Jeudi 15 février 2007

Alors il vient
sous le sabot lent des collines 

sa torpeur mauve 
ses cailloux hérissés de soleil  

 

Il vient 
sa voix rocailleuse 
sa misère insolente 
son regard épais comme le vin 
ses épines joyeuses 
et ses mots d'autrefois

ses nuits trop mûres 
et ses pins 
comme des soldats brûlés  

 

Alors il vient à moi 
comme une pastèque aux dents roses
dans la poussière de Juillet 
obstinément le même 
dans la mémoire brûlante 
l'air acide aux oreilles
les mêmes parfums renversants 
ruelles d'odeurs initiatiques
la même religion sans Dieu  

 

tu viens à moi plutôt 
comme ce grand frère que j'avais oublié  

 

et tu marches 
accroché à ton ombre 
soumise à un pays neuf 
les arbres se taisent 
ils t'ont vu naître 
ils te rendent visite tous les soirs 

 

Indéfiniment le chemin 
t'emmène à l'enfance de l'eau 
tu brûles les écorces 
la pluie va comme un saule pleureur 
grandes flaques sur le coeur

et tu marches 
des rivières dans les poches 
des poissons à ta bouche 
des galets dans la voix  

 

et tu chantes 
des cigales pleins les bras 
pour des éclats de nuit 
le gouffre du mistral 
pour des étoiles filantes

et tu marches 
les pieds nus dans la mer 
jusqu'au mât des collines 

 

et je marche 
parmi les ronces de la joie
avec ma femme ma fille 
le frisson aux joues des papillons 
la lumière blonde et bleue  

 

nous marchons sur l'escalier du rire 
le bonheur épinglé comme un pin's sur le coeur 
seuls au milieu des hommes

et les foules se donnent rendez-vous sur la route 
mêlons nos pas aux langues aux regards aux mélanges 
marchons d'un pas léger  

 

la PAIX soit avec vous ! 

par Bernard Gueit publié dans : journal d'un élu de campagne
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