Dimanche 20 mai 2007

Week-end politique exceptionnel à Brûlon au début de cette campagne législative !

Vendredi Soir Stéphane Le Foll, venu sans son suppléant Gérard Saudubray, paraissait bien seul dans la salle du Prieuré. En dehors de son premier cercle familial ou très amical, à peine 6 personnes venues l’écouter. Il est pourtant connu comme étant le bras droit de François Hollande

La division du parti socialiste si prégnante, si intolérable à l’issue de l’échec de Ségolène Royal qui est une défaite nette, mais qui n’est tout de même pas une déroute, fait sans doute son œuvre. Pourtant les éléphants qui nous trompent énormément savent bien où sont les responsabilités. Cela semble curieux  que le candidat socialiste ne dispose pas de plus de moyens pour réellement figurer dans cette bataille de la 4ème circonscription de la Sarthe où le Président de la République n’a bénéficié que d’une toute petite majorité de suffrages et où il affronte le premier ministre lui-même également venu à Brûlon, mais le lendemain, pour annoncer sa candidature et visiblement avec plus de soutien.

A Brûlon donc, en miniature, un petit résumé d’un enjeu national !

 

Malgré une déception qu’on peut comprendre, Stéphane Le Foll a respecté son public et nous sa donné, assez magistralement, sa vision des choses. Ainsi oppose-t-il à la conception individualiste du « Travaillez plus, vous gagnerez plus » à laquelle il reproche en sus de plomber les comptes sociaux, puisque les heures supplémentaires seront exonérées de charges y compris retraites, une autre approche donnant-donnant.

D’accord pour redorer la valeur travail, mais avec une philosophie différente : en proposant d’exonérer de charges les entreprises si en contrepartie elles créent des emplois qui eux seraient assujettis aux cotisations,  mot qu’il préfère à celui de charges, trop négatif.

En effet, pour le candidat socialiste, la logique d’une perte de recette des comptes sociaux privilégiée par la stratégie Sarkozyste trouvera sa compensation dans une diminution des prestations de santé (franchises), de retraites (revenu de remplacement diminué et années de travail augmentées), TVA sociale, impôt injuste, car plus dur à supporter par les faibles revenus.
Stéphane Le Foll rappelle également que bon nombre de personnes et notamment les femmes, que les grandes surfaces ou entreprises de main d’œuvre utilisent volontairement à temps partiel aimeraient travailler plus. La droite a critiqué les 35 heures, pourquoi ne les a-t-elle pas supprimées purement et simplement ? L’annualisation du temps de travail donne de la souplesse aux entreprises, ce qui permet d’éviter « en moyenne » les heures supplémentaires.

A l’objection que les entreprises ont du mal à trouver de la main d’œuvre qualifiée et préfèreraient faire travailler celle qu’elles ont plus longtemps, il rappelle que la formation est un axe clé des propositions de la gauche.
Honnête, il reconnaît qu’il y  a eu des erreurs, dans l’application des trente-cinq heures, qu’on a manqué de souplesse, mais il pense qu’il faut comparer objectivement  les résultats obtenus par le gouvernement Jospin et ceux résultant des gouvernements Raffarin et Villepin auxquels ont largement contribué MM Sarkozy et Fillon.

Après quelques coups de griffes sur le bouclier fiscal, l’affirmation d’une vision agricole qui doit rester alimentaire (le biocarburant, c’est bien, mais à un moment, il va falloir se poser la question, soit on mange, soit on roule en voiture), le candidat échange avec nous sur l’Europe. Il est député européen : il  pense qu’il ne faut pas rejeter systématiquement sur les commissaires, l’absence du politique dans les décisions européennes : toutes les décisions sont le résultat d’une orientation politique. Aux politiques de prendre leurs responsabilités.

Avant de nous quitter, off the record, le candidat laisse percer une certaine amertume vis-à-vis de la situation actuelle au parti socialiste : on imagine !
(Personnellement, si j’ai trouvé intéressants les propos  de S Le Foll, j’ai regretté qu’il n’accorde pas une place plus importante au rôle d’un député. A quoi ça sert, un député, qu’il soit dans la majorité ou dans l‘opposition)? 
 

Changement d’ambiance, le lendemain samedi où l’organisation départementale UMP avait préparé à l’espace multifonctions de Brûlon la venue de François Fillon. La commune se prête au jeu, ce n’est pas tous les jours qu’on reçoit un premier ministre (!), sarthois et voisin de surcroît. Du stress tangible du côté des responsables UMP en charge de l’organisation, préoccupés le samedi matin de la configuration de la salle en vue surtout de la réalisation d’images, de l’émotion aussi, forcément de la fierté du côté de la commune en charge de l’accueil. On a changé d’échelle, ce n’est plus le ministre de l’éducation ou des affaires sociales qui déplaçait évidemment un peu de sécurité, bien que ces gens fussent toujours discrets, le premier ministre c’est vraiment autre chose.

