Samedi 17 décembre 2005

Comment on devient poète ?

 

Chapitre 4 (2ème partie)

« Paradise now !»

 

Les artistes de la mansarde vécurent chacun Mai 68 à leur façon. C’était évidemment de grandes vacances, mais l’intérêt des uns et des autres pour le mouvement différait selon leur sensibilité, ne parlons pas de conscience politique. A côté de ceux qui profitaient de cette « soudaine interruption de l’image », mon frère par exemple jouait sur sa clarinette huit heures par jour, à fond, il y avait ceux qui avaient suivi à la radio (la télé était en grève) les manifestations parisiennes, ceux qui essayaient de se tenir au courant à travers les journaux qui circulaient, ceux qui assistaient ou participaient aux débats (« je ne suis pas d’accord avec toi, Camarade ! »), dans une agitation et un tourbillon d’idées et de mots qu’on a du mal à imaginer aujourd’hui ! La parole supplantait les média et même si l’utopie, les raccourcis et contresens historiques étaient invités à la fête, la pensée, la discussion, le tâtonnement de l’homme était à l’œuvre, ce qui prouvait que l’homme était debout !

 

Les grandes grèves eurent aussi un effet inattendu sur notre petit groupe : des artistes  toulonnais « montés » à Paris, avaient traversé la France coupée en deux  et rejoint le pays natal. Et ils retrouvèrent naturellement le « Nep ». Pierre Tilman, de la revue chorus, Raymond Boni et sa guitare gitane de jazz, Jean-pierre Le boulch’, peintre pop-art,  et d’autres intellos, libraire, plus ou moins révolutionnaires, tous libertaires nous apportèrent des idées nouvelles.

 

La plus forte, la plus en rupture par rapport à notre première vision de l’art, fut  la découverte du « free jazz » et de son univers lyrique, déstructuré, parfois violent.

Nous découvrîmes pêle-mêle Ornette Coleman, John Coltrane, Archie Shepp, Cecil Taylor, et cela cassait beaucoup de nos valeurs esthétiques, car sur ce plan là, somme toute, malgré une certaine audace dans notre recherche, nous étions restés assez classiques.

 

La violence parfois désespérée de cette musique improvisée collait aussi à l’époque : il y avait là de la révolte et si la situation des noirs américains n’était pas comparable à celle des étudiants français,  on pouvait cependant relier toutes les consciences par un unique fil : ce monde peut mieux faire !

Il y avait parfois des fêtes le soir à Saint Mandrier. La joyeuse bande du Nep s’y retrouvait pour des concerts improvisés de « free ».

 

Cet été 68, le Living Theater de Julian Beck devait jouer « paradise now » au festival d’Avignon. Le spectacle fut interdit en raison de l’atteinte aux bonnes mœurs (certains acteurs étaient nus) et surtout parce qu’il critiquait les valeurs de la société américaine et bien sûr la guerre au vietnam.

Châteauvallon eut la bonne idée de les accueillir : le Living annonça qu’il jouerait « Antigone » et au dernier moment choisit de représenter gratuitement la pièce interdite.

 

Nous fûmes plusieurs de la mansarde à assister à ce spectacle fondateur de Châteauvallon et qui reste peut-être un record d’audience.

 

Les acteurs allaient vers le public avec des phrases qu’ils répétaient  successivement, puis en chœur et qui se terminaient par des cris. Contre l’argent, contre la guerre, contre le travail aliénant et pour la paix et pour l’amour : paradise now !

 

Dans le nuit tiède, sur les marches du théâtre en pierre d’où on voyait la mer, au milieu de cette foule amicale d’où émergeaient les corps hiératiques des acteurs,  « Paradise now » devenait une réalité ».

 

   

(La suite au prochain numéro !)   

 

 

par Bernard Gueit publié dans : journal d'un élu de campagne
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Dimanche 11 décembre 2005

On marchait, déjà loin, vers la maison des neiges. L’air était en cristal. Le sommet à portée de main. Les fleurs, à peine nées, voulaient échapper à leur malédiction.  Nous avancions en file indienne, le souffle court,  proches et coupés des hommes. L’ombre se faufilait entre nous, s’installait dans notre silence. Il faisait froid brusquement et le temps basculait. Il suffisait d’une parole, qu’attendions-nous ?

 

 

par bernard gueit publié dans : poème
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Samedi 10 décembre 2005

 

 

 

Réunion d’adjoints du jeudi 8 décembre 2005

 «Information non officielle, partielle et personnelle» 
 

Réunion tonique ! Tout le monde présent !
 

A-t-on le droit ou pas, lorsqu’on est un adjoint intégré dans une équipe municipale, de communiquer sur internet, des informations, le contenu des échanges, des réflexions,  issus des réunions d’adjoints auxquelles on participe ?  

Poser publiquement la question est une réponse implicite, puisque c’est précisément cette question qui anima notre dernière réunion d’adjoints. 

