Le peuple élit ses députés. Les députés votent les lois. Ces lois s’appliquent au peuple qui élit les députés. Et on recommence. Qu’est-ce qui pourrait bien venir contrarier cette belle mécanique formelle ?
Si le peuple n’est pas content, le président peut soit dissoudre le peuple, soit dissoudre l’assemblée. En France, il dissout l’assemblée. De ce fait les lois n’ont pas à être bonnes ou mauvaises : elles ont à être votées, et quand elles sont votées, elles doivent être appliquées.
Pour le CPE, on a demandé aux députés de voter à l’intérieur d’une loi un nouveau contrat qui « ne sortait pas des cartons de l’UMP » dixit le président du parti de la majorité. Ils l’ont voté, car la majorité est disciplinée. C’est comme ça qu’elle représente le peuple : en votant un texte qu’elle n’a pas inspiré, mais qui est proposé par quelqu’un qui ne tire pas son autorité des urnes et qu’on aimerait bien contester, mais c’est trop tôt. Il est vrai qu’avec le 49.3, ça abrège le débat. La démocratie n’est plus ce qu’elle était. Le peuple envoie des représentants à l’assemblée, mais ne leur délèguent pas un mandat « tout pouvoir ». Quand on est élu, on doit exercer cette responsabilité en maintenant un lien vivant avec ses mandants pour écouter, comprendre, être pédagogue, préparer la réforme, organiser la transformation. Les députés doivent être très attentifs à ce qu’on leur demande de voter et ne pas être otages de quelque gouvernement que ce soit. Ils ne doivent plus accepter quelque chose insuffisamment étudié et concerté. En étant plus avare de lois, mais plus avide d’échanges, plus exigeant en matière d’études (au-delà des rapports d’experts, il y a des gens qui vivent derrière les statistiques), la représentation nationale redonnera tout son sens à un pouvoir législatif indépendant des ambitions personnelles, mais soucieux d’efficacité dans l’intérêt général.
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