Alors il vient
sous le sabot lent des collines
sa torpeur mauve
ses cailloux hérissés de soleil
Il vient
sa voix rocailleuse
sa misère insolente
son regard épais comme le vin
ses épines joyeuses
et ses mots d'autrefois
ses nuits trop mûres
et ses pins
comme des soldats brûlés
Alors il vient à moi
comme une pastèque aux dents roses
dans la poussière de Juillet
obstinément le même
dans la mémoire brûlante
l'air acide aux oreilles
les mêmes parfums renversants
ruelles d'odeurs initiatiques
la même religion sans Dieu
tu viens à moi plutôt
comme ce grand frère que j'avais oublié
et tu marches
accroché à ton ombre
soumise à un pays neuf
les arbres se taisent
ils t'ont vu naître
ils te rendent visite tous les soirs
Indéfiniment le chemin et tu marches
t'emmène à l'enfance de l'eau
tu brûles les écorces
la pluie va comme un saule pleureur
grandes flaques sur le coeur
des rivières dans les poches
des poissons à ta bouche
des galets dans la voix
et tu chantes et tu marches
des cigales pleins les bras
pour des éclats de nuit
le gouffre du mistral
pour des étoiles filantes
les pieds nus dans la mer
jusqu'au mât des collines
et je marche
parmi les ronces de la joie
avec ma femme ma fille
le frisson aux joues des papillons
la lumière blonde et bleue
nous marchons sur l'escalier du rire et les foules se donnent rendez-vous sur la route
le bonheur épinglé comme un pin's sur le coeur
seuls au milieu des hommes
mêlons nos pas aux langues aux regards aux mélanges
marchons d'un pas léger
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