« Victoir d’étudian fas a ce gouvernemen : le CPE é retiré ! » C’est par ce SMS reçu sur mon portable lundi matin que nous avons appris l’information. Quels enseignements les uns et les autres vont-ils tirer de cette crise ? Cette crise n’en annonce-t-elle pas d’autres plus graves ? Quelles évolutions sur l’exercice de la citoyenneté, dans la relation entre gouvernants et gouvernés ? Quelles avancées et quelles menaces pour la démocratie dans la perspective des prochaines échéances électorales ?
Dans cette réflexion, quatre grandes familles d’acteurs sont identifiées :
-les jeunes étudiants et lycéens
-les organisations syndicales
-les élus de la représentation nationale
-les gouvernants et ceux qui aspirent à gouverner
Les jeunes étudiants et lycéens qui ont été les premiers acteurs de la crise en sont aussi les premières victimes. L’année scolaire ou universitaire fortement perturbée est synonyme d’échec pour les moins favorisés et baisse le niveau de tous. Les jeunes auront compris qu’ils représentent un enjeu et que sur leur dos des politiciens se sont livrés à un duel immoral et fratricide pour leur ambition personnelle. Quelle sera leur maturité désormais ? Auront-ils la force d’exiger de la part de ceux qui parlent si souvent en leur nom de véritables propositions, des perspectives, un code de valeurs qui légitime l’effort équitablement réparti exigé pour qu’enfin
la France
bouge en embarquant tout le monde, dont toutes les jeunesses ?
Les organisations syndicales ont retrouvé dans l’action le chemin de l’unité. Elles ont su rassembler sur un objectif clair et limité. Poussées par le mouvement de fond, plus fortes car en phase avec l’opinion, elles ont, en convergeant, pu vérifier l’adage qu’on n’est pas faible parce que divisé, mais qu’on est divisé parce que faible. Elles auront pu mesurer la puissance d’une action aux buts partagés, au dessus des intérêts catégoriels, sans concession, mais sans surenchère. Elles auront, à mon sens, à jouer un rôle essentiel dans la nécessaire transformation de notre moteur social, à condition d’intégrer dans les propositions la réflexion économique. En seront-elles capables ?
Les élus de la représentation nationale : ce sont les dindons de la farce. Ils ont vécu en direct live et à leurs dépens la crise des institutions. Après avoir voté par discipline un texte auquel ils n’avaient pas participé, ils ont été sommés par l’exécutif de corriger le tir dans des conditions imposées, enfin on leur demande d’entériner le résultat de tractations dicté par l’équation des ambitions personnelles et de la pression de la rue. Ils auraient de quoi tous démissionner ! L’opinion publique a senti que ses députés avaient été instrumentés et se montrera indulgente à leur égard, s’ils sont capables de se remettre en question. Qu’ils soient de la majorité ou de l’opposition, nos députés ont à s’interroger sur leur rôle. Pour redonner du crédit à leur statut ils devront hâter la réflexion sur les institutions et travailler à l’avènement d’une VI ème république soumise à ratification par le peuple. Auront-ils ce sursaut ?
Les gouvernants et ceux qui aspirent à gouverner : la crise les frappe de plein fouet en les montrant du doigt. Alain Juppé, F Bayrou, F Fillon évoquent une crise de confiance. C’est un doux euphémisme. Ce n’est pas que les gouvernés n’ont plus confiance en leurs gouvernants, c’est qu’ils s’en méfient à mort ! Inutile de revenir cruellement sur les raisons : tout le monde les voit et ce n’est pas nouveau. Trop de luttes pour le pouvoir et pas assez d’attention, de lecture, d’écoute de la société , et d’effort pour faire participer les citoyens qui-ne-sont-pas-idiots, même si aucun d’entre nous ne revendique l’intelligence d’un Giscard, d’un Villepin ou d’un Juppé !
Dans nos petites communes, il arrive qu’entre adjoints, on prenne une décision, somme toute bénigne et qu’on en informe le conseil municipal. Et dans le conseil, il y a brusquement sur ce point précis une opposition assez forte. Ce que nous oublions, c’est que parfois pour prendre cette décision, nous avons fait un bout de chemin. Nous l’avons évoqué à une ou deux reprises. Cela a maturé jusqu’au moment où la solution nous paraît évidente. Et nous voudrions que nos collègues, qui n’ont pas fait le même chemin que nous, en cinq secondes arrivent au même résultat ?
Oui cette crise peut en annoncer d’autres plus graves. Crise politique évidemment. Le scénario catastrophe : une deuxième tour en 2007 comme celui de 2002, moins le recours de Chirac.
On n’y est pas. Mais attention ! Ceux qui aspirent à gouverner doivent apprendre l’art de la transformation sociale. Dans ce registre, mieux vaut faire confiance à Socrate en répétant : « Je ne sais qu’une seule chose, c’est que je ne sais rien » Attention aux experts. On ne peut pas gouverner avec quelques idées géniales. Le peuple est expert en « peuple ». Une transformation, ça ne se décrète pas. Ce sont les françaises et les français qui transformeront
la France
en se transformant eux-mêmes. Le gouvernement devra faire preuve de pédagogie interactive : en portant le changement, il devra lui-même apprendre. Le débat devra être très large, puis la représentation nationale (voir plus haut !) devra trancher. Pour 2007, c'est bien dans la présentation de l’art de gouverner que devrait se faire, selon moi, la différence. D’ici là, mesdames et messieurs les candidats, entraînez-vous ! Y arriveront-ils ?
Ps : l’auteur du SMS a repris ses cours à l’université à notre grand soulagement.
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