On attend sous le soleil. Beaucoup de monde, de très jeunes gens avec des portables appareils photos, des gens plus âgés bien mis, une foule sympathique de sympathisants. Ils sont venus pour le voir, il est venu pour les remercier. Le Conseil Municipal attend sagement préparant une sorte de haie d’honneur à la porte de la salle. Les télés et radios sont là, caméras et antennes déployées.

Accueilli par le maire de Brûlon, le nouveau premier ministre se fraie un chemin avec dans son sillage, Marc Joulaud, député de la circonscription. Il serre les mains des chefs d’entreprises, bisouille à tout va, a une parole ou une petite tape amicale pour chacun.

Après des mots très personnels du Maire de Brûlon, Daniel Coudreuse, pour témoigner de sa joie, de sa fierté, de sa reconnaissance, de son admiration et de son fidèle attachement à la personne de François Fillon, le premier ministre prend la parole en s’arrêtant un instant sur cet accueil chaleureux. L’enfant du pays  remercie pour dire qu’il en a besoin de cette amitié car il sait combien la charge sera lourde. Les applaudissements fusent à chaque fin de phrase, boostés par les jeunes de l’UMP.

Puis le discours politique : François Fillon a toujours su prendre de la hauteur, sa nouvelle fonction ne viendra pas contrarier son penchant naturel. Il justifie la composition de son gouvernement d’ouverture avec les symboles forts que sont les nominations de Bernard Kouchner et Rachida Dati à des postes clés, il se déclare non pas un idéologue, un homme d’écoute, mais un réformateur décidé. A titre d’exemple, ok pour le dialogue entre les partenaires pour le service minimum de transports en cas de grève, mais prévient : « si les partenaires ne prennent pas leurs responsabilités, je légifèrerai. » Il annonce qu’il va travailler vite, car la France en a besoin. Il énumère les réformes prioritaires : université, détaxation fiscale et sociale des heures sups, exonération des droits de succession, etc.… ! Au passage, Il fustige la gauche qui « est pour le peuple, mais uniquement quand le peuple vote pour elle ! »

Avec humour, François Fillon rappelle que la dernière fois qu’un sarthois eût l’honneur d’être à sa place,-Joseph Caillaux il y a cent ans-l’épouse de ce dernier avait assassiné le directeur du Figaro. Mais il estime ne rien avoir à craindre de ce côté-là avec son épouse, peu adepte des armes à feu !          

Il dit et redit : je n’ai pas la grosse tête, s’il vous plaît ne m’appelez pas « Premier Ministre », j’en fais le serment, ici à Brûlon, je vous resterai fidèle. Je ne suis pas à Matignon pour le faste, je suis là pour servir la France.

Puis il ajoute : « pour que toutes ces réformes soient réalisables, il y a encore un effort à fournir. C’est la bataille des législatives pour lesquelles je m’engage car il ne me paraît pas normal qu’un premier ministre ne soit pas un élu. Mon expérience, elle me vient de tous ces mandats du peuple que j’ai exercés. Voilà pourquoi, alors que rien ne m’y oblige, je viens chercher auprès de vous la légitimité des urnes ! » Tonnerre d’applaudissements. C’est fini, son suppléant sur scène n’intervient pas, conformément au protocole.
(à part soi, mais évidemment, à ne pas objecter au milieu de cette ferveur, on pourrait gentiment rappeler au Premier Ministre, qu’il a déjà largement acquis son expérience et que peut-être serait-il bon que Marc Joulaud se fasse également la sienne. Ou bien encore qu’une rupture en faveur de plus de morale politique pourrait considérer que c’est celui qui se présente devant les électeurs qui siège au parlement.) Mais ce n’est pas le moment. Ne boudons pas notre plaisir. L’heure est à l’émotion pas à la réflexion. François Fillon fait son bain de foule. Tout le monde veut être photographié avec lui, ou trinquer, ou lui parler, recueillir un autographe.
Derrière les tables, on s’affaire à servir le pétillant de Chahaignes dans une chaleur amicale et de saison.

Les agences de presse viennent de lancer la dépêche qui va faire le tour des rédactions : « A Brûlon (Sarthe), François Fillon lance la bataille des législatives ! »  

 

Ce sera le titre de l’article du blog en ajoutant en sous-titre : Malheur aux vaincus !  

par Bernard Gueit publié dans : journal d'un élu de campagne
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