Lundi 15 mai 2006

On n’est jamais trop prévoyant. Aussi, afin d’éviter d’être pris au dépourvu au cas où nous remporterions le premier prix du concours du meilleur blog citoyen, je préfère en avoir déjà écrit le discours de réception., alors même que nous ne savons pas si nous serons autorisés à concourir. Peu importe ce qui arrivera, pour ce qui nous concerne, c’est comme si nous y étions, c’est comme si vous y étiez. Voici donc. Nous sommes le 1 er juin 2006 à l’échangeur autoroutier d’Alençon. 

« Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, nous sommes totalement surpris par cette récompense à laquelle nous n’avions jamais songé auparavant. Pardonnez notre émotion et puisque vous nous demandez de dire quelques mots, soyez indulgent pour notre maladresse, mais sachez qu’à défaut d’avoir préparé quelque chose, c’est avec notre cœur que nous allons parler. Tout d’abord, merci aux organisateurs (L’Échangeur Basse-Normandie, Adverbe et la ville d’Alençon) pour avoir songé à mettre à l’honneur cette nouvelle forme d’expression de la citoyenneté. Merci en passant  à M Alain Lambert, ancien ministre du budget, dont le blog m’avait convaincu qu’on pouvait parler joyeusement de choses sérieuses. Le hasard veut que ce journal d’un élu de campagne ait 6 mois jours pour jour (il faudra ajuster cela le 1er juin, le blog ayant commencé le 14 novembre). 6 mois, ce n’est rien, et pourtant c’est beaucoup de travail, de doute, de penchant à renoncer. La question qui taraude tout être humain et quoi qu’il fasse, c‘est toujours « A quoi ça sert ? ». En effet, qu’est-ce qui pousse quelqu’un, alors que rien ne l’y oblige, à s’adonner à une certaine discipline, à vouloir mettre en forme quelque chose, si ce n’est quotidiennement, en tout cas, plusieurs fois par semaine,dans quel but, pour quel intérêt, dans quel espoir ?  Ce lieu d’expression, techniquement universel, est-il  réellement le nouveau forum, la nouvelle agora ? S’emplit-il des cris des marchands, des pêcheurs qui apportent leurs poissons ruisselants, des femmes devant les étals, des aèdes, et  des passants qui s’interpellent  sous le soleil ? Quelque tribun montera-t-il sur un tonneau, d’où il voit la mer, pour en appeler à la conscience, à la révolte, ou à la raison ?
Depuis 6 mois,
10 230 pages vues au total , 2 826 visiteurs uniques, et très peu de commentaires. Alors pourquoi continuer ? Ne sommes nous pas seulement des commentateurs du commentaire, tout n’a-t-il pas déjà été dit, disséqué, analysé, qu’avons-nous à dire de plus, nous qui ne sommes ni des éditorialistes, ni des sociologues, qui ne sommes pas payés pour penser, à quoi ça sert, vous dis-je d’en rajouter, impertinents verbeux de propos banals,  de quoi  nous mêlons-nous ? Pourquoi s’entêter ?  Précisément pour ça. On peut toujours se poser la question du « à quoi ça sert de souffler sur des brindilles. » A quoi ça sert d’écrire de la poésie ? A quoi ça sert de s’engager dans les associations ? A quoi ça sert de s’engager dans la vie publique et citoyenne, d’être conseiller municipal ? Et à quoi ça sert de vivre, de faire l’amour, de trinquer avec des amis, de chanter à la fin des repas ? Dans un petit (par le format) livre édité par Parole en 1983 intitulé « Ca brûle fort entre l’homme et son ombre », André Benedetto avait écrit le poème pour un marcheur, sur cette homme qui avait marché pendant 2 mois et demi dans la ville d’Avignon, à quoi ça sert, un poème, à quoi ça sert un homme qui marche dans la rue ? Les 6 mois du blog auront eu au moins un mérite. Ils ont vérifié qu’écrire c’est agir ! Il faut du temps pour le comprendre. Il est très facile de se moquer de quelqu’un qui écrit et de le faire passer pour un beau parleur, somme toute inefficace à  l’action. On ignore cette forme de résistance. Ecrire ce n’est pas comme penser dans son coin. On écrit toujours pour quelqu’un. Prenons y garde ! Le bruit de l’orage précède la foudre. Et cet orage qui gronde, dans ce nouveau forum, il ne se prépare pas dans un ou dans le blog, il se construit dans l’ensemble du mouvement que constitue la nouvelle place des échanges électroniques. Nous sommes ici réunis à l’échangeur d’Alençon  dans ce lieu symbolique des autoroutes de l’information. Je viens d’un village, qui a vu naître dans les années 60 (1700) à quelques dizaines de mètres où mon blog s’écrit laborieusement, l’homme sans qui nous ne serions pas là aujourd’hui. Il s’agit de Claude Chappe, inventeur du télégraphe aérien, reconnu par ses pairs spécialistes des technologies de l’information comme le grand-père d’Internet. Son invention qui accompagna l’époque de trouble et de lumière que fut la grande révolution servit d’abord la République. Les technologies ont évolué, la communication est devenue techniquement plus accessible et plus banalisée. Sommes-nous devenus cependant de meilleurs citoyens ? Plus avisés ? Plus tolérants devant la multiplicité des avis, des points de vue, des opinions diverses ? Plus lucides ? La démocratie y gagnera-t-elle quelque chose ? Nous sommes acteurs et spectateurs de cette mode nouvelle que nous faisons et dont nous avons à préserver la liberté. Cette liberté est déjà convoitée par des esprits mercantiles comme le furent en leur temps les radios dites libres, qui ne le restèrent pas longtemps !  

 

En attendant profitons-en, réjouissons-nous de cette belle manifestation sympathique, ouverte et joyeuse : que les blogs continuent d’émettre sur leurs fréquences persos les idées des uns et des autres !  Nous vous remercions !   

par Bernard Gueit publié dans : journal d'un élu de campagne
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