Lundi 14 avril 2008

Qu'un poète quitte le terrain de l'imaginaire, nous pleurons. Qu'un poète nous adresse du plus profond de lui-même ses derniers feux, ses dernières étoiles, son dernier soubresaut même retransmis par le satellite, nous pleurons. Le grand poète Aimé Césaire a quitté son coin de terre pour Fort de France. Il y souffre, nous l'espérons, le moins possible.
Aimé Césaire ! Nous apprenons peu à peu et très lentement ce qu'est la poésie, sa puissance, sa force destructrice et sa voyance. Peu à peu, nous apprenons sa science des cartes et son dessein. Pas une poésie n'est facile, aucune n'est pas simple.
Quelle heureuse coïncidence, qu'à Paris, se rencontrent dans les années 30 ces deux génies de la langue française : Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor.
La voix, le rythme, le vocabulaire luxuriant, les mots qui bondissent (me faisant courir, ignorant, vers le dictionnaire), toutes ces couleurs, ce savoir encyclopédique, joyeux dans la colère, cette émotion retenue, cette dignité, ce chant puissant, équilibré, tam-tam dans le cœur et nous tient éveillés pour toujours. Ne vous endormez pas, Frères et Sœurs, ne vous laissez pas endormir. Car sachez que notre poésie n'est que conscience dans le bonheur et la sérénité. Sachez que vous n'avez pas encore, loin s'en faut, tout crier avec elle, ni même seulement accompli son écho. Mais c'est la vie et celle de la poésie.
Depuis Fort de France, nous recevons des nouvelles préoccupantes d'Aimé Césaire ;
-qui naquit à la Martinique en 1913
-qui créa en 1932 la revue « Légitime défense » par des étudiants antillais communistes et surréalistes
-qui fonda "l'étudiant noir" avec Senghor
-qui écrivit le Cahier d'un retour au pays natal
-qui fut élu Maire de Fort de France et député de la Martinique
-qui fonda le parti progressiste martiniquais

un immense poète, un homme qui chanta sa terre et le monde, portant en lui pour nous la contagion du "feu de brousse de la fraternité"

 

par Bernard Gueit publié dans : Journal d'un poète du 21ème
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Lundi 24 mars 2008

La question ouverte depuis lontemps et qu’a ranimée avec tant de courage et de dignité Chantal Sébire rejoint au fond celle de l’émancipation humaine. Quel droit avons-nous, même partiel, sur la vie et la mort ? Qu’avons-nous le droit de choisir ? La question se pose tant  au niveau collectif qu’au niveau individuel et mérite beaucoup de réflexion tant les angles d’approche, les contextes, les raisons profondes peuvent  être différents.

 

Est-il simplement pertinent de les rapprocher tant les débats de morale sont rudes et si irrationnels ? L’avortement, le suicide, l’euthanasie, mais aussi la génétique posent des questions d’éthique sur ce que l’Homme a le droit ou pas de faire.

Force est de constater que la France n’est plus le lieu où ces idées avancent, la France n’est plus ce pays de lumière où on ose poser la question et proposer une nouvelle réponse (Mon vieux Voltaire, tu as le cul par terre !)

Après que la justice eut constaté que la demande de la plaignante ne pouvait être recevable au regard de la loi, en écoutant l’avis des politiques dont Rachida Dati et François Fillon, je pensai que notre pays était encore loin de cette modernité que ses responsables appellent pourtant de tous leurs vœux.

Je crois même avoir entendu de la part de très éminentes personnes que la France n’était pas la Belgique ou la Hollande, que notre médecine ou notre approche médicale étaient radicalement différentes, bref qu’une fois de plus la France faisait exception. Cela m’a fait brusquement penser à cette fin des années soixante et au début des années soixante-dix où bon nombre de jeunes filles de ma génération, encore mineures, durent seules ou pour les plus chanceuses accompagnées de leur père ou mère, franchir la Manche ou les frontières de l’Europe du Nord pour échapper aux « faiseuses d’anges ».Ce retard endémique sur les mœurs que masque le libertinage et la vulgarité ambiante du « Tout est permis, si j’en ai les moyens » est un handicap pour notre pays. Il montre que les blocages de notre société existent,  de la base au sommet, et que cette différence entre notre pays et nos voisins européens au sujet de la morale n’est qu’un consommé de ridicule.

