Lundi 3 avril 2006

Au risque de passer pour un ravi (accent tonique sur le ra), celui qui dans la crèche provençale dit « O que le monde est beau, O comme le monde est joli », une sorte d’idiot du village, je vais développer dans ce court texte et dans l’extraordinaire contexte politique toutes les raisons d’espérer.

Et d’abord qu’est-ce espérer ? Y-a-t-il un plus fort espoir de demain qui ne soit  Demain ?  Plus simplement, sommes-nous capables de construire quelque chose qui nous donne de la perspective ? Pouvons-nous avoir des  désirs, des passions au-delà de l’instant ?

Halte là, Papy ! La jeunesse n’a pas le même temps que celui des aînés. La jeunesse ne peut physiquement partager la même expérience que ses parents. Elle se lance sur la vague, et pour l’instant, elle a compris en peu de temps beaucoup de choses en prenant l’exemple d’où il vient. D’abord, il paraît qu’elle ne s’intéresse pas à la politique. C’est un peu loupé ! Et dans ce bouillonnement, il y a  les contre, il y a les pour, il y a  ceux qui s’interrogent, bref, voilà notre jeune société civile traversée par les débats et qui prend le virus de l’attitude citoyenne, avec tout à apprendre et tout à nous apprendre. Ensuite, notre belle jeunesse a découvert les institutions et leur fonctionnement. Qui de nos chers lycéens manifestants connaissait le conseil constitutionnel ? A quoi il sert ? Qui savait, vraiment, s’il était possible ou non au parlement de revenir sur une loi avant qu’elle ne passe l’épreuve de la constitution et de la promulgation ? La jeunesse a vécu une magnifique leçon d’éducation civique. Elle  aura aussi compris sans doute le décalage entre l’esprit, la lettre et l’épée de la loi. Pour des raisons qui s’imposent, et que les gouvernants feignent d’ignorer, la jeunesse aime la justice. Elle a, à tort ou raison, indiqué qu’elle ressentait comme injuste une loi qui ne s’appliquait  qu’à elle. Dans une véritable démocratie, un tyran intelligent aurait compris. Dans un pays vieux, les sondages commandés ne reflètent pas la situation. On est très mal entré dans la crise, on ne sait pas en sortir. Et, pourtant, jeunes gens, ne vous laissez pas abuser par vos aînés, moi le ravi ringard qui vous soutient sur le fond, laissez-moi aussi vous dire que bloquer l’éducation du savoir est la pire des choses. « Laisse-le peuple dans l’ignorance, il t’obéira : instruis-le, il te répondra ! »  N’allez pas contre votre propre éducation, pensez aux écoliers d’Afrique qui font des dizaines de kilomètres à pied pour apprendre, n’oubliez pas ce sur quoi est fondé notre pacte scolaire républicain : l’école est gratuite, laïque et obligatoire. N’oubliez jamais ce dernier point : obligatoire ! Seule, une question de vie ou de mort pourrait temporairement nous faire déroger à cette obligation. Et alors maintenant : entrez dans la discussion. Allez jusqu’au bout de votre pensée, ne vous laissez pas impressionner. Participez à la démocratie. Inspirez la future loi. Restez solidaire et vivant. Et vigilant. Vous devez sortir de la crise en ayant prouvé qu’il faut compter sur vous : jeunes gens et on pense beaucoup aux filles, vous êtes l’avenir de ce pays : ne nous décevez pas !     

par Bernard Gueit publié dans : journal d'un élu de campagne
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