Mardi 9 mai 2006

J’aime pas les anniversaires, mais j’aime ben les lampions ! Si j’aime retenir les dates, toutes les dates, celles des grands comme celles des petits événements, c’est que derrière les anniversaires,  on entend couler « la cataracte du temps ». Un an, deux ans, cinq ans, dix ans, vingt ans, cinquante, cent, mille, deux mille, 10 000 , 100 000, 1 million de secondes, de minutes, de jours, d’heures, d’années, de siècles. Nous ne traversons pas le temps, il nous habite, il nous tisse ce costume à la mode fait de pensées fragiles, de moments inoubliables, de coquetteries, de souvenirs, de photos d’écoles, puis il nous pose là, sans prévenir, sur le bord d’une route où nous voyons passer des danseurs, un œillet à la boutonnière, qui évoquent entre eux le bon vieux temps devant les rires étouffés des enfants. Ephémères ? Nous sommes des éphémères ? C’est pourquoi nous avons beaucoup d’admiration pour ceux qui, dans un espace de temps assez court (que représente une cinquantaine d'années pour la houle de l'histoire?), ont eu l’intuition, le génie et la force de faire surgir une idée, de la protéger contre la violence des vents mauvais en automne, la maintenir en vie malgré les obstacles et qui surent trouver assez d’amis, même après qu’eux-mêmess fussent morts,  pour que l’on n’enterrât point cette idée avec eux. Cette idée, c’est l’Europe dont nous connaissons mal l’histoire. Nous l’avons peu apprise à l’école : c’est une histoire récente. On nous explique à la télé, à la radio, dans les journaux (n’oubliez pas de lire l’excellente presse locale " Ouest-France, Le Maine Libre et l’hebdo les nouvelles", autant pour les infos générales que pour les locales, grâce à la qualité de nos correspondants locaux), que le 9 mai 1950, Robert Schuman avait proposé la création  d’une fédération européenne fondée sur l’unification économique. Mais cette action avait été précédée de beaucoup d’autres réflexions dans l’histoire de notre civilisation, et pour en parler en n’oubliant personne, il faudrait être beaucoup plus savant que moi. Mais nous le savons : l’Europe est vieille comme le monde et comme le monde, elle a du mal à dépasser ses contradictions. Que lui souhaiter en ce jour anniversaire ? Une seule chose, à mon avis, c’est d’exister ! Exister en tant que réalité politique car c’est la seule existence qui vaille pour les pays ou les territoires qui veulent se penser ensemble (conscience de soi) et agir. La critique aujourd’hui galvaudée des « hommes politiques » est l’exaspération en creux du désir de politique. Il y a un besoin de comprendre et d’être acteur, pas de subir. Loin de traduire la désaffection à l’égard de la res publica,  le peuple dans sa vindicte parfois expéditive cherche d’autres motifs pour reprendre la main. Cette réalité politique de l’Europe a été niée, par le passé, pour dire selon le gré du vent soit qu’elle était un préalable à tout (postulat rédhibitoire), soit qu’elle serait inatteignable (enterrement de première classe). Or, la réalité est beaucoup plus simple : les commissaires ont fait du bon  travail en avançant sur le plan technique tout en déminant le terrain politique. L’être détermine la conscience. Les choses étant, on les pense, on y apporte de l’intelligence, du sens. Mais le pas de plus qui permet de franchir une étape, de commencer à se penser comme espace de citoyenneté où le libre échange, la sécurité, la solidarité, et surtout l’action dans le monde au-delà des frontières, nécessitent que l’Esprit s’appuie sur une communauté d’hommes et de femmes décidant ensemble leur avenir, ce petit pas de géant,c’est la construction de la gouvernance politique. C’est cela que l’on souhaite à L’Europe, de construire sa gouvernance. Et oublions le récent échec de la Constitution Européenne  : il n'est qu'un avatar dont les raisons  compréhensibles et honorables n’ont rien à voir avec le projet politique dont l’Europe a besoin pour exister et porter chez elle comme dans le monde des valeurs de paix, de respect, d’humanisme et de solidarité.

Comme Beethoven aurait dit, au moment de sa mort : «  Muss es sein, Muss es sein ? »(sera-ce, sera-ce ?)    

  

par Bernard Gueit publié dans : journal d'un élu de campagne
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