Je les vois moi aussi et même je les entends. Certains lèvent le poing d’autres marchent en silence. Je ne sais où ils vont. Ils semblent marcher depuis si longtemps. Ils marchent tous les jours depuis que je les regarde depuis que je suis né et peut-être même avant. Certains soirs je croyais qu’ils avaient disparu. On voyait un soleil se coucher dans le désert. Et puis il y avait ce bruit de la marche qui reprenait. Plus je pense à toi, plus j’essaye de rassembler mes pensées pour t’approcher (dire à quelqu’un qu’on l’aime, c’est un peu lui dire qui on est), plus ils reviennent en masse toujours plus nombreux et ils marchent sans fin comme pour épuiser les nerfs de la mémoire.
Derrière les ronces les fils électriques les barbelés
le monde avance en claudiquant
une femme vient vers nous
elles marche sur une route
sa voix tombe en poussière
à ses mains on accroche le chagrin d’une rose noire
nous marchons comme des automates
plus rien de fluide
les mots se taisent
Plus rien ne peut dire
le chagrin de ses mains
ce que l’étoffe de son regard abrite
la terre se résigne
une blessure porte son nom à la tête
le sang écrit les nouvelles du monde
des regards fusillent le ciel
du sable plein les poumons
on déchire des cartes postales
les lettres de guerre
la rue s’accroche au soleil vivant
comme à un cerf-volant
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