Trop, c’est trop ! Il n’y a aucun sérieux du point de vue de l’éthique à opposer la France à ses voisins Européens, en particulier nos peuples frontaliers. Le génie de chacun de ces peuples s’est construit en se frottant pas mal les uns aux autres du corps à corps des armées à celui plus aimable des amours, en passant par les échanges commerciaux, les alliances économiques et politiques, le tourisme, l’Europe, j’en passe et des meilleures…Cela ne réduit pas tout à tout, mais sur les points les plus fondamentaux de l’éthique, nous devrions être d’accord. Par exemple, la peine de mort a disparu de nos constitutions respectives. Mais le mariage homosexuel n’est pas possible partout. De même, la demande si poignante de Chantal Sébire n’a pu trouver en France de réponse à la hauteur de sa dignité. On dirait,-mais est-cela faire l’Europe- qu’il est plus simple ou plus important de s’accorder sur un taux de TVA que sur une vision collective de ce qui nous concerne tous.

Honte à nous, Français d’Europe qui allons bientôt prendre la présidence de ce navire en construction !

Non pas de n’avoir pas modifié la loi en urgence, cela n’aurait pas eu de sens. Mais qu’aucun membre du gouvernement n’ait eu le courage avant le décès de Madame Sebire de reconnaître à tout le moins que nous avions du retard sur ce sujet et qu’il était temps, avant qu’elle ne disparaisse et pour lui faire un ultime signe de reconnaissance, de se positionner définitivement, sans hypocrisie, sur ce thème si douloureux et si humain du « Droit de mourir dans la dignité ».

par Bernard Gueit publié dans : Société
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Mardi 18 mars 2008
Avant d’évoquer (bientôt j’espère) Marina Tsvétaïeva, un mot de réconfort à celles et ceux qui, après avoir donné de leur temps à une collectivité ont été remerciés sans préavis, ni indemnités. La démocratie, sans appel, aussi tranchante que le couperet qui l’a vue naître et qui a cru devoir l’accompagner est passée. Rien à dire, le peuple a parlé.
 
Alors face à la morgue, aux regards goguenards de ceux qui soudain soutiennent les vainqueurs et sont prêts à inventer de nouvelles fourches caudines, il faut rester humble, ne rien regretter au fond de soi qu’on a fait sincèrement, accepter la défaite, accueillir l’avenir.
 
On est toujours un peu responsable de la victoire des autres, en bien comme en mal. Il faut se dire, qu’après tout, si on ne les avait pas précédés, ils ne pavoiseraient pas. Et  il ne faut pas en vouloir au peuple qui, même grugé, agit toujours de bonne foi.
 
Il n’y aurait pas de renouveau sans tradition, pas de rupture sans continuité, pas de modernes sans anciens, pas de vainqueurs sans vaincus.
 
Ceux qui arrivent doivent savoir qu’un jour ils partiront. : en ayant fait ou pas le match de trop, sur un coup de tête génial ou sur un coup de boule, avec le sourire ou en comptant et recomptant leurs voix.
 
Puisse, quoiqu’il arrive, ce dimanche soir sur la place de leur mairie, à la fin de cette vie au service de leurs concitoyens, le joli visage de Marianne les consoler jusque chez eux.
 
par Bernard Gueit publié dans : Journal d'un poète du 21ème
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Mardi 4 mars 2008

Le Journal d'un élu de campagne s'est arrêté, faute d'élu. J'ai reçu quelques encouragements pour continuer malgré tout l'aventure de ce murmure sur la toile. Tous les articles du journal d'un élu de campagne ont été rassemblés dans la catégorie éponyme, ce qui devrait permettre de s'y retrouver.


