Samedi 12 mai 2007

La victoire de Nicolas Sarkozy désormais solidement acquise, la bataille pour les législatives se profile. De quoi sommes nous les spectateurs impuissants ? Du chauffage à mort des institutions de la Cinquième République !  Jamais, y compris du temps de De Gaulle, la Vème  République ne se sera aussi rapprochée d'un régime purement présidentiel. Le nouveau président veut d’un premier ministre qui anime une équipe restreinte et non pas qui conduit le gouvernement. Il souhaite pouvoir s’adresser directement au parlement. Il prépare l’ouverture au niveau de l’exécutif  si les points de convergence sont absolus  (Védrine, Allègre ?), mais souhaite écraser au centre ceux qui ne se rallient pas sans condition à son panache bleu.

 L’absence de proportionnelle dans le scrutin majoritaire de circonscription lors des législatives biaise la représentativité. La France qui a voté pour François Bayrou, mais qui n’a pas voté UDF, celle qui a voté Ségolène, mais qui n’a pas voté PS ou celle qui a voté Sarkozy, mais qui n’a pas voté UMP, n’existe plus. Des millions de voix qui souhaitaient un vrai changement dans la vie citoyenne, qu’on puisse être critique sur le plan politique (pas sur les histoires de people ou de yacht dont on n’a que faire)  sans pour autant être immédiatement taxé d’opposant vont flotter dans le paysage électoral. La situation de ces électeurs va rejoindre ceux de Le Pen, sans représentation parlementaire, mais ceux-là, Nicolas Sarkozy n’a aucune chance de les récupérer car sa manœuvre vis-à-vis des députés UDF est typique de ce que ces citoyens souhaitent changer : des élus au service du peuple et pas des élus qui, pour sauver leur place, perdent toute indépendance.

Le pouvoir législatif, celui de travailler à l’élaboration des lois puis de les voter  sous l’impulsion du gouvernement pourrait être confisqué par N Sarkozy via la stratégie UMP. 

Les députés UMP auxquels il faudra rajouter le groupe pseudo-indépendant des UDF ralliés formeront l’ensemble parlementaire le plus godillot de la Cinquième République , priés de ne s’exprimer que lorsqu’on le leur demandera et de débattre des points-virgules sur les textes de loi. Ils se sont plaints de Villepin : ils vont voir avec Sarkozy. Pour autant, le nouveau président se dit favorable à accorder des présidences de commissions à des membres de l’opposition, c’est dire, s’il s’apprête à tenir compte de leur avis.
Ce qui se passe est affligeant car on mélange les deux pouvoirs législatif et exécutif au profit d’un seul homme providentiel. Or, il n’y a pas de sauveur suprême ! Les deux principaux concurrents de Nicolas Sarkozy au 1er  tour ont exprimé très fortement ce besoin d’associer, d’entraîner les citoyens dans le mouvement pour créer et participer à la dynamique du changement. En préférant une chambre d’enregistrement à un parlement vivant et riche en propositions, le président priverait  la France d’une grande part de son identité et de sa richesse.  Cette logique reviendrait à imposer des solutions déjà trouvées (peut-être au grand dam de son premier ministre). Il est dangereux pour la démocratie que le parlement soit aussi peu représentatif de ce qu’est la France à ce jour. Il n’est pas normal de considérer qu’avec  85% d’électeurs l’ayant voté à  53%, le programme législatif du mandat soit adopté. Le travail de réforme à accomplir est considérable :  les députés doivent y participer massivement, non seulement sous l’angle essentiel des lois, mais aussi pour donner leur avis sur les calendriers, la progressivité des mesures, leur adaptabilité, la pédagogie sur le terrain. Bien mieux que les sondeurs, les députés (les vrais) sentent battre le pouls de la France réelle.
Si on veut qu’ils jouent ce rôle, alors il faut qu’ils représentent la France réelle et qu’ils aient droit aux coups de gueule. La direction que prend aujourd’hui N Sarkozy en est aux antipodes. Vouloir délibérément écraser une large aspiration à un changement profond de la morale politique est une responsabilité lourde dont on ne peut mesurer les effets aujourd’hui.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

par Bernard Gueit publié dans : journal d'un élu de campagne
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