Pour moi, c’est oui, avec toutes les réserves évoquées dans l’article qui précédait le premier compte rendu de réunion d’adjoints du 17 novembre.

C’est oui, car lorsque nous exerçons nos fonctions dans le cadre de la vie publique, nos paroles et nos actes appartiennent à la sphère publique. Il y a parfois besoin de discrétion : le secret ne peut être une règle.  

Mais il est évident que cela ne va pas de soi et si on s’arrête simplement à la première information : « Un élu met sur internet ce qui est discuté en réunion d’adjoints ! », beaucoup de gens peuvent être choqués, au premier abord, avant même que d’avoir eu la curiosité de consulter le blog. Ils estiment que ces échanges « privés » n’ont pas à être rapportés, car ils peuvent être interprétés. On pourrait craindre aussi que les gens ne parlent plus de peur que leurs propos soient rendus publics. 

Ce sentiment premier envahissant les personnes qui ont appris mon initiative est compréhensible.C’est, toute proportion gardée, exactement ce qui se passe à la télé, quand on donne une information qui n’est pas développée, qui est sortie du contexte et qui utilise les mots à fort pouvoir émotionnel. 

Cela milite en faveur de l’explication permanente : oui, les informations sont interprétées ! La preuve est là : Internet est un mot avec de fortes connotations. L’image d’internet n’est pas clean ! Mais l’outil ne peut endosser la responsabilité des hommes ! Pas plus que la théorie de la relativité n’est responsable d’Hiroshima-Nagasaki. Comme la langue d’Esope, c’est la meilleure et le pire des choses. Si on veut que le pire diminue, alors utilisons le meilleur.

Le meilleur d’internet, c’est l’immédiateté (avec une discrimination cependant non négligeable : l’accessibilité réservée aux internautes -ce n’est pas neutre).

Cette immédiateté est un autre facteur de peur.

(Le curé Etienne Beucher qui, en marge du registre des baptêmes, mariages et sépultures, inscrivait ses observations dans les années 1770 et suivantes, était une sorte de « blogueur ». Il est évident, qu’il écrivait ses observations pour qu'un jour elles soient lues ! Mais il s’écoula un certain temps avant qu’on ne s’y intéressât.)  

On peut aussi se poser la question : à quoi ça sert ?  

Nous avons, nous élus, besoin de lien direct avec la population qu’il faut tenir informée et qu’il faut aussi écouter. Lorsque nous étions en difficulté sur le sujet « Espace Multifonction », plusieurs fois, j’ai été questionné, comme mes collègues : « A quand la salle ? A quand la salle ? Et, même avec le sourire, qu’est-ce que vous vous « foutez » ? A chaque fois, j’ai pris le temps d’expliquer à des présidents d’associations, à des particuliers, à des proches,  le travail patient et itératif de mise au point de la compétence communautaire qui était un préalable au projet et qui constituait l’accord politique sur le sujet, le labyrinthe administratif  que devaient emprunter les dossiers de subvention, les règles évolutives d’interventions conjointes des communes et de la communauté de communes dans le financement du dossier. Cela ne veut pas dire qu’on raconte tout ! On ne fait pas le détail du lobbying ! On ne montre pas forcément toutes les cartes qu’on va utiliser, mais on explique la règle du jeu.     

Tout cela pour que les gens comprennent et à chaque fois qu’on a cette démarche, je me suis rendu compte que les citoyens étaient très intéressés.  

La prise de décision en conseil municipal ou communautaire est souvent très rapide, même après débat. Et le public ne voit que cette partie visible de l’iceberg, le résultat dans la sécheresse des comptes rendus « officiels ».

Or, les prises de décision sur les sujets ont été précédées de périodes de maturation en commissions, en réunions d’adjoints, voire en réunions publiques ou avec des personnes concernées, au fil de l’eau de plusieurs conseils municipaux. C’est cette richesse là qu’il me paraît intéressant de ne pas perdre en totalité.  

On est très loin de la première information : « Un élu met sur internet ce qui se dit en réunion d’adjoints ! ».  

Et cette richesse, dont on parle dans un discours qu’on peut juger théorique, abstrait, est, elle, terriblement concrète ! 

Alors comme tout finit en chansons, un clin d’œil de l’ami Georges : 

« Je ne fais pourtant de tort à personne

lorsque sur mon blog je pense et je raisonne  

mais les braves gens n’aiment pas que 

l’on suive une autre route qu’eux 

tout le monde médit de moi :  

sauf les blogueurs, ça va de soi ! » 
(Et les blagueurs, aussi peut-être !)
   

par bernard gueit publié dans : journal d'un élu de campagne
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Mercredi 7 décembre 2005

 

UN DIMANCHE ROUGE ET NOIR

 

 

La mêlée rouge et noire enfonce le pack en blanc

elle est bien malmenée cette équipe agenaise l’équipe du président les joueurs au muguet de Mayol se destronchent le ballon fuse comme une gerbe de fleurs qu’on s’offre de l’un à l’autre et il la voit bien le trois-quart aile cette ligne d’essais qui recule à mesure qu’il avance 5 mètres 4 mètres 3 mètres l’arbitre siffle : en avant !

