Pour la première fois de sa vie civique, Marianne peut saisir la chance de partager la salle d'honneur de nos 36.000 mairies avec le visage d'une autre femme. Pendant 5 ans, la jolie Marianne à qui le fantasme des hommes avait prêté les traits de Brigitte Bardot, Catherine Deneuve, Laetitia Casta, mais jamais les mains gercées des ouvrières de l'agroalimentaire comme Nicole, Babette ou Fanfan, va trouver avec qui papoter. Car les femmes papotent, vous savez, quand les hommes ne disent jamais du mal de leurs rivaux voisins.
La France est une moitié de démocratie. Les ministres de la condition féminine (la condition féminine fut traitée comme un problème), les lois sur la parité, les journées de la femme traduisent assez dans le ridicule à quel point notre société est arriérée sur la place que doivent occuper les femmes. Ne soyons pas naïfs : même quand la loi existe, la coutume, l'usage et, quand il n'y a plus d'autre argument, la culture justifient des comportements, somme toute illégaux, non punis et non punissables. Inutile de faire appel aux statistiques, regardons autour de nous : combien de femmes occupent, en Sarthe, des postes dans les Comités Exécutifs de Direction de nos entreprises ? Combien de femmes exercent la fonction de Maires dans nos grandes agglomérations ? (Préfecture, sous-préfectures ?). Enfin dans nos 40 cantons, nous avons 10 femmes (25%) conseillère générale.
La Sarthe n'a pas à rougir vis-à-vis d'autres départements, au contraire son ouverture d'esprit traditionnelle (les Saboliens firent le bon choix de Raphaël Elysé) l'autorise à être l'avant-garde dont
la France a besoin.
Mais cette France de 2007, où en est-elle vraiment ?
Sur le plan politique que voyons-nous ? N'accablons pas cette malheureuse UMP que rallient, dans un sauve-qui-peut pathétique, des députés UDF plus inquiets de leur sort dans leur circonscription que de celui de
la France , elle en a l'habitude. Que penser d'autres ralliements, de ceux qui changent de monture entre les deux tours ? La voilà la rupture dont on nous avait parlé et que j'avais raillée gentiment sur ce blog ? Le voilà, l'après Chirac, ce père honni, à qui on voulut tant faire la leçon, dont on ne chercherait qu'à conserver l'art d'embrouiller les affaires politiques intérieures quitte à en oublier son talent sur les rives extérieures ? Qui à grands coups de trompettes annonce les temps nouveaux ? Ceux qui participèrent au gouvernement Juppé qui "vira les pétasses". Qui appelait sous Chirac au renouveau de la vie politique ? Ceux qui accueillent à bras ouverts des députés qui se ruent vers une majorité garante d'une réélection, autrement plus importante à leurs yeux que l'intérêt de
la France et accessoirement des attentes des millions d'électeurs qui ont fait confiance à leur chef de file. Est-ce avec de telles mentalités que le rôle du parlement va être redoré ? Quand tout semble concentré entre les mains d'un homme dont le premier ministre ne sera qu'un exécutant, quelle est la promesse de démocratie ? Où est le changement ? Où est la modernité ? Dans un pays de mecs, qu'est-ce que le slogan « Ensemble » signifie ?
Bien sûr, ce non-partage des pouvoirs entre les hommes et les femmes est transversal à la classe politique. Et malgré mon coeur et ma raison de gauche, j'aurais volontiers jadis voté pour une femme de droite comme Simone Veil, si elle avait été candidate, car je pensais à cette époque qu'elle représentait plus la modernité que son concurrent de gauche, tout badigeonné de l'orthodoxie socialiste et même oint du du sacrement de la gauche unitaire.
Mais cette chance n'a pas été offerte à Marianne. L'histoire est ainsi. Mais ce que nous n'avons pas pu faire avec une femme de droite, les mêmes (le peuple) pouvons le faire avec une femme de gauche. Aujourd'hui, les choses bougent : le Medef en remplaçant avantageusement l'archaïque baron Seillères par la pragmatique Laurence Parisot se modernise. La région Poitou-Charente, en ayant préféré Ségolène Royal au bon monsieur Raffarin, a aussi secoué les habitudes des pouvoirs. Faut-il encore chercher midi à 14 heures ?
Que pouvons-nous espérer de Nicolas Sarkozy sur un changement en profondeur des moeurs politiques au-delà de la loi ?
Rien !
Que pouvons-nous espérer sur le même thème de Ségolène Royal ?
Tout !
Que Marianne et
la France gagnent !
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