L'adresse reste la même. Le titre change. En devenant " le journal d'un poète du 21ème", je souhaite m'éloigner un peu de ce qui faisait le charme et peut-être l'intérêt du blog précédent : son enracinement  local. Avant d'être d'un lieu, les poètes appartiennent à une époque. Certes, vous m'objecterez que je suis plus un homme du 20ème que du 21ème, mais il ne faut pas de confusion avec les arrondissements de Paris.
Ou, alors si : devenons ce paysan de Paris, arpenteur d'un  territoire imaginaire, facteur  de province délivrant des lettres donnant des nouvelles de son époque qui va mal et bien. Je ne sais pas faire grand-chose,mais il semble qu'écrire (et lire !) sont encore ce que je sais faire le moins mal.

Il y a encore beaucoup à labourer sur le terrain de l'imaginaire. Voilà c'est parti. Le plus dur c'est de commencer.  

Brûlon, le mardi 4 mars 2008, printemps des poètes
  

par Bernard Gueit publié dans : Journal d'un poète du 21ème
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Samedi 23 février 2008
Enfin, la voici. Après avoir longtemps attendu, différé, réfléchi, d’une seule traite, ma vision personnelle de ces 7 années passées en tant qu’adjoint aux associations, à la culture et au tourisme de notre bonne ville de Brûlon.
 
D’abord, pour le maire Daniel Coudreuse et son équipe, ce mandat fut un mandat de réalisations. S’il fallait le qualifier, j’oserais dire qu’il accomplit en lui donnant tout son sens le projet initié par M Mary. De la création de richesses (la zone industrielle) à l’investissement social (l’Espace Vègre et Champagne) la trajectoire1981/2008 ne peut être mieux représentée que par la route qui va relier les deux infrastructures. Au delà des rapprochements purement arithmétiques entre le coût de l’investissement de l’Espace et le montant de la taxe professionnelle acquittée par FPEE, cette trajectoire donne du sens à la présence du patron de cette société locomotive de la zone industrielle sur la liste du maire sortant. On objectera que la communauté de communes est de fait le porteur de ces projets, mais la communauté de communes n’est que le filtre qui permet de faire émerger au bon niveau les projets les plus structurants du territoire que lui apportent les communes. Brûlon a porté très fort le besoin d’Espace Multifonctions, la communauté de communes l’a peu à peu intégré comme un équipement indispensable à son territoire
 
Je crois que cet esprit du mandat, qui avait encore quelque part les pieds dans les années 1980, a rendu plus difficile mon intégration dans ce qu’on appelle la municipalité, c'est-à-dire la réunion du maire et des adjoints. Il y avait un écart de vécu entre le noyau et moi. Je n’ai jamais ressenti cette différence avec le conseil municipal, peut-être parce que nombre de conseillers n’avaient pas participé aux mandats de M Mary.

C’est (peut-être ?) une des raisons parmi d’autres, qui m’ont empêché, parfois seulement, mais de façon tranchée, à partager la vision commune.
A cela s’est ajoutée la conception personnelle que j’avais du rôle d’un adjoint dans une commune dynamique qui fait des choix et qui s’expose aux  risques : prendre du recul.
Pour aggraver mon cas, j’avoue que je ne m’intéresse pas aux détails.
Ce n’est pas un secret, je ne me suis pas entendu avec tout le monde. J’ai essuyé quelques reproches (un manque de présence) que j’ai préférés jeter au feu. Pour ne garder que les bons souvenirs.
 
Alors sur ce bilan, je souhaite prendre ma part dans l’obtention de la subvention Feder pour la réserve d’eau, dans la réflexion autour de l’achat du prieuré, dans la réussite de l’organisation de la coupe d’Europe de VTT, dans les efforts pour décider le conseil de prendre le virage de la ZPPAUP, dans l’implication pour les petites cités de caractère, sur l’ensemble du dossier de financement de l’Espace, dans la mise en place du syndicat d’initiative, des visites commentées de Brûlon, dans notre présence auprès de la Vallée de la Sarthe sur les programmes Leader+, dans la discussion finale précédant le vote du PLU, et dans ce qui me plaisait le plus :  faire mûrir, faire avancer, apporter l’eau de la réflexion au moulin de l’action.
 