 

Mêlée leurs drapeaux se sont tus à 10 minutes de la fin c’est la mort qui tourne dans l’arène les supporters retiennent leurs souffles on entendrait les coeurs cogner dans les poitrines solidaires cette foule nouée si fort au destin de l’équipe est-ce-qu’elle y croit ?

 

Une fois de plus l’arbitre fait se relever les joueurs à genoux avant de s’enfoncer comme des mineurs sous terre les piliers regardent une dernière fois l’air libre l’autre terre promise s’ouvrir au delà des tribunes populaires sur la mer

 

9 à 9

le soleil ralentit sa course

ho hisse

9 à 9

 

 Il rest huit minutes Pierre

 

huit petites minutes

 

pour inverser le cours de l’histoire

 

 

Oui Roger les voici

 

à huit minutes du bonheur

 

 

 

 

par bernard gueit publié dans : poème
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Mardi 6 décembre 2005

Comment on devient poète ?

 Chapitre 4 (1ère partie)

« La poésie doit avoir pour but la vérité pratique »

 

 

 

Mai 68 nous submergea. Depuis que le groupe s’était étoffé et que les relations d’Eric avec ses parents s’étaient un peu tendues, nous n’avions plus de local. Il avait été décidé dans un premier temps d’établir le QG dans un café du port (il était entendu que les « artistes » se rencontraient dans les cafés, comme à Montmartre, à Montparnasse ou à Saint-Germain). Le hasard, mais -existe-t-il vraiment un hasard- voulut que nous choisissions  le Neptunia, un des premiers cafés sur la quai, au patron rigolard, et peuplé d’étranges personnages.

Jeannot, le patron, se demandait lui-même pourquoi tous les « jobards » s’étaient donné rendez-vous chez lui. C’était un fan de football et il supportait l’OM. Que ce soit à l’époque de Skoblar et Magnusson, puis de celle de Paulo Cesar et Jairzinho, il rejouait derrière le bar les moments forts des bleus et blancs et il virevoltait  à la brésilienne avant de crier « Goal !!!!!!! »

Certaines de ses maximes sont restées célèbres comme  « 50 pastis par jour, qu’est-ce que c’est pour un homme qui travaille ? »  ou « tu veux faire de la politique ? Dis-toi bien que tu ne pourras pas rester propre ! » et encore « En ce moment, il vaut mieux travailler à la sorbe (à l’arsenal, le sorbier est un arbre qui ne travaille pas)  qu’être diplomate : soit tu te fais arrêter avec la valise pleine de haschich, soit tu te fais enlever par les tupamaros ! »

Le juke-box était plein de disques de jazz (Art Blakey, Charlie Parker), il y avait quelques trafiquants d’armes, des escrocs, des fous de jazz dont un qui s’habillait à la mode « hip » (versus square) des USA, quelqu’un qui avait vu 27 fois West side story et qui entrait en dansant, des joueurs de rugby, des artistes peintres, des gens qu’on n’a jamais vus travailler et qui trouvaient que vivre c’était déjà pas mal, d’excellents musiciens qu’on retrouve dans les festivals, des gens qui vivaient sur des bateaux, des voyageurs, et d’autres un peu maigres qui déclaraient énigmatiquement qu’ils avaient connu des hivers torrides dus à des avalanches de blanche, des poètes , des retraités, des joueurs de cartes au vu et au su de tous…et nous.

Mai 68, le Rugby Club Toulonnais était en finale du championnat de France. La ville était pavoisée de drapeaux rouges et noirs, couleurs du club.(le rouge pour naître à Barcelone, le noir pour mourir à Paris, chantait Ferré). D’immenses manifestations rassemblaient les ouvriers venus à pied de la Seyne sur Mer en passant par l’Escaillon,  Lagoubran, Le Pont du Las, ceux de Toulon, de l’Arsenal et les fonctionnaires des finances, des postes et les cheminots, les gars de l’équipement, les filles de l’Hôpital, et les lycéens, tout ce flot de drapeaux rouges, où seuls quelques « noirs » lycéens émergeaient,  se dirigeait vers la place de la Liberté  où devait se tenir le meeting unitaire et démocratique.

Devant la foule qui retenait son souffle à l’aplomb du soleil de midi, le leader CGT prenait pour la nième  fois la parole : « Camarades ! Je viens vous apporter le soutien de la fédération des Bouches du Rhône ! Après le succès de cette grande manifestation, rentrez calmement chez vous, Camarades, Bon appétit ! ». Le speaker, à regret, alors que les jeunes massés devant l’estrade poussaient leur représentant vers le micro bureaucratique, déclarait : »Mais avant, nous allons passer la parole au camarade lycéen ! ».

