Mercredi 1 février 2006
Ils bouleversent les roses
Ils ébruitent leurs coeurs
Ils se donnent rendez-vous dans les yeux
Ils se cachent dans la légende
Ils couronnent les taureaux
Que font-ils de leurs corps ?
Ils inventent la douleur
Ils campent sur le toit des ombres
Ils réveilent leur langue dans le sel
Que leur volonté soit faite
Ils brillent sans partager
Ils meurent de vivre
et vivent de mourir
par Bernard Gueit publié dans : poème
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Mardi 31 janvier 2006
Ils dorment debout à haute voix
Ils étourdissent leurs guitares
Leur ciel est submergé d'étoiles
Les drapeaux noirs déchirent leur coeur
Leur nuit tient dans une bouteille
Leur salive inonde le monde
Ils sillonnent les gares de transit
Ils façonnent des mots anonymes
Ils traversent les siècles de verre
Ils exhument le secret des fontaines
Ils frappent l'eau de la décadence
La mer et la mémoire communiquent
leurs aurores ressuscitées
par Bernard Gueit publié dans : poème
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Lundi 30 janvier 2006
Ils inspirent les vagues de la mer
Leurs chevaux nagent dans les étoiles
Ils dénudent la cathédrale d'azur
Ils composent des voiles dans le vent
Leur lumière est cohérente
Ils maquillent les cernes des foules
Ils dérivent sur le sang des idées
Ils se battent contre des géants
Ils assassinent le soleil et la lune
Ils boivent l'alcool de la dictature
Ils se contentent de mourir jeunes
Ils se réveillent aveugles dans la nuit
par Bernard Gueit publié dans : poème
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Dimanche 29 janvier 2006

Suite du commentaire de Mme Tillard, pour un projet (?) de thèse sur ce poème édité par Traumfabrik (la petite fabrique de rêves)

 

Les vers sont donc libres, non rimés, hétérométriques mais avec une amplitude assez faible (5 à 10 syllabes) et une forte prédominance d’octo- et ennéasyllabes.

 

L’impression de régularité est renforcée par la répétition des mêmes mots, notamment l’anaphore de « ils ». On a bien affaire à une litanie, tentation permanente de la poésie contemporaine, de Liberté d’Eluard à la poésie sonore.

 

 

Toujours décrits à travers leurs actions, jamais nommés, « ils » est un personnage collectif, tantôt dénoncé, tantôt célébré, toujours ambigu.

 

 

La dénonciation occupe une quarantaine de vers environ. Que reproche-t-on à « ils » ? Ils ne savent pas vivre : « ils ne sauront pas où ils vont » (v. 4) ; « ils ne respirent pas » (v. 14) ; « ils tuent le temps » (v. 15) ; « ils vivent les yeux fermés / à portée de voix de la mort » (v. 23-24) ; « que font-ils de leurs corps ? » (v. 67) ; « ils inventent la douleur » (v. 68) ; « ils meurent de vivre / et vivent de mourir » (v. 73-74)…

 

Leur vénalité, leur cupidité choque : « ils fabriquent leur argent » (v. 21) ; « ils vendent leur sang » (v. 27) ; « ils brillent sans partager » (v. 72) ; « ils cumulent l’or et l’argent » (v. 106) ; « ils se vendent au temps qui passe » (v. 110).

 

Ils vivent avec la nature des relations violentes et sans harmonie : « ils tutoient l’enfer », « ils saignent le soleil »(v. 17) ; « leur ciel est une bombe »(v. 22) ; « ils assassinent le soleil et la lune » (v. 45) ; « la pluie dévaste leurs trottoirs » (v. 93) ; « ils éteignent le feu des abeilles » (v. 107), « ils crèvent les yeux des cigognes[1] » (v. 111) « ils fanent la lumière » (v. 125) ; Les relations entre hommes ne valent guère mieux : « aimer les condamne » (v. 18), « ils sacrifient leurs filles » (v. 25) ; « on les renvoie méchamment à leurs rêves » (v. 79), « ils s’applaudissent comme des poupées » (v. 97), « ils ne se parlent pas d’homme à homme » (v. 119), « ils portent les armes de la croix » (v. 120), « ils se lancent des couteaux » (v. 123) .