Mais il y a aussi, une part d’ombre à cette lumière. Je ne fus pas assez convaincant sur deux ou trois points.
Pour en rester à ce qui était de mes compétences, je ne conçois pas de véritable politique culturelle ou touristique, c'est-à-dire d’ambition dans ces domaines, qui puisse s’exercer dans le cadre étroit de Brûlon ou de sa communauté de communes. Compte tenu de notre faible population mais composée d’individus qui ont les mêmes besoins que s’ils étaient plus nombreux, il y a un travail de positionnement des sujets à faire sur lequel j’ai échoué.
C’est à ce moment de conscience, où je commençais à respirer plus mal, que l’idée du blog surgit comme une bouffée d’air.
Je reconnais, que suite à ces échecs notamment sur le sujet culturel, j’ai fait la «grève» car je pensais qu’il valait mieux attendre que de faire quelque chose d’étriqué qui n’aurait fait que renforcer ce repli sur soi que je combattais.
En grève sur le plan culturel, délégué au tourisme au plan communautaire (hors compétence commune), il ne me restait que les associations dont j’ai toujours cherché à défendre les intérêts notamment lors des votes de subvention.
On me reprocha ainsi de faire peu de choses, alors que si peu de choses m’étaient confiées !
Quand j’avais un dossier intéressant, je trouvais le temps malgré mes obligations professionnelles, lorsque je n’eus plus rien, je n’avais plus de temps ! Je me suis parfois ennuyé.
Mais arrêtons là ces élans rousseauistes. Nous avons ri, aussi, nous avons eu des discussions passionnantes et passionnées, sur l’Europe, sur l’agriculture, sur l’environnement, sur un peu tout !
Et si c'était à refaire, je le referais.
 
Nous avons assisté à la présentation de la liste hier, qui s’est bien renforcée avec notamment l’arrivée de jeunes femmes aux compétences pleines de promesses.
Je suis convaincu que l’alchimie de cette nouvelle équipe fera aussi bien là où nous avons réussi et mieux là où nous avons échoué.
Au maire, aux anciens qui restent, aux nouveaux qui arrivent, le «journaleux d’un élu de campagne » leur souhaite d’abord d’être élu et une pleine réussite dans la conduite des affaires municipales.
 
Le petit feuilleton du « Journal d’un élu de campagne » s’achève ici.
Pardonnez l’outrecuidance de son auteur qui signe ci-dessous, le 23 février 2008 :
 
Bernard Gueit, brûlonnais.
par Bernard Gueit publié dans : journal d'un élu de campagne
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Dimanche 17 février 2008
From guardian.co.uk
“February 9 2008 A huge fire has destroyed a large section of London's famous Camden market, including the Hawley Arms a favourite haunt of celebrities. Hundreds of people had to be evacuated when the blaze engulfed the market early on Saturday evening. The worst-hit areas were storage properties and kitchens and the Hawley Arms pub, popular among celebrities including Amy Winehouse, Sadie Frost and Pete Doherty.The landlady, Ruth Charles-Ridler, said she was devastated: "Everyone I've spoken to is in complete shock." No one was hurt in the fire but police say parts of Camden Town will be closed for the next three or four days as structural engineers assess the damage.
 
