Samedi 30 décembre 2006

Tout le monde sait qu’il y a une poésie des gares et certains encore plus.
Je voudrais vous parler d’un livre simple et d’une urgence. D’une urgence de 30 ans.

Avant d’entamer d’autres livres que l’amour filial a choisis avec tant de justesse pour Noël ! Danke sehr !  Je vous dirai ces livres aussi un peu plus tard. 

Jacques Reda est un poète. Le livre que je lis de lui s’intitule « Les Ruines de Paris ». C’est une nouvelle édition de 2002 dans la jolie collection NRF de Gallimard, d’un ouvrage publié en 1977 qui était son premier recueil en prose.

Savez-vous ce que c’est que la poésie en prose ?
Pour moi, ça démarre avec Baudelaire : Petits poèmes en prose ! C’est quelque chose de très urbain, mais qu’on pourrait aujourd’hui appliquer à toute forme d’inspiration. C’est très proche du blues, on entend (dixit J Reda), la basse ambulante qui en jazz se balade sur les portées et soutient toujours le tempo qu’il soit gai ou qu’il soit triste.

Jacques Reda s’est beaucoup promené (dérivé ?) sur son solex dans Paris et plus si affinités. Il observe, il rêve, il s’illumine, il tremble, il s’aventure, il s’indigne, il compatit, il reste discret, universel et quotidien, totalement seul et solidaire : C‘est un poète, un vrai !

Il y a longtemps que je n’ai pas lu d’un  seul trait un recueil de poésie. C’est un peu comme avaler une boite de chocolat. Mais là, je sens qu’il y a  comme un enjeu à  finir la phrase, le poème, le livre. Notre monde change, nous habitons ses ruines et ces ruines disparaissent. Il y a un monde entre le siècle dernier (Sauriez vous encore fêter l’an 2000 ?) et celui d’aujourd’hui. Dans la fuite du temps, si nous regardons en arrière, nous voyons s‘écraser le 20ème siècle sur le 19ème (la guerre de 14, celle de 39, la guerre froide, l’économie matérielle) et quand nous regardons devant, le temps semble s'emballer (mondialisation versus guerre mondiale, conflits localisés avec retentissement planétaire, guerre chaude du terrorisme, économie virtuelle.)
 

Ca file, ça file, ça file à toute allure, à toute berzingue. Reda prend de vieux trains avec des compartiments usés, il voit défiler les sillons du champ bien labouré, l’herbe des talus, des ponts de fer, des usines de briques. Il est remué par dessus tout par les redoutes, les forts désaffectés, les fours à chaux, les vestiges industriels et ferroviaires qui ne servent plus à rien, qui portent des dates à leurs frontons et qui vont s’enfonçant dans le sol vers un futur passé indéfini.
 « Il n’y a plus  au-delà vers un brasier obscur de branches, que les rails qui se ramassent et se détendent au loin comme un coup de fouet. C’est là que le train apparaîtra sans doute à l’heure exacte, et l’on pourrait trouver étrange que le train n’arrive jamais. Sur le temps cependant sont endormis tellement de paix et de silence, qu’il est bien plus étrange encore de voir surgir le train. »
 

Jacques REDA

Les Ruines de Paris

Nrf Poésie/Gallimard

ISBN : 2-07-032737-X         

par Bernard Gueit publié dans : journal d'un élu de campagne
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