La revue Parole qui se voulait trimestrielle avait déjà publié 8 numéros lorsqu’elle accueillit pour la première fois un de mes poèmes. Dès le départ, elle s’était rangée du côté d’une poésie vivante, en prise avec le réel et les questions actuelles. Utilisant un beau papier épais, cartonné, de couleur, elle avait une ligne graphique très simple, avec une mise en page soignée. Le beau titre P A R O L E était inscrit en diagonale de la couverture de bas en haut. Parole était imprimée sur les presses de Quick-Compo D.Poulard Imprimeur au Mans.
Subissant l’inflation des années 80 et aussi une évolution dans l’amélioration de sa présentation, son prix était de 5 francs pour le numéro 8 et de 10 francs pour le numéro 12.
Christian Gorelli publiait des poèmes des membres de P A R O L E, les siens, mais surtout cherchait des contributions et des signatures d’autres poètes qui avaient également ce souci d’une poésie de chair et de sang et qui apportaient de par leur renommée un certain prestige à la revue. Dans le numéro cinq, il y avait par exemple un poème de Max-Pol Fouchet et des textes de Guillevic.
Ma première contribution parut dans le numéro 9, dont le thème était Avenir et le motif « Autour de Lionel Ray ». Sur la quatrième de couverture, étaient présentés les poètes. Lionel Ray, agrégé de lettres modernes, professeur en classe de Khâgne au lycée Chaptal, à Paris. Membre du comité de la revue Europe et de la revue Action poétique. Présenté par Aragon dans les Lettres Françaises en 1970 et 1971. Puis la liste de ses œuvres, dont « Le Corps obscur » (Gallimard 1981). Lionel Ray venait d’obtenir le prix Mallarmé.
Il y avait aussi Hélène Cadou, femme de René-Guy, Jean L’anselme, un des trop rares poètes humoristes (La poésie est une question de tripes, mais à la mode de quand ?), Béatrice Kad, Pierre Autin-Grenier, Daniel Lacotte, Rene Maltete (un autre poète de l’humour), et Dagades, poète Sarthois, dont il faudra que je reparle. J’étais présenté, juste comme Bernard Gueit, jeune poète du Mans. Je ne pensais pas que j’étais un jeune poète, mais que ma poésie était traversée des troubles et des élans de la jeunesse. Je ne sais pas si la poésie empêche de vieillir ou si c’est parce qu’on ne veut dire adieu à sa jeunesse qu’on devient poète. A cette époque là, mon activité était discrète, pour ne pas dire secrète. Très peu de personnes savaient ce qui est toujours un grand secret pour celui qui écrit. Ainsi le blog, tout en étant public, parfois relève aussi du domaine du secret et se nourrit du silence entre les confidences. Les poètes écrivent des lettres d’amour. Qui se rend compte de l’effort que cela représente pour eux, dans ce passage « de la phrase au vers » (G Noiret), de porter cette incandescence du murmure de la nuit au grand soleil du jour ? Je ressens la même chose aujourd’hui au début du blog, la même émotion lorsqu’on m’en parle, que dans les années 80 : « Alors, comme ça, vous êtes poète ? ». Quand on est résistant, on cache ses armes, on ne se montre pas au grand jour. Il m’a fallu du temps pour affirmer tranquillement cette différence radicale, ces ailes de géant qui vous empêchent de marcher comme tout le monde. Et pourtant cela n’a rien à voir avec la capacité de parler devant une foule, même hostile, cela m’est arrivé. S’engager dans l’écriture, c’est accepter définitivement de se couper du monde (de sa surface futile) pour mieux le comprendre. Mais le monde n’accepte pas qu’on se coupe de lui. Péché d’orgueil. Le poète est un scandale vivant, ça le dépasse, mais il ne sait jouer qu’avec le feu. Pour ceux qui parlent de retour sur investissement, il doit s’agir d’un investissement à très haut risque. Le poème qui portait bien son titre s’intitulait « J’ai Peur » Il faisait partie du recueil de poèmes que j’avais ramenés de Londres, sur un petit cahier à spirales et sous le titre peu imaginatif de « Poèmes de Londres ». Mais ce recueil était très important pour moi. Il avait réalisé la jonction entre les années de rêve (voir les articles dans la catégorie « journal intime : comment on devient poète) et celles où j’aurais voulu rêver. Il fut aussi le véhicule par lequel une partie du rêve, mais pas la moindre, allait devenir réalité. Dans quelque temps, une partie du programme de
La suite au prochain numéro
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