A la mémoire de John, le vieil irlandais un peu clochard du Hawley Arms, ce pub où j’allais presque tous les soirs dans le quartier de Camden Town. Pour ses réparties, pour son humour et parce qu’il m’encourageait à écrire et à ne pas devenir comme lui, à dormir dans les pubs après avoir vidé les fonds de pintes. « Guess who’s my favourite french writer ? » m’avait-il demandé. Je ne sais pourquoi, j’avais pensé à Céline. « Clever, boy ! «  On avait de longues conversations sur la poésie. Il chantait en français « le bateau des îles, le bateau des amoureux » Puis, un peu plus tard dans la soirée, quand la Guinness avait fait son effet, il déclarait qu’il allait écrire l’histoire de sa vie…si quelqu’un pouvait lui rappeler ce qu’il avait fait durant les 20 dernières années. Il m’avait dit (c’était à la fin des années soixante-dix)« Plus tard, you 'll remember the old man ». That was at the Hawley Arms, Camden town, North London, 1979.
par Bernard Gueit publié dans : journal d'un élu de campagne
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Dimanche 27 janvier 2008
Le soir de cette fameuse élection où les choses s’étaient passées dans une relative confusion laissa peu de rancune. Les réactions avaient été épidermiques, la déception ayant été à là hauteur de la victoire promise. Alors le tout nouveau conseiller général fit son travail de conciliation, préparant avant tout la succession de Guy à la présidence de la communauté de communes, charge que le nouvel élu ne pouvait pas briguer ayant fait à l’époque campagne sur le thème d’un non cumul.
Les réunions préparatoires installèrent Gilbert comme candidat favori à la présidence de la communauté de communes.
Guy, avec élégance, accepta de démissionner de son poste d’adjoint pour que Gilbert puisse, à Brûlon retrouver le sien.
Mais pour qu’il retrouve son poste de premier adjoint, il nous fallut tous les trois démissionner. Sinon, Catherine devenait premier, moi deuxième et Gilbert, numéro trois.Je le fis moi aussi, plus par discipline que par réelle réflexion. Qu’on le veuille ou non, c’était quand même un peu galvauder la démocratie. Car après avoir démissionné, nous nous représentâmes, dans l’ordre, Gilbert, Catherine et moi. Le conseil réagit sans doute aussi par discipline et pour ne pas en rajouter à ce qui semblait être un joli couac en ce début de mandat, alors que la liste avait été élue unanimement au premier tour. Il élut les trois adjoints, comme proposé.
Tout le monde s’accorde pour dire que cela ne laissa pas de trace. Globalement, c’est vrai. Sauf que, par définition, tout événement laisse des traces. Même quand on les oublie. Il est par contre très difficile d’en suivre le mince cheminement à travers toute la vie d’un groupe d’individus réalisant une tâche commune. Et il est également très hasardeux de vouloir  mesurer une part de confiance perdue ou retrouvée.
L’essentiel, c’est que l’équipe s’était ressoudée et pouvait se mettre au travail.
Très bientôt, ma vision du bilan de ce mandat et les perspectives ouvertes, dans un ultime article, avant de ne pas gêner localement ceux qui se préparent  à l’élection municipale des 9 et 16 mars.
par Bernard Gueit publié dans : journal d'un élu de campagne
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Dimanche 6 janvier 2008

Cet après-midi, le sapin qu’on démonte, les santons de la crèche provençale qu’on range, qui me regardent. Ils sont tous là, ces personnages haut en couleurs de nos villages de la fin du 18ème   et du 19ème siècle : le Maire, le « boumian », le curé, la gitane, le bourgeois, le berger, le meunier, le chasseur, le pêcheur, l’aveugle, le couple de vieux,  le tambourinaïre.. et tous les autres. Ils sont tous là les « petits saints », d’où leur nom provençal de « Santouns ». Je tiens un bout de l’enfance entre mes doigts. « Dins lou lume trelusènt, Prouvènço canto lis argelo: la roujo, l'ocro e la jauno. La Biblo raconto que Diéu pastè l'ome dins aquesto terro. Prouvènço raconto lou santounié pastant lou santoun emé l'argelo quouro es encaro espoumpido d'aigo e de soulèu . E tout lou gàubi dóu santounié se capito dins uno espressioun, un gèst, uno óufrèndo, un mestié,di coulour - beluguejanto, unenco - un biais primitiéu fa de franqueta e de simplesso founso. La moulounado di santoun es variado que noun sai, soulet a dre de ciéuta, alentour di persounage de la tradicioun evangelico, li pichot mestié , lou pichot pople de la carriero tóuti pourtaire d'óufèrto » Je rapproche cette émotion fugitive du beau texte de Fra Angelico que nous a offert Yvon le Men dans l’Ouest-France daté des 5 et 6 janvier. (Lisez la presse locale, Ouest-France, Maine Libre et Les Nouvelles, vous serez surpris de tout ce qu’on y apprend).

