Lundi 7 mai 2007

Samedi 28 avril, quelle jolie conférence proposée par l’Association du Patrimoine d’Asnières ! Claude Cailleau s’est risqué à présenter son travail qui met en relation l’histoire de la vie d’un homme et le mystère de l’œuvre d’un des plus grands poètes français, Pierre Reverdy.

Cette conférence se tint à Solesmes dans la Sarthe (il existe une autre Solesmes, dans le Nord, sur la route de Paris-Roubaix). J’ai adoré le style de la conférence, le conférencier debout, lucide et habité par ses travaux, avec ses livres autour de lui pour faire jaillir, précisément, la citation au bon moment. Aucune fausse note, une érudition impressionnante et contagieuse, une simplicité dans la présentation de cet extraordinaire cheminement d’un homme « insondable » et d’une œuvre de profondeur. Qui était notre voisin le poète  Pierre Reverdy, décédé à Solesmes, le 17 juin 1960 ?

Pour répondre à cette question, encore faudrait-il savoir ce qu’est la poésie ! Et alors, là, autant dire qu’on n’est pas sorti de l’auberge !  Car il y a autant de définitions de la poésie qu’il y a de poètes. C’est pourquoi, définitivement, ne réduisons pas la poésie à une forme d’art littéraire : le poésie n’a rien à voir avec la littérature, elle ne peut répondre pour elle, ni en tant qu’alibi, ni en tant qu’illustration. Chacune va son chemin. La poésie ne veut aucun cadre, aucune limite, aucun prix. Elle n’a rien à vendre. Sa gratuité est absolue. Elle ne sert à rien. Sinon à peser un peu de la blessure ontologique, à la dompter, à l’humaniser. Les  poètes en s’adonnant maladroitement à cette science qui parfois les dépasse, comme la houle engloutit le marin, surnagent. Et c’est là que ça se passe.

Si on connaît si peu de choses de Reverdy, c’est que le poète l’a voulu ainsi. Sa trajectoire depuis  Narbonne (où il né en 1889) jusqu’à à Solesmes (où il s’installe en 1926) en passant par Paris nous révèle qu’il y a peut-être deux Reverdy. C’est un peu ce que nous propose Claude Cailleau. Le jeune homme méditerranéen et volubile, entouré de jolies femmes, discutant des heures aux terrasses des cafés et l’homme bougon et fier, enfermé dans sa maison de la rue du Rôle, près d’une abbaye. On connaît l’extraordinaire impression qu’il fit aux jeunes gens en colère qu’étaient Louis Aragon, André breton, Paul Eluard  et Philippe Soupault quand il les recevait à Montmartre rue Cortot, on sait moins que son facteur de Solesmes ne rentra jamais dans la maison du poète (Mais Pierre Reverdy un jour voulut absolument lui offrir des plants de tomates !). Entre l’amant de Coco Chanel et l’homme qui cherchant Dieu, conclut : « je n’ai trouvé que des hommes et une religion », Reverdy renvoie quelques images rares et contradictoires.

Cet homme retiré du monde et même fuyant cette retraite, ayant mis à distance toute faiblesse, tout compromis, créa. « Le champ d’une expérience humaine avec ses repères se dissout en faveur d’un mouvement, d’un rythme où se conjuguent indéfiniment, préparés à se lier, à se défaire, à se recomposer, grâce à cet agencement sans balises, les fragments, les éclats, pourrait-on dire d’une création, dont le mystère nous enveloppe d’une poignante incertitude. »(Préface de François Chapon, à "Main d’oeuvre").

A l’issue de la conférence, après avoir pris connaissance de quelques documents exposés par le conférencier, nous prîmes le chemin de la « grande maison », rue du Rôle où Claude Cailleau nous dit quelques extraits de ses poèmes. Retour, par le cimetière où Reverdy et son épouse reposent. Les lettres de son nom ont été redorées. Claude Cailleau nous lit un extrait de l’hommage qu’écrivit Aragon. « Un soleil noir s’est couché à Solesmes : Il était quand nous avions vingt ans, Soupault, Breton, Eluard et moi, toute la pureté pour nous du monde. Notre immédiat aîné, le poète exemplaire. La vie a bien pu entre nous couler, elle n’a jamais brouillé cette image, cette conscience noire, ce refus, cette voix d’ombre dans notre jeunesse. Je ne vais pas jouer à mesurer cette perte. J’avais déjà devant cet homme en vie un sentiment de l’insondable… »                 

Le soleil éclaire nos visages émus devant la tombe de cet homme qui se tint à l’écart.

 

« Tard dans la vie Je suis dur
Je suis tendre
Et j'ai perdu mon temps
A rêver sans dormir
A dormir en marchant
Partout où j'ai passé
J'ai trouvé mon absence
Je ne suis nulle part
Excepté le néant
Mais je porte caché au plus haut des entrailles
A la place où la foudre a frappé trop souvent
Un coeur où chaque mot a laissé son entaille
Et d'où ma vie s'égoutte au moindre mouvement »

 

 « Pauvre homme », conclut Claude Cailleau, avant de se quitter, sortant du cimetière par la petite porte.  

 

Pour en savoir plus :    

 

Dans les pas de Pierre Reverdy
Claude Cailleau
Petit pavé (éditions du), 18.00 €
 

 

 

par Bernard Gueit publié dans : journal d'un élu de campagne
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Commentaires

Je me suis permise de reprendre des extraits de votre article dans un commentaire sur le blog d'Asnières en faisant un lien vers chez vous (http://asnieresensemble.viabloga.com/news/conference-consacree-au-poete-pierre-reverdy#comment_3
commentaire n° : 1 posté par : isabelle clep (site web) le: 07/05/2007 17:33:26

Très bien. Cette conférence fut pour moi un enchantement !

Bernard Gueit

réponse de : Bernard Gueit (site web) le: 07/05/2007 23:23:47

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