Partager l'article ! André Benedetto : une conscience lyrique: André Benedetto a quitté la scène ce 13 juillet, épuisé, nous dit « Le Monde ». Il é ...
André Benedetto a quitté la scène ce 13 juillet, épuisé, nous dit « Le Monde ». Il était poète, auteur et metteur en scène de théâtre, directeur du Théâtre des Carmes d’Avignon et depuis peu, en quelque sorte, président de l’Off d’ Avignon.
De 1983 à 1988, nous avons, avec la revue Parole qui avait édité un de ses
livres, collaboré plusieurs fois avec lui. Notamment, lors d’un spectacle au Palais des Congrès du Mans, mettant en scène les 24 heures. (les "24 heurts"). Puis en 1984, où il avait donné
« Jaurès la voix ». Il nous avait invités au Théâtre des Carmes pour une soirée de création collective aboutissant à la réalisation d’un livre dont la couverture était faite d’un
morceau de toile que peignait Pierre François en direct. Je me souviens avoir introduit un poème par un morceau d’harmonica sur lequel s’était immédiatement attelée la furieuse locomotive des
musiciens de Bernard Lubat. Et puis il y eut aussi les grands moments du 1er festival "La Mer parle" à Marseille, où au chocolat théâtre,
il m’avait dit : « C’est simple : on commence par toi et on finit par moi. » C’était un homme de spectacle, ce que nous n’étions pas. Mais il savait nous encourager. Nous
avions aussi joué une « Parolade » à Bollène avec un peu d’improvisation à la fin. Mais la toute première fois que je j’ai découvert son travail, c’était en 1969 en Avignon. Les hommes
venaient de marcher sur la lune. Il faisait très chaud. Nous dormions, à la belle, sur les berges du Rhône. La journée, pour gagner trois sous, je
vendais sur la place de l’horloge les photos que Pascal Poucet prenait des spectacles, entre autres, la " Messe du temps présent " de Béjart. Nous étions allés voir « Zone
Rouge ». A l’époque, il y avait beaucoup de panneaux dans le midi qui indiquaient « Zone rouge, feux interdits ». Il ne s’agissait pas de la même zone, ni des mêmes feux. Mais il y
avait un grand désordre dans la salle et en même temps le sentiment que quelque chose avançait. Les spectateurs interrompaient les comédiens et il fallait expliquer « Attention, ce n’est pas
le comédien qui pense cela, c’est le personnage ».D’un désordre apparent, Benedetto savait en faire une fête de la réflexion. Il était d’une extrême générosité et aussi d’une intransigeance
qui pouvait blesser. Mais il a fait un énorme travail. C’était un poète. Et pas un poète issu de mai 68. Il a publié « Urgent crier » en 67, chez Robert Morel.
C’est un grand monsieur et un camarade aussi, qui m’aura, comme il le fit pour pour tant d’autres, marqué et qui aura marqué son temps.
Salut André !
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