A ce moment, je n’avais pas de conscience politique : mais il n’en fallait pas beaucoup pour comprendre ce qui se passait. Visiblement, les camarades lycéens n’étaient pas sur la même longueur d’ondes que leurs glorieux et costauds aînés. Et quand on est jeune et qu’on n’a que les mots, le camarade lycéen, sans doute -parce que j’ai connu Renaud après- issu des comités Vietnam qui fleurissaient partout et appartenant à une des innombrables nuances trotskystes qu formaient l’arc en ciel des supporters de Cuba Libre et du Che, ne chercha pas à faire dans la dentelle : il dénonça pêle-mêle les américains, les profs, les bureaucrates de la CGT , quelques factions trotskystes hostiles, mais réussit cependant, là où ses prédécesseurs avaient échoué, à passer le message qu’il ne fallait pas se démobiliser. C’est le seul discours que les révoltés de 68 pouvaient comprendre et c’était évidemment celui que combattaient ceux que le mouvement dépassait, non seulement par son ampleur, mais surtout par ce qu’il portait de remise en cause des règles du jeu de la lutte des classes.

Paradoxalement, c’est en allant rechercher des éléments désuets du passé (Lénine, Staline pour les maoïstes, trotsky, la théorie des conseils ouvriers, les vieux principes de l’anarchie) qu’on critiquait le mieux cette société de consommation  qui venait à peine de s’installer et dont les étudiants les plus lucides avaient compris qu’ils en seraient les faire-valoir, au service de puissances qui échapperaient désormais à la société  civile et politique.

La finale du championnat de France de Rugby opposant Toulon et Lourdes, à Toulouse, fut retardée.

Mais elle eut lieu. A l’issue d’un combat valeureux et émouvant, qui se solda par un match nul après prolongation de 9 à 9, la victoire fut attribuée au FC Lourdes (une très grande équipe) au bénéfice des essais. Avec Aldo Gruarin, pilier toulonnais de l’équipe de France, nous regrettâmes longtemps « cette mêlée aux cinq mètres lourdais, je sentais derrière moi la formidable poussée de Jean-Pierre (Mouysset) et d’André (Herrero) ». Mais comme l’avait dit Rosa Luxembourg, lors du soulèvement des spartakistes en Allemagne en 1919, il y a des victoires qui sont des défaites et des défaites qui sont des victoires. Cette défaite là sonnait déjà dans nos têtes comme l’avant goût d’un reflux que nous ne pouvions imaginer.

La suite au prochain numéro !

par bernard gueit publié dans : journal d'un élu de campagne
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Vendredi 2 décembre 2005
Quoi de neuf ? Quoi de neuf ? Pas grand-chose finalement ! et si ! Je n’en sais pas beaucoup plus que vous, parfois moins ! A quoi ça sert un adjoint à la culture, aux associations et au tourisme, entre 23 heures et 2 heures du matin ? (je me permets de citer le blog d’Alain Lambert :   A quoi ça sert un ministre…. à peu près aux mêmes heures !!!)
 
Nous sommes seuls. Sans doute le maire est seul,  le président de la communauté de communes aussi. Seul par rapport à qui ? Aux citoyens, aux membres des assemblées, à eux-mêmes ? Par rapport à leur vie de famille qu’ils sacrifient ? Cherchent-ils inconsciemment cette solitude ? Y-a -t-il un meilleur lieu pour en jouir que lorsqu’on est au milieu de la foule ? Y-a -t-il une meilleure cachette pour une aiguille que dans la boite à aiguilles ? Cette carapace indispensable à l’exercice de la fonction, admirable parfois, n’est elle pas absolument vitale comme le masque des apiculteurs ?.Appartenant à tout le monde, ils n’appartiennent à personne : je leur souhaite de tout cœur de s’appartenir, ne serait-ce qu’un tout petit peu ! Pour le petit Brûlonnais, le journal municipal, j’ai rencontré plusieurs maires de la communauté de communes. Dans ma vie, j’ai rencontré beaucoup de gens, et professionnellement, j’ai été amené à devoir en interviewer plus d’un. A chaque fois, j’ai été impressionné par cette tranquille assurance des maires. La démocratie leur donne une légitimité qui les transcende, ainsi que je l’avais immédiatement senti pour l’actuel maire de Brûlon. Avant les élections, certains étaient assez critiques : ils ne voyaient pas ce que la fonction était capable de transformer chez une personne. Ainsi, lorsque vous votez pour un candidat ou une candidate, ne vous attardez pas à ce qu’il est, regardez devant vous ce que la fonction sera capable de lui apporter et décidez vous par rapport au futur et non pas au passé.  Beaucoup de jeunes qui ne marchent pas au lycée deviennent brillants en fac parce qu’ils font ce qu’ils ont toujours rêvé de faire et plus ce qu’ils détestaient.
 
