Ainsi, très jeune je me suis crue poète.
Et j’ai aimé les nuits, belles et sombres, où mon soleil brillait à l’intérieur aussi fragile que les feux des barques de pêcheurs,
Et l’air du large m’ouvrait sa porte,
Et je marchais seule sur les cordages du temps,
En m’éloignant j’espérais que la tempête se calmerait,
et que le jour en m’apportant ses présents d’algues et ses odeurs salées
me déposerait sur la joue de la ville sans me faire mal
sans que je crie sans que quiconque se porte à mon secours
sauf pour rire dans la vague
Alors pour faire venir le jour
Et dans le tintement de chaînes de la nuit
Je me disais des histoires
Ils devaient venir de très loin
Ils naviguaient au fond du ciel
Leur bateau louvoyait entre les récifs des étoiles
Des vents violents les poursuivaient
Mais ils n’avaient pas peur pour eux Ils disaient n’avoir peur que pour moi, peur de ne pas arriver à temps
Ils regardaient, depuis là haut le grand précipice de la mer
Ils me cherchaient des yeux
Ils avaient fait un très long voyage
Ils m’apportaient des idées nouvelles
Curieusement, ils parvenaient à descendre le long des grands bras de la nuit jusqu' au quartier du port d’où s’élançaient mes rêves Ils étaient là. Je les sentais au bout de mes doigts.
Alors la vie pouvait commencer.
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