissement aux heures du soir)

 

Pouchkine « à la mer »

Tout un programme,

A suivre…

Par Bernard Gueit - Publié dans : Marina Tsvetaïeva
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Jeudi 11 septembre 2008 4 11 /09 /2008 22:52

A l’examen des premières lectures préférées de Marina, on peut y voir la présence dominante du Romantisme. Ondine est l’œuvre de Friedrich Heinrich Karl de la Motte, Baron Fouqué, un romantique allemand. « Lichtenstein, épisode de l’histoire du Wurtemberg » a été écrit par  Wilhelm Hauff, autre romantique, mort à 25 ans, hanté par les écrits de Walter Scott. (Pour l’anecdote, le château de Lichtenstein est un château de style 13ème siècle situé sur l’Albtrauf, au dessus de la commune de Lichtenstein (Bade-Wurtenberg ) en Allemagne. Le château, est une reconstruction entre 1840 et 1842 dans l’état d’esprit du livre de Wilhelm Hauff  qu’avait lu le comte de l’époque.) L’Aiglon de Rostand, qui trouve naturellement sa place dans la Napoléonmania de la jeune fille de 16 ans. (On imagine très bien Marina accrochant dans sa chambre les posters de Napo et de sa descendance comme toute jeune fille, de nos jours, le fait avec Che Guevara et selon les époques Sinsemilla, Sanseverino ou Mika. ) 

Que dire de Heine, de Goethe, de Hölderlin ? Qu’ont-ils en commun ? Le lyrisme sans aucun doute. Goethe a inspiré les compositeurs romantiques qui firent, de ses poèmes, des lieder (des poèmes symphoniques), Heine, né à Dusseldorf et mort en 1856 à Paris, est l’auteur de « Lorelei »,  

« Je suis en proie à la tristesse.

D’où cela vient-il? Je ne sais.

De ce conte du temps passé

Qui hante mon âme sans cesse? »

et enfin Friedrich Hölderlin, un grand lyrique, un peu fou à la fin, (environ la moitié de sa vie) poète majeur, dont l’influence traversa pour le meilleur et pour le pire le 20ème siècle.
« Mon coeur n'est-il pas saint, plein d'une vie plus belle,
Depuis que j'aime ? Pourquoi me respectiez-vous davantage,
Alors que j'étais plus fier et plus grossier,
Plus loquace et plus vide ?
Ah, plaît à la foule ce qui vaut sur le marché;
Et le valet n'honore que le violent.
Au divin croient,
Ceux-là seuls qui eux-mêmes le sont. »

Si on reste dans l'enfance de Tsvetaeva (pas dans son moi actuel), on trouve Pouchkine et Lermontov. Deux grands romantiques (tous les deux morts en duel), le deuxième à 26 ans (peut-être un assasinat déguisé) ayant écrit un poème sur la mort du premier qui circula sous le manteau

« Le poète est mort, de l’honneur esclave ;
Diffamé par l’opinion, il emporte
Au coeur ce plomb... et sa soif de revanche
Ayant incliné son front orgueilleux.
Oui, l’âme du poète a succombé
À l’infamie de mesquines offenses ;
Il s’était dressé contre l’opinion,
Tout seul, comme toujours... il fut vaincu,
Vaincu !... À quoi bon dès lors les sanglots,
L’inutile choeur des éloges vides,
Les balbutiements qui réhabilitent ?

… »

Cette influence romantique, normale, vue l'époque, jusqu'où envahit-elle, l'âme de Marina Tsvetaeva ?   

A suivre..

