Mardi 14 mars 2006

Il y a peu, le blog avait publié un article sur les dangers du marketing politique, la posture qu’on veut prendre avant les élections et qui se dégonfle comme une baudruche, une fois le scrutin passé, quand on revient à la vraie vie. En critiquant la théorie de la rupture qu’affichèrent un moment N Sarkozy et F Fillon, je voulais souligner, notamment en ce qui concerne ce dernier, qu’on n’est jamais aussi bon que lorsqu’on est soi-même, et que cette idée de rupture en complète contradiction non seulement avec son image, mais aussi avec ce qu’il est, s’avèrerait impuissante à l’action. L’article concluait par : mais alors que faire ?

(Article : Marketing politique : risques et illusions de la logique de rupture de MM Sarkozy et Fillon du 19 février 2006) 
Et on en était resté « de d’là ». Je reprends la réflexion à cet endroit et vais essayer de la poursuivre à la lumière, en ombre chinoise, du contexte actuel du C.P.E .

Le Premier Ministre s’est piégé tout seul et il piège avec lui sa majorité. Il ne peut (et ne doit) pas reculer car ce serait un déni de démocratie : la loi a été votée, et même avec une procédure inadaptée aux enjeux, elle a été ratifiée par la représentation nationale. Les responsables étudiants, qui se forment vite, et les leaders syndicaux le savent. Leur action, en mobilisant massivement contre le C.P.E, crée une caisse de résonance où l’élargissement de la contestation à une supposée politique de régression sociale du gouvernement est payante dans l’opinion surtout quand on l’associe à un mode de gouvernance : l’autisme d’Etat. Autour du Premier Ministre, gouvernement et godillots de l’UMP se resserrent, crispés, affichant cohésion et distillant bruits de couloir en attendant phrases assassines. Le dénouement de la crise est évidemment incertain : loi vidant le C.P.E de son contenu, initiatives complémentaires, détournement de l’opinion ? Qui vivra verra. Mais si, et c’est mon cas, on ne veut pas prêter à M De Villepin un quelconque machiavélisme dans le résultat qu’il est en train d’obtenir, on peut cependant remarquer qu’aurait-il chercher à l’atteindre, il ne pouvait mieux s’y prendre.
Tous les ingrédients sont réunis :

-Il n’y a pas de vision cible. On marche vers le changement. On modifie au fil de l’eau la réglementation du travail. Ce contrat, pour qu’il ait du sens, devrait faire partie d’un dispositif beaucoup plus large dont les objectifs seraient annoncés, sur du moyen/long terme, pas simplement en vue d’une échéance présidentielle.

-Ce contrat, qui vise des objectifs à court terme,  ne chiffre même pas son ambition  de création d’emplois. Sa logique repose sur une phrase répétitive : depuis 25 ans, on a tout fait, pourquoi ne pas essayer autre chose ?


-Ce contrat s’adresse à une seule catégorie de la population : la jeunesse. La jeunesse a une sorte de conscience de classe (sans jeu de mots pour les lycéens) au sens classe d’âge. La société de consommation leur fournit les modèles, les codes, les moyens de communiquer entre eux. Principe de base : ne rien faire sans eux.


-Le Premier Ministre a avancé seul, pour aller vite, sans consultation suffisante en tout cas du terrain.

 

 Le Premier Ministre ne peut plus reculer, ses amis lui reprocheront d’avoir avancé et de les avoir mis dans cette situation. (ah, les amis !!!)

Et c’est là qu’on boucle sur la réflexion liminaire au sujet du marketing politique des candidats à la présidentielle. La différenciation ne se fera pas sur les contenus des politiques, sur les programmes, car il y a pour chaque candidat un minimum d’obligations auxquelles il devra répondre et qu’il devra se donner comme objectif :

 

 -La réduction de la dette de l’Etat pour se doter d'une marge de manœuvre (ce  thème ne devrait pas être un objectif, c’est un moyen : mais compte tenu de l’ampleur du déficit, cela devient impérativement un objectif intermédiaire)
-La transformation de notre moteur social (je préfère moteur à modèle), pour le rendre viable, solidaire, facteur d’intégration, de développement, d’enrichissement (dans toutes ses dimensions) personnel et du coup booster de l’économie.
-Le retour de la France à l’Europe, tenir à nouveau un rôle important, en ne jouant pas perso, mais en portant au contraire très haut la dynamique de l’Esprit Européeen.

Mais si la différence ne se fait pas sur le contenu, sur quoi se fait-elle ?  Elle se fait sur la manière. La grande différence entre la réforme des retraites et le C.P.E,, sur la manière car les enjeux n'ont rien à voir, c'est que F Fillon a beaucoup consulté, qu’il y a eu énormément d’informations données, les cas spécifiques (carrières longues, commencées jeunes) prises en compte, rachat des années, dispositif évolutif, rendez-vous pour évaluations. Bien sûr, F Fillon avait précisé que lors de ces rencontres, il ne négociait  pas et que c’est le parlement qui déciderait. Il y a eu et c’est normal des manifestations puissantes, hostiles au gouvernement, mais il n’est pas sûr que certains  manifestants n’admettaient pas au fond d’eux mêmes que l’intérêt général (sauver les retraites par répartition !) prévaudrait sans doute sur leur cas personnel, tout en essayant d’obtenir pour eux un petit « plus » ! Ils en avaient compris l’enjeu, qui était réel, ce qui n’est évidemment pas le cas du CPE, où l’enjeu n’est absolument pas partagé. 

Les candidats à la charge suprême devront être réalistes : ils devront dessiner la cible pour la France et expliquer aux Français et en particulier à la jeunesse, (celle des facs, celle des banlieues, celle de la campagne, car il y a malheureusement plusieurs jeunesses) comment on va l’atteindre. Comment on va passer d’aujourd’hui à demain. Il faudra continuellement garder le contact avec la réalité, être dans la France comme un poisson dans l’eau, tout le temps coller au terrain. Il faudra s’appuyer sur les institutions qui favorisent cette démarche grâce à la décentralisaton à condition que nos élus ne nous fassent pas le coup de cette nouvelle forme de cohabitation  où quand l’état dépense 1 euro, pour contrer la mesure, la région en dépense également un ! Bref, il faudra associer, ce qui ne veut pas dire chercher un consensus mou, mais comprendre la complexité de la transformation et quels en sont les obstacles pour les lever progressivement. La tâche est immense, mais elle n’est pas insurmontable. 

 

Qui annoncera la couleur sur la manière gagnera !

 D’ici là, Monsieur le Premier Ministre, ne perdez pas confiance et dites à tous ceux qui prétendent la France ingouvernable qu’elle ne manque pas de prétendants à vouloir la gouverner !       

 

 

       

par Bernard Gueit publié dans : journal d'un élu de campagne
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