Lundi 24 mars 2008

La question ouverte depuis lontemps et qu’a ranimée avec tant de courage et de dignité Chantal Sébire rejoint au fond celle de l’émancipation humaine. Quel droit avons-nous, même partiel, sur la vie et la mort ? Qu’avons-nous le droit de choisir ? La question se pose tant  au niveau collectif qu’au niveau individuel et mérite beaucoup de réflexion tant les angles d’approche, les contextes, les raisons profondes peuvent  être différents.

 

Est-il simplement pertinent de les rapprocher tant les débats de morale sont rudes et si irrationnels ? L’avortement, le suicide, l’euthanasie, mais aussi la génétique posent des questions d’éthique sur ce que l’Homme a le droit ou pas de faire.

Force est de constater que la France n’est plus le lieu où ces idées avancent, la France n’est plus ce pays de lumière où on ose poser la question et proposer une nouvelle réponse (Mon vieux Voltaire, tu as le cul par terre !)

Après que la justice eut constaté que la demande de la plaignante ne pouvait être recevable au regard de la loi, en écoutant l’avis des politiques dont Rachida Dati et François Fillon, je pensai que notre pays était encore loin de cette modernité que ses responsables appellent pourtant de tous leurs vœux.

Je crois même avoir entendu de la part de très éminentes personnes que la France n’était pas la Belgique ou la Hollande, que notre médecine ou notre approche médicale étaient radicalement différentes, bref qu’une fois de plus la France faisait exception. Cela m’a fait brusquement penser à cette fin des années soixante et au début des années soixante-dix où bon nombre de jeunes filles de ma génération, encore mineures, durent seules ou pour les plus chanceuses accompagnées de leur père ou mère, franchir la Manche ou les frontières de l’Europe du Nord pour échapper aux « faiseuses d’anges ».Ce retard endémique sur les mœurs que masque le libertinage et la vulgarité ambiante du « Tout est permis, si j’en ai les moyens » est un handicap pour notre pays. Il montre que les blocages de notre société existent,  de la base au sommet, et que cette différence entre notre pays et nos voisins européens au sujet de la morale n’est qu’un consommé de ridicule.

Trop, c’est trop ! Il n’y a aucun sérieux du point de vue de l’éthique à opposer la France à ses voisins Européens, en particulier nos peuples frontaliers. Le génie de chacun de ces peuples s’est construit en se frottant pas mal les uns aux autres du corps à corps des armées à celui plus aimable des amours, en passant par les échanges commerciaux, les alliances économiques et politiques, le tourisme, l’Europe, j’en passe et des meilleures…Cela ne réduit pas tout à tout, mais sur les points les plus fondamentaux de l’éthique, nous devrions être d’accord. Par exemple, la peine de mort a disparu de nos constitutions respectives. Mais le mariage homosexuel n’est pas possible partout. De même, la demande si poignante de Chantal Sébire n’a pu trouver en France de réponse à la hauteur de sa dignité. On dirait,-mais est-cela faire l’Europe- qu’il est plus simple ou plus important de s’accorder sur un taux de TVA que sur une vision collective de ce qui nous concerne tous.

Honte à nous, Français d’Europe qui allons bientôt prendre la présidence de ce navire en construction !

Non pas de n’avoir pas modifié la loi en urgence, cela n’aurait pas eu de sens. Mais qu’aucun membre du gouvernement n’ait eu le courage avant le décès de Madame Sebire de reconnaître à tout le moins que nous avions du retard sur ce sujet et qu’il était temps, avant qu’elle ne disparaisse et pour lui faire un ultime signe de reconnaissance, de se positionner définitivement, sans hypocrisie, sur ce thème si douloureux et si humain du « Droit de mourir dans la dignité ».

par Bernard Gueit publié dans : Société
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