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Mercredi 15 avril 2009

Cela se passe au cœur de cette année 1926, particulièrement en été (un repère pour moi, c’est l’année et pratiquement les jours de naissance de mes parents) entre Saint-Gilles-Croix de Vie en Vendée, Moscou et le canton de Vaud en Suisse. Marina Tsvetaieva est au bord de la mer pour quelques mois, Pasternak en Russie et Rilke se soigne en Suisse. Le point de départ de cette rencontre de l’Esprit, c’est une lettre que Léonide, le père de Boris Pasternak, adresse à Rilke à la fin de l’année 1925  après une longue interruption de leur correspondance. (L Pasternak doutait même que le poète allemand fût encore en vie)

Dans cette lettre écrite à Berlin, où il  laisse exulter sa joie de pouvoir communiquer avec le poète devenu à 50 ans une célébrité européenne, Pasternak père parle de Boris.

La lettre finit par parvenir à la clinique de Val-Mont où Rilke soigne sa leucémie. Il répond depuis la Suisse le 14 mars 1926 et tient des propos élogieux à l’égard du travail littéraire de Boris. Léonide Pasternak en fait part aussitôt à son fils, pense lui transmettre cette lettre de Rilke à Moscou tout en craignant qu’elle se perde, mais d’abord la fait lire à toute la famille !

Boris Pasternak reçoit la nouvelle de son père et cela le remet en selle alors que le doute l’envahissait car il tient la preuve que malgré le chaos engendré par la guerre et ses conséquences en Europe, la vie de l’Esprit demeurait. .Il s’agace que sa famille fasse de la rétention sur cette lettre qui le concerne tant,  lui, le poète bloqué à Moscou. Il en recevra enfin une copie le 3 avril 1926.
Mais, tandis que la nouvelle d’un Rilke vivant et admiratif de ses poèmes lui parvient de la voix paternelle, Boris tombe sur le poème de la fin de M Tsvetaieva. C’est le choc de deux immenses sensibilités du même âge (à quelque chose près, ils ont 35 ans tous les deux), de la même époque qui sont conscientes de leurs possibilités et s’admirent  réciproquement. Pasternak submerge Tsvetaieva de missives dans les derniers jours de mars où il lui dit toute la profondeur du lien spirituel qui le lie à elle : « Tu es si belle, tu es tellement ma sœur, tellement ma sœur, ma vie, tu es descendue vers moi tout droit du ciel ; tu conviens aux dernières extrémités de l’âme. Tu es mienne, tu l’as toujours été, ma vie entière est à toi. »

Et dans le courrier qu’il adresse à Rilke le 12 avril 1926, Boris Pasternak confie qu’il avait été très malheureux durant les années postérieures à  1917/1918, qu’il était inerte « comme mort » et que soudain, non pas un mais deux hasards le ressuscitent. Le premier c’est cette lettre de Rilke que lui a transmis son père et l’autre c’est la rencontre avec l’œuvre de la poétesse M Tsvetaieva. Poétesse « qui ne vous aime pas moins et pas autrement que moi (…) . Et dans la suite de sa lettre, Pasternak ose demander à Rainer Maria-Rilke quelque chose d’inouï, d’adresser à M Tsvetaieva, que Rilke ne connaît pas, un livre de lui, peut-être les Elégies de Duino que lui-même, Boris Pasternak, « le docteur Jivago »,  ne connaît que par ouïe dire, avec un mot de Rainer. Et Boris Pasternak précise :

« Elle s’appelle Marina Tsvetaieva et vit à Paris, 19ème arr., rue Rouvet »



 La suite au prochain numéro….        

Par Bernard Gueit - Publié dans : Marina Tsvetaïeva
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