Lundi 2 janvier 2006

« Et j’étais déjà si mauvais poète que je savais pas aller jusqu’au bout. »

 

 

Les années 70 ne furent pas de bonnes années pour ma poésie : écrire, ne plus écrire, la fac, les communautés, un mariage, le boulot, la vie du rail, les bars, partir, la musique, toujours chercher.

 

Puis Londres et ses parcs magnifiques, les pubs avec les groupes de rock, Camden town, Bethnal green, Lancaster gate, Stockwell, Brixton. Une présence lumineuse. Les bibliothèques, les livres en open-shelves, les galeries.

Pas plus d’une dizaine de livres en poche, but freedom.

Ecrire à nouveau, sentir le temps qui passe.

 

Pendant toutes ces années 70 je n’ai jamais perdu contact tout à fait avec la poésie.

Toutes les situations ramenaient invariablement un vers ou deux, un bout de poème, une phrase suspendue dans l’air comme ce  pont de chemin de fer dont Claude Delmas disait qu’il était un « chant triste dans l’air ».

 

La poésie accompagnait ces errances intérieures/extérieures comme une bonne étoile, et comme ce qui devrait devenir l’exigence, sans doute la seule acceptable.

 

Sans la poésie, je ne serais peut-être jamais revenu de Londres. La langue me manquait (autant au début, s’abîmer dans cet oubli, en ne comprenant pas tout était terriblement reposant). J’ai compris aussi qu’il fallait  beaucoup de disponibilité intérieure, beaucoup marcher avec les poèmes, beaucoup travailler.

Et alors, « it comes » !

Londres est une ville extraordinaire pour les français, car on est dépaysé à deux pas de chez soi. Et c’est une ville musicale. Le melody maker est une très ancienne revue. C’était encore un peu l’époque punk, mais aussi le disco (au music machine, on y avait tourné  des séquences de grease), et les débuts de Police, de Boy georges, de Dire Straits.

Et il y avait aussi des  événements comme les Who à Wembley, ou Led Zeppelin à Knebworth.

 

Londres est aussi propice aux rencontres improbables : « un soir de demie brume à Londres, un voyou qui ressemblait à mon amour… »  Comme cette jeune femme croisée il y a longtemps à Toulon qui m’avait reconnu à marylebone road, le temps d’un verre et d’une visite au collège où elle travaillait, puis de la voir quelques semaines plus tard élue « Woman of the year » sur les tabloïds pour être la première femme professeur titulaire dans un environnement exclusivement masculin.

 

Je revins avec un recueil, des textes inégaux. Le hasard a fait le reste.

 

J’eus la chance de rencontrer Christian Gorelli qui animait la revue parole au Mans.

Ce fut le début d’autre chose beaucoup plus structurée, une collaboration qui nous amena à faire beaucoup de spectacles, d’animations. La revue parole porta dans les années 80 en Sarthe une pratique originale de poésie spectacle, de poésie action, qui fut d’ailleurs contestée. (Par exemple dire des poèmes en s'accompagnant à la guitare électrique lors d'une démonstration de boxe)

Une personne a souhaité faire une thèse sur cette période. (Je ne sais pas si elle a été au bout de sa démarche). Je dispose de morceaux de cette étude qui éclairent cette période.

 

J’arrête là ces quelques confidences sur « Comment on devient poète ». Je publierai sans doute quelques extraits de la thèse, plus objectifs et plus critiques sur cette période plus récente.

 

Je pense à Blaise Cendrars (un autre que j’adore et qui a influencé Apollinaire, pas l’inverse !)  :  "Et j’étais déjà si mauvais poète que je ne savais pas aller jusqu’au bout." 

par Bernard Gueit publié dans : journal d'un élu de campagne
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