Mardi 3 janvier 2006

                                            

On On est voyeurs. Où sont nos sentiments ? Ma peau est lisse comme le brouillard. J’attends du journal qu’il me dise qui je suis. J’ai toutes les raisons du monde d’espérer et de mourir. Je suis femme sans doute, encore fille, très loin du plan statistique. Mon nom ne vous dira rien, je tisse un chemin parmi les tombes, j’écris. Mon nom ne vous dira rien, mes mots ont un sens sous le sens commun. Vous diront  tout. Je me suis nourrie d’ombres pendant des lustres, je n’ai fait que mâcher de la mémoire. Ca donne faim partout, au rein, au cœur, au sexe.Ca donne ce manque immense d’amour que vos voyez et revoyez sur les images de la libération des camps,  ces êtres sans chair et sans voix, ces bouts de papier anonymes comme des décalcomanies sur nos consciences du 20ème siècle.

 

 

 

Voilà, j’écris, pour survivre. Je vis dans un monde très simple, très protégé et très cruel. Ici, on ne se tue pas pour manger. J’aime la poésie, parce qu’elle est libre. Moi aussi, je suis libre, comme tout un chacun chez nous, au moins dans sa tête. Mais c’est dans la tête  qu’il y a le moins de liberté. J’aime le monde moderne. Sa science, sa technique. Les mots d’Apollinaire et de Cendrars .J’aime un peu moins son asservissement, ses satellites qui nous traquent, le flic internet. J’aime la poésie du moyen âge, courtoise, amoureuse à en mourir,  et le moteur de recherche de la BNF.  L ’amour pleure souvent, je trouve, et je pense aux croisades. Si la guerre est l’occasion d’aimer ? On n’en voit que des blessés qui reviennent, et des morts qui ne reviennent pas, les vivants se cachent parmi les ombres,  ils se taisent et on ne les voit pas.

par Bernard Gueit publié dans : poème
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