Lundi 6 mars 2006

Le port : c’est un abîme de bruits et de songes, de chaînes rouillées et d’air frémissant, c‘est cet espace industriel  que les oiseaux de mer respectent , le port et sa misère et sa grandeur et ses saintes Marie de la  Mer et son goût puissant d’un ailleurs qui jamais, oh jamais ne passe . Quand je reviens seule, ici même, après tant d’années, à te chercher sur cette terre immense, quand j’oublie mon trajet, lorsque les mots de mon enfance crèvent sur mes lèvres comme des bulles de savon, quand je me regarde dans le miroir de l’eau , quand je  parle à voix haute comme si tu étais là, que l’ombre ne t’avait pas encore embrassé, que tu n’avais pas  enseveli ton souvenir sous la nappe de la vie, je reviens vers le port , sa statue du départ, son phare qui nous appelle et nous prend par le bras, ses bruits de fonte et son cœur de cordage, ses lumières qui décrivent un chemin vers le noir, ses bateaux qui tanguent d’impatience , ses marins qui rentrent ou qui partent quelque part, et la mer, qui toujours fait la belle, et qui porte les remous de la houle sous nos pas… 

par Bernard Gueit publié dans : poème
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