J’ai aimé le chant brûlant du thé dans ma gorge la lente dérive des heures et des hommes dans les villes battues par la mer
et les grands magasins
J’ai aimé le coeur lent du désert
et le corps à corps des villes haletantes
tous ces instants que j’ai aimés
sauf le dernier sauf de me taire
j’aimais celui qui m’avait dit
embrassons-nous dans la lumière
jusqu’à aimer ce qui n’est pas possible
dans ce qui est possible
ce qui n’est pas permis
jusqu’à aimer le voile
quand il était la mise en scène de nos regards
ce théâtre de noir et de rouge
de l’ancienne corrida
l’instant où la mort meurt
entre les deux yeux
même avec bravoure
oui, je l’ai aimé
jusqu’à aimer l’ombre
avant qu’elle ne soit un linceul
j’aimais le sable parce qu’il est simple et beau
le bruit des étoiles sur leur chemin de ronde
le désastre du soir
et son peu d’espérance
j’aimais mon silence à cet âge
j’aimais ne pas dire j’aimais
ne rien vouloir devenir
que soi
le ciel rôde
si l’on parle tard dans la nuit
les voix frissonnent dans la tiédeur de l’air
les parfums s’accordent comme des violons
j’aimais le mystère des chats
eux seuls me comprennent
et la tendre cruauté des tigres
les fleurs le miel et la lumière dorée
j’aurais voulu me perdre dans la lumière
au pays de la connaissance et de la poésie
quand on parlait des inventions des découvertes
quand on calculait le monde
à la somme des regards
la multiplication des êtres
la soustraction du mal
la division des pouvoirs
l’égalité devant la vie
La nuit m’envahit de son spleen
il me faut vivre jusqu’à demain
demain sera le fête des morts
je danserai pour eux qui murmurent à l’oreille
Inclinez vous devant la vie
l’orgueil de vivre
cette légitime fierté
car c’est aux vivants qu’il faut rendre le premier hommage
si vous êtes de ce monde
alors tout est possible
je ne suis rien
de rien
de rien
qu’un monument de sable
et de désir
emmurée dans la prison de mon cœur
un homme y dort tout éveillé
je lui parle comme à un trésor
Celui qui m’embrassait dans la lumière
Enferme-t-on le soleil dans un puits ?
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