Dimanche 5 mars 2006

Ami je viens d’un pays lointain
jusqu’à ce jour j’ai marché
jusqu’à ce jour
d’un trou de mémoire loin ami

je suis venue

Dans mon dos l’été brûlait
comme une perle de sang
le soleil rongeait mon ombre
et mon pays fondait
comme la neige au cœur des hommes
sur le sable d’or
et le trou de mémoire a grandi
A la recherche de moi-même
je suis partie
par les coteaux par les vallées
par les maisons aux tuiles rouges
par les églises et par les ponts

les voies ferrées et les bateaux
les ports ouverts à tous les vents

j’ai voyagé

Quand je suis arrivée à New-york
j’ai demandé au chauffeur de taxi

de m’emmener au centre du monde
et il m’a amenée ici
dans la grande salle d’attente
où tout le monde vient
pour accoucher de quelque chose

ou de lui-même
le type qui hurle
nous autres peuples

nous ne savons pas naître
nous ne savons que mourir
doit être palestinien
Depuis j’habite les foules transparentes
qui font de l’auto-stop
dont la cervelle flotte comme des méduses
Ils sont là depuis 10.000 ans
et  même morts
ils attendent encore
qu’on les prenne pour des hommes    

par Bernard Gueit publié dans : poème
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