4 poètes contemporains, tous nés en Sarthe, pour certains ayant vécu et œuvré depuis ce département, 4 poètes qui se connaissaient, tous décédés entre 1997 et
2002.
Il y a une émotion qui monte, car même s’ils ne sont pas tous morts en même temps, la cérémonie simple, amicale, les réunit dans un même hommage et une même complicité. Brusquement, on
s’aperçoit qu’ils ne sont plus là et qu’ils n’auront plus rien à écrire pour nous surprendre, que leur œuvre, pour eux, est terminée.
Je n’ai pas fréquenté ces poètes, mais je les ai admirés de loin. Dagadès me paraissait le plus engagé dans l’indispensable exigence. On m’avait expliqué que ces poèmes dont la violence me secouait étaient issus de la guerre d’Algérie. Un point commun avec Franck Venaille. Le vocabulaire n’était pas le même, mais la douleur au ventre ne laissait aucun doute. Je me rappelle d’une discussion un peu houleuse au Palais des congrès du Mans, un jour de « Nouvelle poésie du Maine », entre Christian Gorelli et Dagadès à propos de Serge Pey qui avait préfacé un recueil du poète. Serge m’avait dit que lorsqu’il avait reçu le texte, il avait pensé qu’il s’agissait de poèmes écrits par une femme. C’est un très bel hommage : qui, mieux qu’une femme, peut exprimer, pour l’humanité, l’horreur de la guerre ?
Je n’ai jamais eu l’occasion de parler directement à Serge Brindeau. Je l’avais aperçu lors d’un débat avec Gérard Noiret aux 24heures du livre au Mans, où Gérard dénonçait les maisons d’édition de poésie qui font du compte d’auteur, dont les éditions Saint-Germain des Prés.
Serge Brindeau se défendait, arguant à juste titre que jamais la revue « Poésie 1 » qu’il co-dirigea avec Jean Breton s’était laissée aller à ces honteuses pratiques.
L’image que j’avais de Serge Brindeau collait mal avec celle de l’auteur du pamphlet publié en 1964 « Poésie pour vivre – Manifeste de l’homme ordinaire » qui bouleversa un certain ordre établi et prépara la venue de la génération soixante-huitarde des Biga, Venaille, Tilman qui m’a tant marqué. Mais il ne faut pas se fier aux apparences. Les poètes, sous des abords extrêmement aimables, policés, portent des bombes dans le cœur qui font exploser les idées dominantes en donnant à voir quelques évidences bien de leur temps. C’est en cela qu’ils sont modernes : le présent leur appartient.
J’ai un peu plus approché Joël Sadeler qui, gentiment, invitait la revue Parole à tenir un stand lors du congrès départemental du Parti Socialiste.
Et, puis nous avons eu l’occasion, plusieurs fois, de dire nos poèmes ensemble, chez Renault, dans des radios. Il me donnait l’impression de quelqu’un de très solide, de très terrien (je le revois, enfonçant des pieux à cette fête du PS), et ce sourire d’enfant…
Moreau du Mans, je trouvais le nom un peu ridicule, un peu « Carte de visite ». Je ne lui ai parlé qu’une fois, je crois bien au printemps de
Durcet (?), assez peu de temps avant sa mort. Son allure, sa gentillesse avaient fait de lui un possible immédiat ami. Et c’est peut-être lui et sa hiératique silhouette noire dont j’aurais
aimé comprendre le cheminement poétique qui me manque le plus aujourd’hui.
Les voix des poètes trouvèrent de très bons relais dans la famille ou les amis. Il y avait une écoute réelle, une vraie disponibilité du corps et de l'esprit tandis que la tempête
soufflait sur la ville.
C'était beau, ça nous rend plus fort, Poésie pour vivre ...
Pour la photo, allez voir le blog d'Yves Barré :
http://ahoui.over-blog.com/
Petit détour par le site d'Yves Barré pour arriver jusqu'au tien...
Merci beaucoup pour ton salut aux amis poètes disparus !
Si tu en es d'accord, bien sûr, ton article pourrait paraître dans "équisol" prochainement (soit en décembre, mais cela risque d'être trop tard, soit plus vraisemblablement en mars). "Equisol" (nom trouvé par Dagadès) est le bulletin interne de l'association "Donner à Voir".
Voilà. Au plaisir de nous revoir sur les routes de la poésie.
Jean-Claude.
Salut, Jean-Claude !
D'accord, bien sûr, pour reproduire cet article dans vore bulletin interne. Pourras-tu mentionner le blog ? Le journal d'un élu de campagne devrait virer sous peu vers quelque chose comme celui d'un "poète de campagne "!!! (mais pas un "babaou", comme on dit à Toulon ! Poète, d'accord, mais quand même un peu lucide ! ) Crois-moi que rejoindre la famille (sarthoise) des poètes, malgré mon indécrottable indépendance, me fait du bien au moment où seul l'essentiel m'enjoint de choisir.(j'ai 56 ans)
Je n'ai jamais quitté la route de la poésie et pourtant, ô combien d'errances. Mais elle m'a rejoint. Et par bonheur, je ne veux plus avoir le choix...
Merci et au plaisir !