Le ciel bleu n’existait qu’au dessus des ardoises. Jamais je ne le vis si clair. Jamais parut plus d’évidence. Le ciel bleu dans la tourmente. Le sable des dunes était plein de bombes et d’éclats. Le sang avait fui loin de sa source. Il n’y avait que de méchants immeubles rigides et blancs et la mer qui aspirait tout. Chalutiers, marins, soleil, espérance. Le nord fut un berceau de nuages, de douceur et de grand désespoir. Le nord a des yeux tristes comme le cheval qui remontait la rue des Soupirants en 1956. J’aime encore le clocher de l’église, la pluie qui le dimanche s’arrêtait à 11 heures, alors le ciel sans jamais s’affirmer, comme il le fit plus tard à Toulon, s’étirait sans mot dire, et le bleu envahissait la fenêtre ouverte de la chambre. Ce qui marque sans doute, c’est cette légèreté (comment autrement définir les anges ?) qui accompagne le passage du gris à la lumière, de la fatigue au repos, de la nuit au petit jour, de l’angoisse à l’infini.Le ballet des nuages nous traverse l’esprit et pose des banderilles dans la conscience. Pas d’effort, surtout, pas d’effort pour capter ces ballons invisibles qui peu à peu dessinent notre destin.Comment échapper au couteau de la sensibilité si elle veut vous trancher la gorge ? Qu’y pouvons nous si le soleil nous brûle, si les rivières nous prennent par la main, si des trottoirs glissants nous entraînent, si les étoiles nous racontent nos voyages, si la mer s’impose à tout jamais ?
Poème paru dans l'anthologie des éditions Donner à Voir sur le thème Enfance/Enfance(s)en 2003
ISBN 2-909640-40-x
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