 

Enfin, sont-ils bourreaux ou victimes ? « ils couchent avec la peur » (v. 20), « ils sacrifient leurs filles » (v. 25), « ils boivent l’alcool de la dictature » (v. 46), « ils anoblissent les pouvoirs / ils se recueillent devant la force » (v. 87-88), « ils se taisent devant les horreurs » (v. 94)…

 

 

On pourrait penser à une dénonciation sans concession des hommes d’aujourd’hui, enfermés dans leur solitude et leur égoïsme, lâches devant la violence et violents avec les faibles ; mais la célébration, qui occupe une soixantaine de vers - un peu plus, donc, que la dénonciation - répond presque terme à terme à chacun de ces propos.

 

Ils savent vivre : « ils épousent les villes nouvelles » (v. 11) : « ils composent des voiles dans le vent » (v. 40) ; « ils approchent les mystères du jour »(v. 75) « leur âme est un dessin d’enfant » (v. 76) ; « ils échangent leurs corps à la nuit » (v. 95), « ils dorent les clés de l’avenir » (v. 113) ; ils sont généreux : « ils cultivent l’amour en fleurs », « ils arrosent le rire » (v. 124), « ils sèment l’enfance et le blé » (v. 127) ; ils résistent à l’oppression : « ils se battent contre des géants » (v. 44), « les drapeaux noirs déchirent leur cœur » (v. 52) .

 

Ils vivent dans une harmonie cosmique avec la nature : « ils inspirent les vagues de la mer », « leurs chevaux nagent dans les étoiles », « leur lumière est cohérente », « leur ciel est submergé d’étoiles », « la mer et la mémoire communiquent / leurs aurores ressuscitées » (v. 60-61), « ils se souviennent des rivières » (v. 99), « ils auraient su traduire les fleuves » (v. 118), et un long passage ininterrompu, des vers 127 à 147.

 

 

Ces « ils » seraient donc à la fois des êtres mécaniques, inconscients d’eux-mêmes, et des sortes de démiurges créant le monde ? Des êtres d’amour et de mémoire, et des bourreaux ? Mais s’agit-il bien d’une image de l’humanité ?

 

La fin du poème complique encore cette identification, car si l’on pouvait songer à un portrait de l’humanité entière - dont le poète, qui regarde de très loin ou de très haut, s’exclurait - le « nous » qui apparaît dans les derniers vers contredit cette interprétation :

 

 « Ils crient avec leurs voix de feu

 

Aspirant le ciel de l'Été

 

Le grand silence pourrissant de nos

 

banlieues de liane

 

La forêt équatoriale

 

Et ils lancent vers le ciel des planètes

 

qui ne retombent pas

 

Il vivent l'espace d'un voyage

 

Comme nous tous

 

Comme la libellule

Et l'éphémère qui s'ennuient à mourir  

 

L'éternité leur vient avec le temps. »

 

                        Vers 150-161

Le vers 158 est sans ambiguïté : « comme nous tous » suppose que l’on a isolé un groupe qui s’oppose à la communauté des hommes, et que l’on contemple de loin, avec des sentiments de crainte, de désapprobation parfois, d’admiration souvent. Rien dans le poème ne permet de lever cette incertitude, qui débouche sur une autre question, plus troublante encore : qui sommes-nous ?

 



[1] Le recueil porte « cicognes » ; il s’agit probablement d’une erreur d’impression.

par Bernard Gueit publié dans : poème
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Jeudi 26 janvier 2006
Ils sacrifient leurs filles
Ils se marient sur des photos
Ils vendent leur sang
Ils téléphonent au sexe
Leurs idoles sont innocentes
Ils mangent devant des images
Ils épargnent les tombeaux
Ils brûlent d'une mémoire vive
les parfums du nouvel amour
Ils écrivent des livres de flamme
Ils regardent le temps passer
Ils écoutent rêver les morts

par Bernard Gueit publié dans : poème
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Mercredi 25 janvier 2006
Ils voguent entre les dunes
Ils ne respirent pas
Ils tuent le temps
Leur sommeil s'enfonce dans un lac
Ils saignent le soleil
Aimer les condamne
Ils parlent avec les dents
Ils couchent avec la peur
Ils fabriquent leur argent
Leur ciel est une bombe
Ils vivent les yeux fermés
à portée de voix de la mort
par Bernard Gueit publié dans : poème
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Mardi 24 janvier 2006

