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Vendredi 17 avril 2009

Boris Pasternak envoie à son père la lettre pour Rilke, en le priant de la faire suivre. Le père, fidèle à ses habitudes, fait lire auparavant la lettre à toute la famille, ce qui a le don d’exaspérer son fils. Finalement Léonide Pasternak écrit à Rilke le 30 avril pour lui répondre d’une part, car il ne l’a pas encore fait, et pour joindre la lettre de son fils, plus réactif que lui en matière épistolaire.
Boris, quant à lui, ne tient plus. Il souhaite partir sans tarder rejoindre Marina Tsvetaïeva pour aller ensuite ensemble voir Rilke. Il transmet à Marina le fameux questionnaire concocté par le Cabinet de Littérature Révolutionnaire, en vue de l’établissement d’un Dictionnaire bibliographique des écrivains du XXème siècle. C’est  ce questionnaire qu’elle conclut par les mots : « Si j’avais des armes parlantes, j’y aurais inscrit Ne daigne.

La vie est une gare, je vais bientôt partir, je ne dirai pas où. »   (Cf articles précédents)

Pasternak écrit à Marina une  lettre passionnée dans laquelle il lui demande s’il doit venir tout de suite ou plus tard. La poétesse accueille avec une certaine réserve cette perspective de visite alors qu’elle s’était décidée à passer l’été avec ses enfants au bord de la mer. D’un autre côté Pasternak se demande s’il peut se permettre d’aller voir Rilke sans avoir écrit quelque chose digne de cette réputation dont il bénéficie auprès de son aîné. Doit-il aller voir Marina, seule, les mains vides ? Il continue à lui écrire passionnément, cherche à comprendre sa froideur, en même temps se remet au travail, l’en remercie. Tsvetaïeva lui laisse le choix de venir la voir ou  pas, c'est-à-dire attendre un an, le temps que Boris ait accompli ce devoir qu’il s’est assigné : « Une année, c’est une mesure. Je la respecterai. Il ne s’agit QUE de travailler et de m’armer, de poursuivre mes efforts, lesquels s’appliquent à rendre à l’Histoire une génération qui s’en est apparemment détachée et de laquelle, toi et moi, nous sommes. »

Et dans les premiers jours de mai, Rilke reçoit enfin la lettre de Boris Pasternak jointe à celle de son père. Il écrit aussitôt à Marina Tsvetaïeva. Et il lui précise qu’à la demande de B Pasternak, cette lettre doit d’abord lui parvenir, puis qu’elle veuille la transmettre à B Pasternak, comme preuve qu’elle l’a bien reçue. Une sorte de chaîne de la poésie !

Rilke écrit : « Les deux livres (mes derniers parus) qui suivent cette lettre, sont pour vous, sont votre propriété. » Et il évoque la perspective d’une rencontre à trois.

Les deux livres offerts par Rilke sont les Elégies de Duino et les Sonnets d’Orphée.
Les Elégies portaient la dédicace suivante :

 

Nous nous touchons, comment ? Par des coups d’aile,
par les distances mêmes nous nous effleurons.

Un poète seul vit, et quelque fois,

Vient qui le porte au devant de qui le porta.

La suite au prochain numéro...

Par Bernard Gueit - Publié dans : Marina Tsvetaïeva
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