Les maires qui sont en première ligne et qui sont les seuls à réellement exercer la responsabilité dans les communes sont souvent taxés d’exercice solitaire du pouvoir. Ils décident souvent seuls ou ont l’impression, simplement parce qu’ils nous parlent, en toute transparence, de leurs diverses rencontres avec l’administration, les partenaires, les citoyens, qu’ils sont au maximum de ce que la démocratie permet. Ne leur en voulons pas : mais soyons lucides : si certains maires restent secrets, applaudissons ceux qui parlent, mais ne confondons pas le statut de spectateur des faits et actions du maire avec celui d’acteur. Au conseil municipal, il ne faut pas être comme à la télé ! Il faut s’exprimer ! Au risque de dire des bêtises, évidemment, et j’en assume une large part, mais c’est le lieu où la parole publique résonne et prend du sens sans micro, sans chaîne de télé, et où les mots de l’un pèsent aussi lourds que les mots de l’autre et où le pouvoir, si on le veut, peut-être partagé par tous.
 
Qui s’étonnera que les poètes dont la mission est de "donner un sens plus pur aux mots de la tribu » s’intéressent à cette académie démocratique et populaire ?
par bernard gueit publié dans : journal d'un élu de campagne
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Lundi 28 novembre 2005
Comment on devient poète ?
 Chapitre 3
 Châteauvallon
 
 
A cette époque (année scolaire 1967/1968), le site culturel de Châteauvallon, à Ollioules près de Toulon était un projet en cours de réalisation par ses deux  fondateurs Henri Komatis et Gérard Paquet. Gérard Paquet était professeur d’anglais, chez les « révérends pères marxistes » (voir article précédent). Est-ce en raison de cela, ou par autre motif, nous nous y rendions souvent le dimanche, à pied (quelques kilomètres depuis le centre de Toulon). Certains, dont je ne faisais pas partie, aidaient à porter les pierres pour construire le théâtre grec dont le fond s’ouvrait sur la rade de Toulon. On devait nous trouver sympathiques, et l’esprit du lieu qui se voulait accueillant pour les artistes, avec des projets de résidence, nous inspirait.
 
Toujours est-il que fut négociée, gratuitement dans ce lieu, l’organisation de la première manifestation artistique de la mansarde. Le groupe s’était étoffé. Il y avait là suffisamment de peintres, poètes, photographes  et musiciens pour se lancer dans l’aventure.
 
Moyenne d’âge, moins de 18 ans à une époque où la majorité était à 21. Il me semble que sur le plan pratique, les responsables de Châteauvallon s’étaient un peu inquiétés de notre situation juridique. Peut-être même que le mot « assurance » avait été prononcé, étrange vocable qui n’avait provoqué aucune résonance chez les « artistes » membres  de la mansarde.
 
Avec le recul, c’est assez amusant de constater que bon nombre de ces touts jeunes « créateurs » ont fait une carrière professionnelle ou au moins, ont fait un peu plus que du simple amateurisme. (je pense à Serge Plagnol , à Alain Gambin, à mon frère Yves). Il arrive quelquefois, qu’une génération se retrouve, comme s’ils s’étaient tous attendus et donné le mot.
 
La manifestation artistique eut lieu en avril 68, pendant les vacances de Pâques. Châteauvallon avait bien fait les choses : un vrai vernissage et le soir, dans la salle de la partie Château en restauration, musiciens et poètes avaient joué et déclamé.
C’était une émotion très forte, car entre nous, nous ne connaissions pas tout ce qu’écrivaient les autres et il est plus dur de dire ses textes devant des gens qu’on connaît que devant des inconnus. Ainsi, c’est toi qui écris ça ! A côté, le blog, ce n’est rien du tout. Un poète qui dit ou qui publie se met en jeu : c’est une lettre d’amour qu’on écrit à tout le monde, et c’est un secret qu’on dit à l’oreille de chacun. Comment ne pas parler plus haut que soi, comment faire que ce murmure si personnel, puisse un moment rejoindre le lit universel des hommes ?
 
Quelque chose nous avait aidés. Nous connaissions un gitan musicien qui jouait toute la journée sur le carré du port en regardant la mer. Il ne faisait pas la manche, ne réclamait pas d’argent. Il jouait. Chez les gitans, jouer c’est une fonction, on ne lui demandait rien d’autre et il rentrait le soir chez les gitans pour dîner et dormir et jouer encore un peu.
 
On lui avait proposé de venir jouer pour notre manifestation à Châteauvallon. Il avait accepté avec plaisir en nous demandant s’il pouvait amener un ou deux collègues ? Bien sûr !
Chez les gitans, les amis des amis sont des amis et ils étaient le soir aussi nombreux que nous !
Mais leur tranquille assurance, leur joie d’être avec nous, leur sens de la musique (ils s’adaptaient à tout), leur écoute, leur respect nous donnèrent une totale confiance. Pour la petite histoire, et il n’y a peut-être pas de lien,  Châteauvallon a organisé pendant plusieurs années une fête gitane, dont nous fûmes, par hasard, les initiateurs.
La fête dura longtemps et, pour ceux que leur jeunesse n’avait pas encore prévenus de la traîtrise de certains mélanges, s’acheva dans une certaine confusion.
 