« Ami ..(…)..La vie est tellement emplie de sens et de propos, tellement pleine de beautés au dessous de son enveloppe, que, vous vous apercevrez que la Terre ne fait que recouvrir votre Ciel. Courage donc pour le réclamer. Mais vous avez  du courage et vous savez que nous sommes ensemble des pèlerins qui, à travers des pays inconnus, se dirigent vers leur patrie. Ainsi en ce jour de Noël, je vous salue, non pas exactement à la manière dont le monde envoie ses salutations, mais avec la prière : que pour vous, maintenant et à jamais, le jour se lève et les ombres s’enfuient. »

 
par Bernard Gueit publié dans : journal d'un élu de campagne
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Samedi 5 janvier 2008

Lors de la cérémonie des vœux, nous avons eu l’occasion de mettre en valeur les personnes qui contribuent à la bonne marche de la commune (employés municipaux, animateurs).

Pour cette fin de mandat, nous avons choisi, Catherine, Bernard et moi-même (ils ne le savent pas encore !) de braquer le projecteur vers les conseillers municipaux.

Ils sont là, comme ils ont été présents à toutes les réunions de conseil, aucun abandon, aucune démission.

Au cours de ce mandat exceptionnel de sept années, prolongé pour cause d’élections nationales, cela représente 77 réunions municipales, beaucoup de décisions, un budget en million d’Euros,  Un conseil municipal, c’est un peu, comme un conseil de Sioux, chacun a égalité de parole et de voix.

Le Maire, avec ses adjoints, insuffle des orientations, fait des propositions, prépare les décisions. Mais n’oublions pas que le dernier mot revient au conseil municipal : que ce soit, à main levée ou, si un seul conseiller le demande, à bulletin secret. L’assemblée exprime par ce vote sa décision qui est rendue publique.

Petite anecdote qui montre bien qu’il faut savoir faire preuve d’humilité :

A deux reprises, le Maire et moi-même, avons été confrontés à un vote à main levée où nous nous sommes retrouvés seul contre tous. Notre réaction a été de battre en retraite avec le sourire.

Reflet de la diversité de la population, le Conseil est aussi le miroir du maire. Les conseillers renvoient ce qu’ils reçoivent et savent parfaitement faire la différence entre une proposition travaillée, mûrie en commission et quelque chose qui leur est apportée à brûle-pourpoint.

Modérateur, garde-fou, débatteur, décideur, ainsi doit être le rôle d’un conseil municipal.

Cette responsabilité, nos conseillers l’ont assumée avec sagesse et sérieux.

Je prendrai, pour seul exemple, celui du Plan Local d’Urbanisme (ancien POS).

Ce sujet peut diviser.

Il y a des intérêts, parfois contradictoires en jeu.

Et puis, on discute !
On va sur le terrain !

On fait un bout de chemin ensemble !

On remet sur le tapis les points qui fâchent !

On débat encore !
On amende !

Et peu à peu la grande tendance se dégage, la décision se dessine, le travail fait passer d’une large majorité à l’unanimité.

Rien n’oblige qui que ce soit à être conseiller. Il s’agit d’un engagement personnel et volontaire. La démocratie est heureuse de trouver des femmes et des hommes venus de divers horizons, prêts à donner de leur temps pour que les collectivités soient gérées comme elles le sont aujourd’hui.

Nous avons le privilège, contrairement à nos voisins anglo-saxons notamment, de délibérer à l’échelon communal, des orientations budgétaires.

Cette capacité de décision, cette liberté de débattre, cette tolérance, dans les convictions, sachons la garder…..

