Dimanche 8 janvier 2006

Et pourtant elle tourne !

 

 

 

 

 

On n’y fait pas très attention, mais notre vie sociale relève d’une conception circulaire du temps. Et les saisons qui tournent et qui reviennent comme un morceau de Vivaldi, et  les 24 heures du Mans où des boules d’énergie tournent en rond pendant 24 heures exactement, et toutes nos fêtes, anniversaires, les marronniers des journalistes, tout revient chaque année inlassablement, on est dans ce grand mouvement  qui avance en tournant sur lui-même.

Est-ce l’énergie que nous prenons comme la fronde de David ? Est-ce un besoin de se raccrocher, d’être  plus profondément nous mêmes au fur et à mesure que le jour de notre naissance s’éloigne comme fuient aux confins de l’espace  étoiles et  galaxies que rattrapent in extremis les grands télescopes célestes qui remontent le temps ?

 

 

 

Chaque année en décembre, le conseiller général, comme un grand horloger, a recensé toutes les manifestations de l’année à venir : elles sont en tout point semblables à celles de l’année passée, sauf exceptions, et les jours immuables. Personne n’a vraiment envie que les dates changent, aussi  sauf de la part de quelques perturbateurs, néo-ruraux  ignorants de  la tradition, il n’est pas de mise de se concurrencer sur un arpent de temps. Car  le temps c’est aussi de l’espace et si deux manifestations venaient à brouiller nos repères temporels, elles convoiteraient potentiellement la même salle, le même jour, et  poseraient en rivaux les lotos des écoles,  le festival de jazz, les choucroutes et les moules frites.

 

 

 

Il faut ensuite faire lecture de ce calendrier aux associations rassemblées, éventuellement corriger  et arbitrer les dates, s’il advenait  que par événement imprévu, sa rigoureuse horlogerie vînt  à se gripper.

 

 

 

Le rituel du calendrier des fêtes fait lui-même partie de ce ballet annuel bien réglé, comme les voeux du maire dont nous parlerons prochainement.

 

 

 

Nous tournons en rond et pourtant nous avançons sur une trajectoire incertaine : en temps qu’individu (l’année dernière à pareille époque, je ne faisais pas de blog, mais j’assistais comme cette année au calendrier des fêtes), et en tant que partie de l’humanité  (la catastrophe du tsunami, l’échec de la constitution Européenne).Nous ne nous baignons jamais dans la même eau, mais la vègre coule toujours et  ses coins de pêche charmants sont connus de plusieurs générations de pêcheurs. Chaque année épaissit un peu plus notre écorce, chaque année nous éloigne un peu plus d’un centre et nous rapproche d’un autre.

 

 

 

Nous vivons tous plusieurs époques, nous avons tous été jeunes et tout cela se suit et se superpose. Le Comice, la Sainte Cécile et la Sainte Barbe sont toujours au rendez vous et pourtant cela change.

 

 

 

Quel que soit notre âge, nous surfons sur la crête de la vague, inconscients de savoir qui elle engloutira. Lors du reflux et de sa renaissance, nous rions dans l’écume, tandis qu’elle emporte vers le fond les corps de nos compagnons.  

 

 

 

Parce que nous ne savons ni le jour ni l’heure, nous posons des repères comme le petit poucet sur le chemin de notre vie sociale. Le calendrier des fêtes qui s’égrène comme un chapelet nous rassure quant au lendemain.   

« Nous n’avons à nous que le temps, dont jouissent même ceux qui n’ont point de demeure »

"In girum imus nocte et consumimur igni"

 

 

par Bernard Gueit publié dans : journal d'un élu de campagne
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