Deux ou trois choses que je sais d’elle
6ème partie et fin (jusqu'à la prochaine fois !)
Historique du Prieuré de Brûlon
I. Le Moyen Age
1. Fondation du Prieuré par l’abbaye de
la Couture
Le prieuré a été fondé par l’abbaye de
la Couture située au Mans à la fin du 11e siècle avec la participation du seigneur de Brûlon. Un acte rédigé entre 1073 et 1081 avec la présence de Geoffroy de Brûlon confirme la donation faite par son père, Bouchard, aux moines de l’abbaye Saint Pierre de
la Couture. Cette donation permettait aux moines d’être propriétaire d’un certains nombre de droits et de biens attachés à l’église paroissiale. Les moines ont reçu aussi lors de la donation des terres et un bourg avec les droits seigneuriaux. Le but économique est ici important avec le défrichement des terres par les moines et la mise en place de petits centres de foires ou marchés.
Le prieuré semble avoir été assez important pour l’abbaye car il était admis comme un prieuré fournissant un revenu assez élevé parmi toutes les possessions que pouvaient avoir les moines. Lors de sa fondation, le prieuré a accueilli un certain nombre de moines avec le prieur pour permettre la gestion des biens.
1112 : le prieur se nomme Hervé
1152-1164 : le prieur se nomme Guillaume
1190 : le prieur se nomme Guérin Vilem
2. Les conflits avec le curé
Dès le 12e siècle, un conflit opposa le curé de Brûlon aux moines de l’abbaye aussi bien pour des préoccupations religieuses, politiques que financières. D’abord, le prêtre refusait de célébrer les offices religieux dans l’église paroissiale contrôlée par les moines et exerçait ainsi son ministère dans la chapelle du château de Brûlon, probablement située à proximité de la motte féodale actuelle.
14 février 1152 : l’évêque du Mans, Guillaume de Passavant (1143-1187), demande la destruction de la chapelle castrale avec interdiction d’en élever une autre. Payen de Mondoubleau était intervenu en faveur des moines.
Le conflit continue cependant aux 12e et 13e siècles jusqu’à ce que les moines de l’abbaye puissent désigner pour curé la personne de leur choix et avoir ainsi une totale emprise sur la paroisse.
1241 : Geoffroy de Loudun, évêque du Mans, propose un accord concernant la répartition des dîmes et la participation du prêtre aux offices de la communauté entre les moines et le curé de la paroisse
3. Les conflits avec les seigneurs de Brûlon
1112 : Gaudin de Malicorne, seigneur de Brûlon, prétend avoir des droits sur les prébendes du prêtre. La solution fut la vente de ces biens aux moines.
1167 : conflit autour du meurtre d’un moine de l’abbaye par Payen de Sourches, seigneur de Brûlon. Le conflit est réglé par la confirmation de toutes les aumônes sur ses terres.
06 juin 1312 : acte qui permet aux moines de recevoir une nouvelle autorité concernant la gestion du château seigneurial.
Les moines ont ainsi de plus en plus d’importance dans la gestion de la seigneurie de Brûlon même s’ils n’en posséderont jamais la chatellenie. L’administration et la gestion relevaient ainsi des moines de l’abbaye, confortant leur emprise politique. Les moines semble être alors les véritables seigneurs de Brûlon même s’ils n’en possèdent pas le titre officiel.
II. La construction du Prieuré du 14e au 16e siècle.
La première construction du prieuré date du 11e siècle lors de l’installation des moines. Mais, aujourd’hui il n’en reste plus de traces visibles. L’élément le plus ancien est le double porche ogival qui remonte au 14e siècle, morceau d’une structure beaucoup plus vaste à l’origine. Au 15e siècle,
la Guerre de Cent Ans va apporter une instabilité à la région avec un prieuré mal géré à cause du conflit. Notre région se trouve en plein milieu de cette guerre puisque le Maine est une province de l’Angleterre grâce au mariage du comte d’Anjou, Geoffroi Plantagenêt, avec l’héritière du trône d’Angleterre au 12e siècle.
Le prieuré est rebâti sous l’abbatiat de Mathieu de
la Motte , nommé abbé de
la Couture en 1486. Les travaux commencent à la fin du 15e siècle et se terminent au début du 16e siècle. La façade ouest du prieuré comporte alors une tourelle, aujourd’hui disparu, qui permet l’accès à l’étage supérieure. Le prieuré et l’église sont reliés par des constructions encore visible sur les cadastres du 19e siècle.
Des moines ont vécu au Prieuré au moins jusqu’en 1594. Pendant les guerres de religions, les violences furent assez importantes avec l’incendie en 1568 de l’église paroissiale par les protestants. Elle est reconstruite en 1577.
Le prieur abandonne le Prieuré en temps que résidence principale à la fin du 16e ou au début du 17e siècle. Le Prieuré est donc géré en commende.
Les différents prieurs connus
1315 : Guérin de Conlie
1555 : Charles de Ronsart
1579-1594 : Claude Le Gautier
1626 : Noël Le Breton
1631 : Pierre Le Bret
III. Le Prieuré, dépendance de Saint Magloire de Paris
Entre 1655 et 1720, le Prieuré est vendu au séminaire de Saint Magloire de Paris. Nous ne savons pas quelles étaient les raisons de ce transfert de biens et la date demeure toujours imprécise.
A
la Révolution , les biens du séminaire ne sont pas saisis immédiatement comme tous les biens ecclésiastiques car les établissements d’éducation et d’instruction étaient épargnés au début.
Le séminaire ferma cependant ses portes en 1792 car il n’avait plus d’élèves.
Une loi du 08 mars 1793 mit en vente les biens de tous établissements d’instruction. Ce qui fut le cas du séminaire, et, donc le Prieuré de Brûlon et ses biens sont vendus entre 1791 et 1793. L’achat se fait par le fermier du domaine, Gilles Lego, pour une somme de 60 000 livres.
IV. Le Prieuré du 19e au 21e siècle
Au cours du 19e siècle, le Prieuré resta la propriété de la famille Lego. Il a servi de refuge à plusieurs prêtres réfractaires qui y ont célébré des messes clandestines jusqu’à l’arrivée de l’Empire.
Quelques ouvertures sont modifiées au 19e siècle sur le bâtiment nord (à proximité du porche). Sur la façade ouest du bâtiment, la tourelle est détruite, de nouvelles fenêtres et un perron sont mis en place après 1826 (date du 1er cadastre).
Probablement à la fin du 19e siècle, il est devenu le siège de l’école primaire privée Notre Dame.
En 2003, il est racheté par la commune de Brûlon qui le destine alors à une vocation plutôt culturelle et associative.
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