Mardi 28 février 2006

  

GDF/Suez, Suez/GDF, voilà un sujet à propos duquel, il est difficile d’avoir un avis, sans passer par le prisme des idéologies. Pour un CDB (citoyen de base) ou un BS (blogueur simple), le décryptage de l’information est complexe, mais comme on ne lui demande pas son avis, pourquoi se tourmenterait-il à en donner un ? On fait avec ce qu’on a et voilà : apparemment, deux lignes de fracture. L’une oppose nationalisation et privatisation, l’autre esprit européen et patriotisme économique. Au bout d’un certain temps, en majeur, je ne laisserais qu’une seule ligne, celle qui sépare le monde hexagonal et le monde.  

Si l’on écoute les  points de vue (le point de vue est ce qu’on voit depuis l’endroit où on est placé : depuis la plaine, on voit la montagne, depuis la montagne, on voit la plaine et pour voir la plaine et la montagne, il faut de la hauteur de vue, ou beaucoup d’empathie),   que nous dit-on ? 

S’opposent  d’une part en négatif privatisation (abandon de l’intérêt national, remise en cause des statuts et acquis sociaux, cadeau au privé, copinage avec actionnaires, mépris des engagements précédents inscrits dans la loi concernant la participation de l’état au capital de GDF, désengagement du service public) et nationalisation (retour au passé, responsabilité de l’état dans un domaine où il est notoirement incompétent, glaciation des évolutions sociales indispensables) et d’autre part esprit européen (libre échange, la loi du marché, l’abandon de la souveraineté nationale, la technocratie) et le patriotisme économique (ce qui est bon pour la France est bon pour l’Europe (et sûrement pas l’inverse) , droit sur mes ergots, tout sauf les italiens, cocorico, cocorico, cocorico !) 

Et la même chose en positif  d’une part pour la privatisation (désengager l’état, favoriser un projet industriel où les entreprises se sont choisies, évoluer en regardant l’avenir) et la nationalisation (garantir un vrai service public, garantir les emplois, un bon niveau de salaire favorable à la croissance, définir une vraie politique énergétique bonne pour les consommateurs, les salariés et la France ) et d’autre part esprit européen (encourager la création de vrais champions européens, indépendants des états, capables de lutter sur le plan mondial) et le patriotisme économique ( la construction réfléchie d’ensembles industriels nationaux volontaires préfigure la configuration d’ensembles européens de dimension mondiale)

 Et avec ça, mon gars, débrouille-toi ! Honnêtement, sauf à passer par le prisme idéologique, je ne sais pas faire. Bien sûr, je comprends qu’au fond les partisans de la nationalisation et du patriotisme économique miment d’appartenir au même camp et que ceux qui prônent la privatisation paraissent plus proches des européens. Mais on peut dire aussi que ceux qui  privatisent jusqu’à la minorité de blocage sont des  patriotes hexagonaux, et que les nationalistes veulent l’Europe des travailleurs ! Demain, j’irai voter pour un ou une qui voudra accéder à la charge suprême. Il ou elle nous dira sans doute son avis sur ce sujet : cela fera partie des critères de choix.

Comment appelle-t-on une démocratie où les décisions ne peuvent pas être comprises par ceux qui en vivront les conséquences au quotidien ?      

par Bernard Gueit publié dans : journal d'un élu de campagne
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