Qu’importe, même si le temps enjolive sans doute ce récit, c’était nos débuts et un vrai début. Oui, l’art allait sauver le monde !
 
Le lendemain matin, je partais à côté de Grenoble donner un coup de main à une équipe de chantier bénévole qui oeuvrait à insonoriser un réfectoire. Compte tenu de mon savoir faire de bricoleur, je ne participais pas à grand-chose, sauf à leur donner le moral. Le stage se termina par une fondue savoyarde et ce fut ma première cuite (légère)
 
En même temps, ce que nous avions fait à Châteauvallon paraissait tellement irréel, éloigné des habituels centres d’intérêt de mes camarades que je me demandais bien si je pouvais en parler.
 
La poésie est un secret.
 
La suite au prochain numéro !
par bernard gueit publié dans : journal d'un élu de campagne
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Lundi 28 novembre 2005

LES FONTAINES

 

 

 

 

Les fontaines nous parlent

 

Elles nous délivrent de nos secrets

 

Elles nous libèrent du silence

 

 

Elles inspirent des mots limpides

 

L'euphorie retrouvée

 

le rire dans la vie et dans la poésie

 

 

Elles parlent elles parlent

 

les fontaines bavardes

 

elles débordent le cadre de la page de la place

 

elle coulent dans notre lit

 

 

N'écoutez pas les sages

 

N'écoutez pas les stars

 

(N'écoutez pas les ayatollahs)

 

 

Les fontaines nous parlent doucement à l'oreille

 

elles disent l'eau et le feu

 

et l'air et la lumière

 

 

Elles disent Bonjour Bon Giorno Welcome Salamalecum

 

Voulez-vous deux doigts de fraîcheur ?

 

 

Qu'attendez vous pour les offrir à ceux qui vous aiment ?

 

 

                                                           Bernard Gueit

 

par bernard gueit publié dans : poème
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Lundi 28 novembre 2005
 
Les conseils municipaux les plus longs ne sont pas forcément ceux où on prend de grandes décisions. Ce sont ceux où on discute beaucoup. On peut être frappé d’ailleurs  de constater que des sujets à faible enjeu financier peuvent créer plus d’animation au conseil que des sujets à plus fort impact budgétaire.
 
C’et très intéressant car s’y révèle l’écart abyssal entre les valeurs qui structurent l’approche des problèmes par la France d’en bas et la  « méthode »  de l’approche des préoccupations des Français par la France d’en haut.
 
L’écart réel s’augmente dans les consciences de la représentation que haut et bas se font de l’approche de l’autre.
 
En conseil municipal, il n’y a pas de petit sujet : les questions diverses, qui sont les remontées issues de la vie quotidienne,  peuvent amener autant d’échanges que le vote de la vente d’un bâtiment communal qui ne va pas toucher immédiatement la vie quotidienne des gens, mais aura un impact positif sur le budget de la commune.
 
En fait, les enjeux ne sont pas perçus de la même façon. Les conseillers, qui représentent les citoyens, sont très attachés à la notion de justice, d’égalité. Ils ne veulent pas de passe-droit, et pour le vérifier, ils souhaitent de la « transparence » (le mot est un peu fort) mais tout au moins qu’on leur explique des situations un peu compliquées.
 
Doit-on considérer que cela est seulement dû à l’héritage culturel de la coutume de la province du Maine, dont Anne Fillon dit qu’elle est « dramatiquement égalitaire » ?
 
Pour partie peut-être, mais cette démarche de recherche d’égalité, de justice des citoyens au regard de la gestion communale est pour le moins légitime et conforme au mandat municipal qu’ont accepté les conseillers.
 
Cela dit, il serait peut-être bon que les soi-disant élites se penchent sur les comptes rendus de conseils municipaux de France et de Navarre (ceux qui retraceraient suffisamment  le détail des débats) : de la part de ceux qui la vivent, ceux qui vivent de la politique y pourraient lire en creux de véritables cahiers de doléances.
 
 A titre d’exemple, deux débats non exhaustifs du conseil municipal de Brûlon du 24 novembre 2005 sur des sujets aussi différents que la signalétique ou l’aide aux associations  témoignent de cette préoccupation de justice et d’équité.
  
 
 
 
 
 
 
«Compte rendu non officiel, partiel et partisan »
Conseil municipal du 24 novembre 2005
14 présents sur 15
 
1-Signalétique

Il existe aujourd’hui des matériels sympas de signalétique, donnant un aspect plus accueillant au bourg  en rendant un service important aux usagers, aux touristes et aux professionnels en terme d’orientation.
 