Par Bernard Gueit - Publié dans : Marina Tsvetaïeva
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Samedi 13 septembre 2008 6 13 /09 /2008 23:42

Romantique, oui, même si son style littéraire en a liquidé toute mièvrerie, Marina Tsvetaeva  en a conservé, purifiés, quelques traits.
Un moi totalement exalté, douloureux , mélancolique, le goût et le sens du « chevaleresque », celui de la nature et de ses grands espaces, l’amour fou pour la geste Napoléonienne (Marina, sur un coup de tête, partit à  Paris à 16 ans pour voir Sarah Bernhardt jouer l’Aiglon et elle vécut Rue Bonaparte), un certain mépris du présent, une attitude hautaine pour les bassesse matérielles, la rupture de style avec ce qui précède (s'accompagnant du regret d'un "avant" idéal), la révolte permanente et cette maladie de l’âme ontologique qui consacre le divorce entre le poète et la réalité quotidienne, qui rend l’amour si difficile et plein de larmes avec comme seule issue possible, accessible : la poésie.

 

Marina n’est pas confinée au romantisme. Mais nous qui savons ô combien les livres ont une influence sur la jeunesse (et orientent même toute une vie), nous comprenons que le tempérament naturel de la jeune fille et la force des poètes romantiques ne pouvaient qu’entrer en vibration.

 

Parmi les thèmes chers au romantisme, Marina Tsvetaeva éleva celui de l’amour au paroxysme. Elle aima passionnément, aveuglément, idéalement  des hommes ou des femmes au cours de ses « engouements » où décollant à la verticale à la recherche de l’absolu, elle se heurtait aux angles de la vie humaine, alors retombait en souffrance, non sans avoir au passage ramené de ces voyages éclairs quelques pépites.

Marina aima l’amour plus que ses passades. Et elle aima écrire autant que l’amour. C’est de l’amour dont elle fut amoureuse, et c’est de son absence, de ne pas se sentir aimée, de ne plus pouvoir aimer (donc plus écrire) qu’elle succomba.

 

Sa liaison avec Sofia Parnok, son amour fou pour Rodzévitch, sa longue attente de Pasternak, sa complicité avec Rilke, se retrouvent dans ses livres comme des amours passionnées et peut-être impossibles (des non-rencontres)

 

« Pour moi les mots sont trop petits et la démesure de mes mots n'est que le pâle reflet de la démesure de mes sentiments »

A suivre....

Par Bernard Gueit - Publié dans : Marina Tsvetaïeva
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Dimanche 14 septembre 2008 7 14 /09 /2008 20:44

En 1922, Marina Tsvetaeva eut l’information de la part de Boris Pasternak que son mari Serguei Efron, qui s’était engagé dans l’armée blanche et dont elle n’avait plus de nouvelles était vivant. Elle quitta donc la Russie bolchevik pour le rejoindre, à Berlin, où elle resta environ un mois et demi.

Puis la famille (c'est-à-dire Serguei, Marina, Ariadna la fille aînée de Marina-la cadette Irina était morte de malnutrition en 1920) partit pour Prague. Ces quelques trois années en Tchécoslovaquie restèrent un souvenir heureux pour Marina. Même si elle ne peut vivre au mieux qu’en banlieue de Prague, la famille bénéficie d’aides du gouvernement tchèque. Marina rencontra Anna Teskova, gestionnaire des fonds d’aide aux émigrés russes, avec qui elle échangea pendant 17 ans une correspondance assidue (135 de ses lettres adressées à son amie pragoise ont été rassemblées dans un livre publié aux éditions "Clémence Hiver")

C’est à Prague également que naquit son fils Guéorgi (qu’elle voulut un temps nommer Boris pour Pasternak) et qu’elle appelait Mour.

Ces années furent aussi celles où Marina écrivit  « Le charmeur de rats » et ses grands poèmes « le Poème de la montagne » et le « Poème de la fin », deux poèmes écrits dans la foulée en 6 mois dans le sentiment d’amour fou qu’elle éprouvait pour Konstantin Rodzévitch.

C’était  un officier de l’armée rouge, ancien commandant du port d’Odessa, fait prisonnier par les blancs. Lors de son évacuation, il rencontra Serguei Efron avec qui il partit pour Prague rejoindre d’autres émigrés russes.

Alors qu’elle écrivait encore les poèmes qu’elle lui dédiait, sa passion était sans doute retombée, lui restait le travail poétique à accomplir, la transfiguration, le témoignage de cet amour fou, de cette brûlure.