Ils marchent sur les nuages
Ils reviennent des cimes
Leurs voix filtrent le vent
Ils ne sauront pas où ils vont
Leurs visages s'entasent dans la mer
Des mirages tatouent leur peau
Ils éprouvent les parois du coeur
Ils se couchent dans la lenteur des fleuves
Ils tutoient l'enfer
Ils sont leurs propres enfants
Ils épousent les villes nouvelles
Ils portent leur ombre comme une croix

 

par Bernard Gueit publié dans : poème
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Lundi 23 janvier 2006

Ce matin lundi 23 janvier 2006, jour le plus triste de l’année, rapportait France-Inter, selon un chercheur anglais, TGV 7h59, direction Paris. Ce matin, la France est fatiguée, à part quelques jeunes, un écouteur dans les oreilles, pas de pc portable ou de dossier ouvert,  beaucoup ont la tête en arrière, les yeux fermés, ils somnolent au seuil de la nouvelle semaine. Que se passe-t-il dans leur tête, dans cet espace qui ne dure que 55 minutes exactement où l’on voit défiler, mais à toute vitesse, la copie du paysage, autour de Chartres, la Beauce , où les rêves s’étirent comme un banc de brume, jusqu’à devenir le fil du baladeur MP3, la boucle brune de la jeune femme qui passe en titubant dans ce bateau ivre émergeant de l’atlantique.

La France est fatiguée jusqu’au fond des yeux, et pourtant elle (beauce) bosse. A quoi l’amuse- t-on ? TGV 7h59, j’ai sauté dedans quand j’ai vu que le 8h 19 avait 30 minutes de retard. Je valide le journal municipal « Le Petit Brûlonnais » année 2005 pour l’imprimeur, je lis un peu des "fils de la Médina ", de Naguib Mahfouz, je ferme les yeux, je pense à Gorelli, et son TGV Poème « Plus l’homme va vite, moins il a de temps pour savoir où il va »

par Bernard Gueit publié dans : journal d'un élu de campagne
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Lundi 23 janvier 2006

 

Commentaire de Mme Tillard (pour un projet de thèse sur la poésie en Sarthe dans les années 80) 

 

 

Bernard Gueit fut le complice de Gorelli dans l’aventure du groupe et de la revue « PAROLE » (voir 1ère partie) ; il fut aussi écrivain pour lui-même ; il publia des textes dans de nombreuses revues, telles que Chorus en 1970, Parole en 1982, Poésie au beau milieu du monde, ouvrage collectif, paru en 1984, Images du futur, Poésie 1 n° 134, Vagabondages,  Cortex de nuit ou Absinthe ; il fut lauréat « poésie » du forum de l’écriture 1995 pour Ils dorment debout à haute voix, publié en janvier de la même année.  

 

Court recueil ou long poème ?  Ils dorment debout à haute voix[1] a été publié en 1995 à deux cents exemplaires chez un micro-éditeur à compte d’auteur, TraumFabriK Editions, situé à Sainte Gemmes sur Loir.

L’ouvrage se présente comme une suite de 161 vers répartis sur treize pages.

 

La structure des vers est presque toujours identique : « ils » + verbe + complément (d’objet direct ou indirect, ou circonstanciel) :
« ils marchent sur les nuages »
« ils tutoient l’enfer »
« ils couchent avec la peur »…

On trouve également deux variantes : « Leurs + nom + verbe + complément », ou « leurs + nom + verbe être + attribut »,  par exemple : « leurs visages s’entassent dans la mer »
« leur sommeil s’enfonce dans un lac »
« leur lumière est cohérente »

 et « nom + verbe + leur + nom » :
« des mirages tatouent leur peau »
« on greffe leurs veines sur les saisons »
« une autoroute traverse leurs voix ».