Aux entrées du bourg, des panneaux inviteront l’automobiliste à s’arrêter en mettant visuellement en avant les attraits de la commune (patrimoine, avec l’image du prieuré, histoire avec un télégraphe, et loisir détente avec Canoë et VTT, dans la ligne du projet de requalification de la base de loisirs)
 
Passés les panneaux d’entrée, on identifie du point de vue géographique deux grands besoins :
 
-la partie bourg avec les administrations, les commerces et officines, l’espace multifonctions, le stade et les différents lieux accueillant du public.
-la partie  plan d’eau, base de loisirs, camping de l’autre côté de la départementale.
 
 
 Le débat porte sur les commerces qu’il faudrait signaler, une fois passés les panneaux d’entrée du bourg.  Tous les commerces ? On risque de s’y perdre. Il faudrait signaler l’hôtel restaurant ! Mais si on en met un, que vont dire les autres ? Et si on indique les commerces en direction du centre, qu’en pensera celui situé sur la départementale ?
Doit-on signaler la pharmacie : oui, mais ce n’est pas un commerce !
( pourtant ce serait  pratique que ce soit signalé, surtout la nuit !)
 
Il faudra se donner une règle : signaler les commerces appartenant directement à l’économie touristique ? (Quelle participation financière de leur part ?)
 
Doit-on mettre commerces ou tous commerces ? Tous commerces, c’est un peu présomptueux ! Va pour commerces ! Faut-il ajouter « marché » ? Le marché ne ferait pas l’unanimité des commerçants, mais c’est l’association des artisans commerçants qui a souhaité le relancer !
 
Le marché du samedi existe depuis fort longtemps à Brûlon.. ( signalé dans le Pesche !) Quelques personnes essayent de le relancer en se regroupant un samedi par mois. Un marchand de légumes vient tous les samedis. (Ce n’est pas encore le marché quotidien de Toulon qu’a chanté Gilbert Bécaud, mais n’empêche un marché c’est sympa !)
Bon, on décide (pour l’instant), « Commerces-Marché le samedi ».
 
Pour le reste, ce n’est pas simple, car il faudra faire le jeu de piste dans le bourg. Heureusement que des conseillers de par leur métier sont habitués à circuler sur la commune pour y apporter le courrier !
 
Tant qu’on est dans la signalétique, on pourrait voir à rénover la signalétique des lieux-dits (ceux du cadastre)
 
 
2-De l’aide aux associations
 
 
Ce sujet n’a pas été inscrit en tant que tel à l’ordre du jour. Mais différents échanges ou décisions ayant été prises en conseil, échanges qui ont pu être prolongés lors de l’AG de Brûlon loisirs, il est possible du point de vue de la réflexion de tout regrouper sous un même thème. On aura compris que ce qui importe c’est la réflexion, laquelle ne suit pas la stricte chronologie de l’ordre du jour.
 
Lorsqu’on met un employé communal ou intercommunal à disposition d’un club loisirs, lorsqu’on met à disposition une salle pour une personne privée, mais qui anime un club jouant un rôle éminemment social à l’égard des jeunes filles, quand on donne une subvention en espèces sonnantes et trébuchantes à une association dont le compte est confortable, quand on accepte de prendre en charge du transport pour telle activité, quand on finance des cours de musique individuels (car la discipline ne peut s’enseigner autrement), quand on a affaire à une  association ambitieuse experte en lobbying, on est très rapidement confronté à des problèmes d’équité.  Et bien sûr, on peut être interpellé par ceux qui jugeront ne pas être  assez pris en considération alors que leur association , par exemple, apporte un service indispensable aux enfants (donc aux familles) pendant les vacances.
 
Comment valoriser chaque aide ? Comment la rendre suffisamment publique (visibilité) pour qu’elle n’apparaisse pas occulte (à tort ou à raison), sachant que les citoyens  ne s’y retrouvent pas toujours entre les aides commune/communauté de communes/pays/conseil général ? Comment éviter le sac de nœuds ?
 
Et comment tout cela va s’articuler avec la nouvelle salle et le gymnase ? 
 
De mon point de vue, encore une fois, il faut avoir une approche politique saine. (plus facile à dire qu’à faire, souffle la petite lumière de ma conscience !)
 
Une approche politique, c’est ne pas commencer par étudier le sujet sous l’angle financier, car on va aller directement à la solution sans  lire l’énoncé !
 
C’est éviter les raccourcis démagogiques et les idées faciles (Aider des jeunes non fortunés voulant apprendre la musique avec une exigence de travail, des examens, dans les mêmes conditions que pourraient s’offrir des jeunes plus fortunés, est-ce faire de l’élitisme ? Est-on condamner pour apprendre la musique quand on n’a pas d’argent à devoir défiler devant le monument aux morts ? Certes on n’en meurt pas, mais enfin ! Est-on bien conscient qu’on a changé de siècle !)
 
Il faut prendre les différents besoins et les consolider (les regrouper en les qualifiant, si possible).
Définir la compétence : ces besoins  relèvent-t-ils d’une compétence communale, intercommunale ou est-il du ressort de la personne morale ou physique privée ?
 
