Samedi 27 mai 2006

Crains, un jour, qu’un train ne t’émeuve plus ! (G Apollinaire)

 

 

L’enquête publique pour le TGV-Ouest débutera en Sarthe le premier juin. Elle fait suite aux études menées par la SNCF   (Réseau Ferré de France) dans les années 90,  à la période de concertation de 2003, et s’inscrit dans la planification du projet. Comme tout grand projet concernant l’aménagement du territoire, ce sujet a cristallisé des passions, a suscité des engagements très forts et très sincères de certains opposants, a suscité inquiétudes, parfois amertume chez les élus. Le paradoxe est que c’est un sujet éminemment local (impact communal) de par ses conséquences visibles bonnes ou surtout mauvaises et  c’est également un sujet national. Entre les deux tous les échelons de notre organisation politique sont concernés (plus particulièrement département et région)

 

La notion d’intérêt général se dissout un peu dans toutes ces strates. Et pour les élus qui cumulent les mandats, on voit bien là le paradoxe : peut-on défendre au plus proche de son territoire une position et tenir un autre discours à Nantes, ou à Paris ? Les élus ténors de la Sarthe avaient adopté une position commune, consistant à mettre en avant, sans refuser ouvertement le TGV (avons-nous oublié avec quel emphase, il fut accueilli au Mans en 1983 ?) d‘autres priorités, dont une meilleure interconnexion du réseau Ouest en région parisienne. D’autre part, le Conseil Général et la Ville   se préoccupent du maintien de la desserte du Mans, en raison du projet de contournement. Dès l’arrivée du TGV au Mans, le projet de contournement était inscrit et des terrains avaient été gelés. Le gain de temps obtenu d’ailleurs entre Paris et Rennes se fait pour une bonne partie par l’absence d’arrêt au Mans.

 

Mais aujourd’hui le projet est bien là ! Les associations et en particulier l’une d’entre elles qui fédérait les initiatives, repartiront au combat en utilisant les mêmes arguments : face à une destruction de paysages, à la détresse qu’on va créer, il y a une alternative consistant à rénover la ligne et à mettre en place un TGV utilisant une technologie spéciale (le pendulaire) qui permet de rouler très vite, y compris sur des courbes à « faible » rayon. En quelque sorte le pendulaire serait au réseau ferré classique ce qu’est l’adsl au fil de cuivre. On ne modifie pas fondamentalement l’infrastructure, on fait des aménagements. Ca coûte moins cher et tout le monde est content.

 

Je ne suis pas assez au fait de cette technologie pour pouvoir affirmer qu’elle est effectivement la solution, mais je pense qu’elle a du être étudiée sérieusement. Si elle est effectivement une solution  possible, pourquoi n’a-t-elle pas déjà été mise en œuvre sur les autres lignes ?  Et pour ceux qui disent : « Oui, mais il faut faire travailler les copains » on doit bien aussi avoir des copains dans le pendulaire ? Alors si on admet que le pendulaire n’est pas la solution, que nous reste-t-il ?

 

Pour moi, c’est le dilemme entre le cœur et la raison : mon cœur pense à ces beaux paysages, aux villages dont les noms évoquent la rivière, à ces imposants corps de ferme, au calme de la campagne, aux étendues d’herbage ou de culture, aux chemins VTT ou de simple promenade. Et je me dis, non le TGV ne passera pas.

 

Mais ce type d’attitude m’inquiète. Ne serait-elle pas que le signe d’un rejet de la modernité, d’un refuge dans des valeurs traditionnelles qui n’existent pas en réalité, sauf dans le souvenir ? Lors de l’inauguration de l’énorme citerne Vitogaz, le directeur de cette société déclara dans son discours  qu’il aimait les plates formes portuaires, les camions qui roulent sur les autoroutes. Discours provocateur que j’avais admiré car à une certaine époque, pour avoir voulu faire rentrer les mots de la technologie dans la poésie, nous fûmes, Gorelli et moi, considérés comme tout, sauf des poètes.

 

 Dans l’assistance, les éleveurs de volailles de Loué qui avaient souhaité la construction de cette citerne qui sécurise l’approvisionnement des poulaillers en gaz de chauffage n’avaient pas paru choqués des paroles de l’orateur.

 

Nous sommes dans un monde industriel, et particulièrement  à la campagne ! Nous avons besoin des sorties d’autoroute. Nous avons également besoin de l’Adsl . Nous utilisons déjà le TGV car nous vivons de plus en plus éloignés les uns des autres. Que cela soit sur le plan professionnel ( combien d’allers-retours le Mans/Paris par jour ?)  ou personnel, nous voyageons et nous voyagerons de plus en plus. Faut-il s’en plaindre ? Sans TGV, le siège des Mutuelles du Mans serait peut-être parti à Paris ! Sans TGV, le quartier Novaxis ne se serait pas développé. Les bretons, comme tous les français ne peuvent rester en dehors de ces aménagements qui réduisent les distances.

 

Voilà pourquoi, je suis resté, tout en étant à l’écoute, à l’écart du combat contre le TGV.

par Bernard Gueit publié dans : journal d'un élu de campagne
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