 

Nous vivons dans une démocratie, nous nous devons de la préserver !Notre réussite réside dans l’échange d’idées, la concertation, la solidarité et la volonté de faire évoluer notre collectivité en préservant encore et toujours cette diversité qui rend chacun de nous unique et respectable.

Pour ma part, j’ai vécu sept années de bonheur, je remercie aussi mes deux collègues adjoints avec qui j’ai eu beaucoup de plaisir à œuvrer dans l’intérêt de notre village.

Pour autant, je n’en n’oublie pas mon maire qui a su mener cette équipe municipale, tout en sachant puiser en chacun de nous ce qu’il y a de meilleur.

 

Daniel, Gilbert, au nom du conseil municipal, te transmet nos vœux les plus sincères.

 
 
par Bernard Gueit publié dans : journal d'un élu de campagne
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Lundi 31 décembre 2007

Le 18 mars 2001 (jour anniversaire de la commune de Paris de 1871), Fabien (Divers Droite) battait Guy (Divers Droite) par le score sans appel de 58, 5% contre 41,4% et 35, 11 % d’abstentions. Cette défaite sévère portait un coup d’arrêt à une ambition politique.

L’élection du maire eut lieu dans la foulée. C’est l’une des rares séances où il y a de la galerie. Le public a été rarement présent lors de nos débats, sauf intervenants ou personnes concernées par une délibération.

La tension était perceptible. En préparation à cette élection, des entrevues, échanges avaient eu lieu, auxquels je n’avais pas participé. Je ne fais donc qu’en rapporter les conclusions,  à savoir qu’il était entendu que Daniel et Gilbert, qui l’un comme l’autre pensait pouvoir l’emporter, se présenteraient simultanément au poste de premier magistrat de la commune de Brûlon. Et que celui qui ne serait pas élu se présenterait au poste de premier adjoint.
Je crois me souvenir avoir glissé à Gilbert, alors que chacun prenait sa place « Être ou ne pas être, voilà la question ! » et qu’il me répliqua « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas ! »
On procéda à l’élection. Auparavant Guy, qui occupait (protocole) la place du maire en bout de table, voulut dire quelques mots pour préciser en s’adressant au public qu’il ne serait pas candidat contrairement à ce que certains avaient pu colporter. Cette intervention crispa fortement Gilbert dont la tension intérieure à ce moment était vive. A l’appel à candidatures, les deux candidats se déclarèrent, ce qui déclencha frissons et murmures dans le public.

Chacun de nous vota sur de petits papiers. Le dépouillement commença : Gilbert, Daniel, Gilbert, Daniel, …..A la fin, 8 contre 7 en faveur de Daniel. Guy lui proposa immédiatement de prendre sa place. Visiblement ému, le 40ème maire de Brûlon indiqua qu’il parlerait un peu plus tard.

Alors, on procéda à l’élection des adjoints. Comme convenu, on s’attendait à ce que Gilbert se porte candidat au poste de premier adjoint. Mais déçu et vexé, il fit la tête qu’il  secoua négativement. Alors Guy lui souffla la place. Le poste de deuxième adjoint revenait à Catherine qui l’obtint sans difficulté. (Gilbert refusant toujours de se porter candidat). Troisième adjoint : ce pouvait encore être lui. Je me penchais vers lui, mais il ne voulut rien entendre. Guy et Daniel me firent signe. Je me portai candidat. Au premier tour, majorité relative. Au deuxième tour, toujours majorité relative. Il y aurait du avoir un troisième tour. Mais la secrétaire de Mairie, perturbée par cette séance peu courante, me déclara élu au deuxième tour. Personne ne dit rien dans le conseil, seul un ancien maire, dans le public, me le fit remarquer. Et voilà quels furent mes débuts dans l’arène !

Les photos que la presse fit pour annoncer la nouvelle municipalité témoignent de notre désarroi : les mines déconfites des uns et des autres montrent qu’après la belle unité, ce n’était pas le scénario envisagé. Qu’allait-il bien se passer ?

La suite au prochain numéro !       

par Bernard Gueit publié dans : journal d'un élu de campagne
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