Une approche politique saine, c’est rechercher les complémentarités logiques en terme de partage ou d’exercice conjoint de compétence, entre les entités naturellement partenaires (les deux communautés de communes de Loué et de Vègre et Champagne, les deux communes de Loué et Brûlon).
 
Evidemment, à ce moment là on fait entrer la dimension financière, dans une stratégie gagnant/gagnant.
 
On a alors pris suffisamment de hauteur pour faire les choix et pour redescendre au niveau du détail.
 
Ce n’est pas facile, les conditions politiques ne sont pas aujourd’hui réunies. Mais ceux qui veulent avancer devront travailler à les réunir. D’autre part, même avec des conditions plus favorables, il ne faut pas oublier qu’on ne part pas de rien, mais qu’il y a un existant. Si on veut avancer, il faudra certainement remettre en cause une partie de l’existant !
 
Alors peut-être que votre beau parleur fera un peu moins le malin !  
par bernard gueit publié dans : journal d'un élu de campagne
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Mercredi 23 novembre 2005
Comment on devient poète ?
 
Chapitre 2
 La mansarde
 
Je me souviens de l’été 66 et d’Hélène, beaucoup moins de l’été 67.  A la rentrée, en 1ère à l’institution religieuse Sainte Marie,  « les révérends pères marxistes »,   ainsi que nous les appelions, eu égard à leur implantation à La Seyne sur Mer, fief communiste aux chantiers navals encore très actifs, j’avais le sentiment que le temps ne passerait jamais, et qu’une éternité d’ennui gisait devant moi, avant la liberté : car la liberté ne pouvait être qu’hors de cette école.
Il s’était passé quelque chose : j’écrivais, en secret bien sûr, et j’avais le sentiment que c’était quelque chose d’important. J’allais avoir 16 ans et bien sûr on écrit à cet âge là, des journaux intimes (il n’y avait pas de blog), des poèmes.
 
Je ne rimais pas, j’écrivais des choses tendues, un peu électriques, violentes qui ne cherchaient pas à faire sens, mais à montrer une énergie.
Je ne savais pas vraiment ce que cela voulait dire, mais c’était là, cela ne ressemblait à rien et il fallait bien  que je dise : « oui, c’est moi qui fait ça ».
 
Dans le même temps, nous fûmes entraînés dans une histoire étonnante pour notre jeune âge.
Qui avait commencé ? Eric ? Edmond ? Yves,  mon frère ?
Une décision collective des ces trois amis d’un an plus âgés que moi ? la décision était la suivante, nous allions créer à Toulon un groupe de peintres, poètes, musiciens, et autres artistes, sous le nom de la mansarde (Eric, disposait d’une chambre de bonne mansardée, au dessus de l’appartement de ses parents, rue Peiresc, en face du jardin), et ce groupe produirait des œuvres qui, en inondant la ville, mettrait la culture au centre de toutes les préoccupations, ce qui dans cette cité provinciale mariée à  la Marine, pouvait ressembler à une révolution.   
 
Un curé ami de la mission diocésaine rue Chalucet  voulut bien dupliquer sur sa ronéo catholique, apostolique et romaine le tract qui invitait tous les artistes à nous rejoindre. Sans plus attendre, nous l’avons distribué dans la rue, au « faciès », en essayant de repérer les personnes qui nous semblaient avoir toutes les qualités requises : en général, la veste de velours, les cheveux très longs, et la guitare constituaient des signes tout à fait favorables.
Tous les looks sortant de l’image traditionnelle telle que nous nous la représentions étaient également des candidats potentiels.
Cela a parfaitement fonctionné.
En moins de huit jours, le groupe était formé et les premières discussions sur l'art, la création commençaient à la mansarde !
 
Edmond peignait, Eric écrivait et affirmait ses ambitions (cet ami qui souffrit beaucoup dans sa vie et qui en fit souffrir aussi beaucoup, affichait des ambitions littéraires. A la fin de l’année, il décrochait 20 au bac à l’oral de Français. Il s’est peu à peu perdu dans la vie, dans l’alcool, dans la drogue, et dans ses difficultés d’aimer. Il s’est pendu dans un village de Provence), mon frère était musicien depuis longtemps déjà (il avait commencé à apprendre la musique avant de savoir lire) et d’autres nous avaient rejoints : deux frères peintres de la Seyne sur mer, des étudiants des beaux-arts, des lycéens peintres, un poète qui admirait Eluard, des voyageurs (à l’époque, la mode c’était de partir de Toulon en stop et d’aller le plus loin possible en Afrique) et moi, qui très timidement, disait : « j’écris » !
Cette année 67/68 fut une véritable année d’initiation. Fin 67, nous ne pressentions pas ce qui allait venir, mais tout, dans nos rêves, dans nos comportements, dans ce qui nous animait montrait déjà que nous étions passés de l’autre côté et que nous n’avions aucunement l’envie de revenir !
 
(La suite au prochain numéro !)     
par bernard gueit publié dans : journal d'un élu de campagne
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