 

En envoyant les vers qu’elle venait d’écrire à son amant, elle ajoutait :

« Lisez ces vers de tout votre être, comme vous n’avez jamais lu aucun

vers. Voici pour vous, cher ami, l’occasion de comprendre en une seule

fois –et le non-hasard des mots en poésie, et la pesanteur des mots

lâchés « à l’air libre », et la profonde différence entre essence et reflet,

et tout simplement moi, mon âme vivante et bien des choses encore.

Soyez attentif ! Je vous en conjure. Car c’est le reflet le plus exact d’une

heure dont vous êtes l’un des acteurs –si ce n’est l’auteur ! C’est cette

heure sans pareille- telle qu’inscrite pour des siècles en moi ! »

 

 

A suivre…

Par Bernard Gueit - Publié dans : Marina Tsvetaïeva
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Mercredi 17 septembre 2008 3 17 /09 /2008 23:15

 La Tchécoslovaquie pourrait bien être le symbole des douleurs et des désillusions de feu ce vingtième siècle que nous ne regrettons pas. (Même si l’actuel démarra sous de terribles auspices). Issue de la guerre mondiale de 14 et des décombres de l’empire austro-hongrois, la Tchécoslovaquie s’évanouit le 31 décembre 1992. Son histoire fut marquée par l’invasion allemande de 1938 (en violation des accords de Munich qui n’en étaient pas), le coup de Prague de 1948 quand elle tomba dernier pays d’Europe dans l’escarcelle du grand frère soviétique et par l’invasion du pacte de Varsovie le 21 août 1968. Je me souviens de cet été 68. J’avais 16 ans, j'étais à Cauterets dans les Hautes-Pyrénées où je soignais une sinusite chronique et je lisais tous les journaux qui me tombaient sous la main : le Monde, le Figaro, l’Humanité, Combat, ou Tribune socialiste, l’organe du PSU. L’été s’agitait des soubresauts postrévolutionnaires et chacun était attentif aux braises qui couvaient sous la cendre. L’invasion de la Tchéco était une grande douleur et nécessitait une grande lucidité. Chaque journal tirait la une de couverture à lui et entre les sentencieuses et indignées condamnations de la presse de droite, les justifications éhontées de la presse communiste sur la diversion orchestrée pour masquer la responsabilité de l’impérialisme américain et de ses valets au Viêt-Nam, les explications techniques du Monde pour conseiller opprimeurs et opprimés, l’adolescent déjà poète (si, si !) avait du mal à se faire une idée indépendante et juste politiquement.

 L’Europe était encore loin, la jeunesse ne s’était pas encore emparée de ce rêve. Puis vint Ian Palach. La Tchécoslovaquie est marquée par les « huit » : 1918, 1938, 1948, 1968.

Un souvenir assez fort de mes années « Parole » avec Gorelli est le jour où j’ai signé chez l’imprimeur le « BAT »  du premier livre de ce qui devait être la « collection Parole ».

Il s’agissait d’un  recueil de poèmes d’André Benedetto intitulé « ça brûle fort tu vois entre l’homme et son ombre » Et il y avait un poème intitulé « cet homme à la lucarne » évoquant Vaclav Havel.

« …Tout un peuple peut-être

      Mais un seul corps souffrant

Incarcéré silence
silence… »

Marina eut toujours un sentiment très fort pour cette Tchécoslovaquie.  

Elle l’écrivit dans une lettre à Anna Teskova :

« Tout me ramène - à la Tchécoslovaquie. Je n'ai jamais, au grand jamais, pas une fois, regretté de n'avoir pas vingt ans. Eh bien ! pour la première fois - du haut de tous mes non-vingt ans - je dis : j'aimerais être tchèque et avoir vingt ans : pour, plus longtemps - me battre. Votre pays rassemble tout ce qu'il me faut rassembler - et aimer - séparément. »

 

A suivre..

Par Bernard Gueit - Publié dans : Marina Tsvetaïeva
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