Qu'un poète quitte le terrain de l'imaginaire, nous pleurons. Qu'un poète nous adresse du plus profond de lui-même ses derniers feux, ses
dernières étoiles, son dernier soubresaut même retransmis par le satellite, nous pleurons. Le grand poète Aimé Césaire a quitté son coin de terre pour Fort de France. Il y souffre, nous
l'espérons, le moins possible.
Aimé Césaire ! Nous apprenons peu à peu et très lentement ce qu'est la poésie, sa puissance, sa force destructrice et sa voyance. Peu à peu, nous apprenons sa science des cartes et son dessein.
Pas une poésie n'est facile, aucune n'est pas simple.
Quelle heureuse coïncidence, qu'à Paris, se rencontrent dans les années 30 ces deux génies de la langue française : Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor.
La voix, le rythme, le vocabulaire luxuriant, les mots qui bondissent (me faisant courir, ignorant, vers le dictionnaire), toutes ces couleurs, ce savoir encyclopédique, joyeux dans la
colère, cette émotion retenue, cette dignité, ce chant puissant, équilibré, tam-tam dans le cœur et nous tient éveillés pour toujours. Ne vous endormez pas, Frères et Sœurs, ne vous laissez pas
endormir. Car sachez que notre poésie n'est que conscience dans le bonheur et la sérénité. Sachez que vous n'avez pas encore, loin s'en faut, tout crier avec elle, ni même seulement accompli son
écho. Mais c'est la vie et celle de la poésie.
Depuis Fort de France, nous recevons des nouvelles préoccupantes d'Aimé Césaire ;
-qui naquit à la Martinique en 1913
-qui créa en 1932 la revue « Légitime défense » par des étudiants antillais communistes et surréalistes
-qui fonda "l'étudiant noir" avec Senghor
-qui écrivit le Cahier d'un retour au pays natal
-qui fut élu Maire de Fort de France et député de la Martinique
-qui fonda le parti progressiste martiniquais
un immense poète, un homme qui chanta sa terre et le monde, portant en lui pour nous la contagion du "feu de brousse de la fraternité"
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