Cette structure produit un certain rythme, assez régulier. Si l’on prend trois pages au hasard (pages 7, 11 et 16), on constate que sur  les 37 vers considérés, un seul compte 5 syllabes[2], deux en comptent six, deux sont des heptasyllabes, onze des octosyllabes, quinze des ennéasyllabes, et cinq des décasyllabes. On remarque la très forte prédominance des vers de huit et neuf syllabes, ces derniers étant largement majoritaires (40,5 %) ; les vers impairs représentent d’ailleurs la plus grosse part de l’ensemble : 48,6 %. On peut se souvenir de l’injonction de Verlaine :
« De la musique avant toute chose
et pour cela préfère l’impair… »

 

 

 

A partir de cette semaine, le blog publiera ce texte. (en feuilleton, comme d'hab)



[1] Voir le texte dans l’Anthologie.

[2] J’ai considéré que la métrique était régulière, avec une lecture classique des « e muets » et des liaisons.

par Bernard Gueit publié dans : poème
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Dimanche 22 janvier 2006

Le style, c’est l’homme !

 

 

Enfin, c’est au maire de s’exprimer. Le public est venu pour cela. Le Maire est à l’aise, à l’oral, avec ou sans micro, mais dans les grandes occasions, et de plus en plus, ses interventions sont préparées  à l’avance. Nous en connaissons une partie, la majorité du fond, mais pas tout, et pas le style. Il y donc toujours un effet de surprise, même pour nous.

Il y a un souci d’exhaustivité dans le propos. Ne rien oublier, citer chacun, les Brûlonnais dans leur ensemble, et tel ou tel qui nous a marqués cette année, en bonheur, ou malheur hélas ! Son équipe, ses collègues,  ses plus proches collaborateurs (trices) et aussi les représentants des institutions et des services avec lesquels la Mairie travaille.

Et puis, retour sur quelques faits de l’année 2005. Grandes actions, mais aussi petites misères, petits ennuis, petite leçon de civisme au passage.

 

Pour l’an que ven, les projets sont connus, mais ils sont réaffirmés. C’est la mairie qui sera au centre de nos préoccupations 2006, mais il y a aussi à travailler sur la station d’épuration, et sur le réaménagement du plan d’eau.

Au moment des vœux,  nous étions en concours d’architecte concernant la mairie. Le choix est imminent. Au moment où j’écris, le conseil municipal a donné son avis et la décision revient au maire.

 

Le conseil municipal propose de choisir le cabinet Rousseau, qui présente un projet respectueux du bâtiment et conforme aux orientations du cahier des charges. Des amendemenst pourront être proposés, si capacité à faire technique et financière, afin d’encore mieux restituer la monumentalité originelle du bâtiment.

 

 

« Le style, c’est l’homme », disait Buffon. Avare de citations littéraires, Daniel cite ses exemples, ses maîtres, l’anecdote qui lui a fait comprendre quelque chose. Il aime bien utiliser des phrases où se  répètent des verbes d’action, traduisant la progression d’une démarche par la complémentarité des approches. « Ecouter, étudier, expliquer, fédérer, réaliser, gagner ». Ou juste choisir un mot, le prendre d’une main, et le regarder comme ça  lui faire dire son jus, ce que ce mot évoque pour lui, dans sa fonction d’élu et aussi dans sa vie.

 

Chacun de nous a ses mots préférés. Chaque mot est un message personnel pour celui qui l’entend. Les mots ne disent pas la même chose à chacun d’entre nous- ils ne résonnent pas exactement de la même façon- et pourtant c’est par eux  que nous communiquons. Ce sont les mêmes mots qu’on utilise en poésie, et pour les discours, et pour les rapports de police, ou les contrats d’assurance. C’est le job des poètes de rendre ces mots plus purs, d’en faire entendre à tous la fréquence exacte,  le juste sens derrière les sens.  

 

Utilisant physiquement le même support, la poésie est aux autres usages de la langue ce que le haut-débit est au minitel.

 

 

Les mots qui reviennent le plus souvent dans les discours du maire : engagement, cohésion, rassembler, pédagogie, solidarité, amitié. Ces mots incarnent des valeurs : le style, c’est l’homme !

 

par Bernard Gueit publié dans : journal d'un élu de campagne
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