Mardi 7 mars 2006

Mais qu’est-ce qui a poussé Dominique De Villepin à prendre le risque d’affronter la jeunesse autour de laquelle les oppositions, en mal d’idées, à son gouvernement se regroupent, quand elles ne dictent pas les slogans ! Sur France-Inter, récemment, Philippe Seguin, président de la cour des comptes, remarquait qu’il était très difficile d’imputer à tel ou tel type de contrat de travail non standard un nombre de créations d’emplois et  que globalement l’impressionnant catalogue des contrats aidés, ou particuliers, n’en avait créé que très peu.(rapporté à la dépense et à l’énergie pour leur mise en œuvre). Alors, le Premier Ministre a-t-il voulu sincèrement se lancer dans l’aventure du « On a tout essayé depuis 25 ans, ça n’a pas marché, essayons autre chose », veut-il occuper le terrain, vis-à-vis de son rival Nicolas Sarkozy en affichant « Y-en-a qui attendent 2007, moi j’agis tout de suite pour mon pays »  au risque de déplaire, mais en espérant secrètement que les Français lui reconnaîtront ce courage et ce panache ? Cette nième  initiative pour l’emploi n’a sans doute pas que des défauts. Il est évident que nous avons à repenser notre modèle social pour le rendre viable, efficace en matière

d’intégration quand le chômage est la première cause d’exclusion.
Au début des années 80, en revenant de Londres, j’ai traversé une période sans emploi. J’ai eu la chance de m’en sortir grâce au travail intérimaire (la précarité de chez précaire) qui m’a permis de garder le contact avec le boulot et de faire des missions dans l’entreprise qui finalement m’embaucha, grâce, et rendons à César ce qui est à César, au dispositif contrat solidarité du gouvernement Mauroy. Et si je devais donner un conseil (mais n’écoutez que vous-même, dit le poème « Fontaines ») aux personnes sans emploi, je leur dirais de s’inscrire dans ces boites de travail précaire, qui vous font des contrats d’un jour (mais un contrat !) grâce auxquels vous reprenez confiance en vous et vous ouvrent tous les possibles : elles ont au moins un intérêt commun avec vous, plus elles vous trouvent du travail, plus ça leur rapporte !

Il n’est donc pas inconcevable, la fin justifiant les moyens, de vouloir simplifier les procédures d’embauche et de licenciement. Mais vouloir appliquer à une seule catégorie de la population un contrat de travail 2ème classe ne peut qu’éveiller un sentiment d’injustice chez les jeunes qui considèrent qu’il ne s’agit que d’une mesure discriminatoire à leur égard. Au moment où certains d’entre eux (qu’on appelait naguère des élites) dénoncent les stages où leur production n’est pas rémunérée, où le ministre de l’intérieur, par ses sorties, est sans doute moins populaire dans la classe d’âge où, idéalement, on fait siennes les valeurs de justice et de tolérance, où l’autorité du président de la République est sapée depuis son propre camp (de grâce, messieurs, un peu de dignité, qui n’avez pas rechigné à aller lui lécher la main), était-il bien nécessaire de fournir les verges pour se faire châtier ? Bien sûr la colère de la jeunesse est attisée par les organisations syndicales et les partis politiques qui, sans vergogne quand ils sont sans idée, cherchent à exploiter le mouvement à leur profit. Face à ces obstructions, le premier ministre fait jouer le 49.3, procédure d’urgence quand l’enjeu n’en vaut pas la chandelle. Pour réaliser le changement, la société et les politiques qui la gouvernent devront s’appuyer sur la jeunesse. Elle est naturellement plus apte à saisir les nouvelles opportunités, à s’engouffrer dans la modernité, à rechercher et accepter l’ouverture et l’innovation. C’est avec elle que la France de demain se construira. Après les emplois jeunes qui les ont infantilisés, les x contrats aidés qui ne reconnaissent pas leur valeur ajoutée, les stages où leur travail ne vaut rien puisqu’on ne le paie pas, rajoutons donc un nouveau contrat spécial pour les moins de 26 ans, que les entreprises ne réclament pas, mais qui a le don de reculer encore un peu leur passage à l’âge adulte.

Monsieur le Premier Ministre, qu’il est dur de gouverner. Je vous plains par avance quand vos « amis » vous reprocheront sans pitié, vous si enfermé dans votre tour d’ivoire qui n’avez pas connu le charme populaire d’élections cantonales, d’avoir creusé le fossé  qui  éloigne le rêve des bonnes intentions de l’enfer de la vie réelle.

 

par Castigat ridendo mores publié dans : journal d'un élu de campagne
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